La justice belge fait-elle une rechute ?

Entretien : Jean-Paul Duchâteau Publié le - Mis à jour le

Ripostes

Les prisons, le pro deo, Salduz, que de problèmes pour la justice. Elle va de nouveau mal ?

Elle ne va pas bien, en effet, mais ce n’est pas neuf. On s’est habitué à travailler de manière déficitaire aussi bien en matière de moyens humains et techniques (manque récurrent de personnel) qu’en matière d’imagination, c’est-à-dire adapter la justice aux besoins actuels.

Y a-t-il un problème spécifique avec l’actuelle ministre de la Justice ?

Partons de l’accord du gouvernement. Il contient de très bonnes choses puisqu’on semble vouloir moderniser la justice. Songeons à la mise en œuvre de certains plans comme la carte des arrondissements, ou le tribunal de la famille, l’informatisation de la justice. Cela étant, la ministre de la Justice sera-t-elle à la hauteur ? Je le souhaite vivement pour ces réformes ou pour bien d’autres qui ne sont pas dans le plan. Vous parlez de Salduz. C’est une loi qui a été votée par le parlement mais qui est bloquée pour des raisons de budget. Au-delà de cela, il y a bien des réformes fondamentales qu’il faut poursuivre et initier.

A quoi pensez-vous ?

Par exemple à la médiation. Cela se développe tout doucement et cela fournit des solutions en matière de règlement des conflits, qui est très efficace tant au niveau du temps consacré (et donc de l’argent !) qu’au niveau humain. Mais il faut faire la promotion de cette médiation, qu’on sache qu’on peut y recourir. Nous, on propose de mettre en place dans les palais de justice des kiosques de médiation. Voilà quelque chose qui ne coûterait pas grand-chose, et qui permettrait de sérieusement améliorer la politique en matière de gestion des conflits. Mais où en est-on ?

Il y a des problèmes chauds, comme les prisons.

En effet, on en parle beaucoup même si ce n’est pas une question nouvelle. Il faut absolument s’attaquer à cette situation puisqu’on a affaire à un problème fondamental de droit de l’homme. Il faut avoir de l’imagination pour créer la prison de demain. Il faut absolument que les prisons changent de visage puisqu’on ne pourra jamais s’en passer. Qu’elles répondent aux besoins actuels, comme l’intégration.

Tous les problèmes évoqués impliquent des moyens supplémentaires. Or, des économies sont nécessaires dans tous les départements de l’Etat.

Chaque fois qu’il est question de mesures nécessaires, le message que nous recevons systématiquement est que c’est impossible car il n’y a pas d’argent. C’est trop court. La mission des politiques est de trouver l’argent pour les besoins prioritaires. Ce n’est pas à nous de décréter ce qui est prioritaire mais alors qu’on ne nous demande pas d’accepter cette logique de manière uniforme. Cela dit, on doit être prêt nous-mêmes à l’intérieur du système judiciaire de revoir l’affectation de l’argent public. Il y a aussi des améliorations qui ne coûtent rien ou presque.

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