Ripostes Courant bioéthique dangereux ou banale idéologie égalitariste, la "théorie du genre" fait l’objet de nombreuses controverses. Jusqu’où faut-il lutter contre les stéréotypes liés aux sexes ? Dans quelles mesures la théorie du genre est-elle amenée à faire évoluer nos législations ? Faut-il la craindre ou la rejeter ? Pour en débattre, la politologue à l’ULB Sophie Heine et le philosophe Drieu Godefridi sont les Invités du samedi de LaLibre.be.


Extraits de cet entretien croisé :

Que doit-on comprendre par "la théorie du genre" ?

Sophie Heine : La théorie du genre n’existe pas en tant que telle, il y a seulement des études diverses et non homogènes sur le genre ! Ces études distinguent le sexe comme donnée biologique et le genre comme construction sociale : le masculin et le féminin sont ici différenciés selon leurs rôles sociaux et les différences de comportement. Les opposants à la supposée théorie du genre mettent en avant des caricatures, un épouvantail. Il faut dépassionner le débat, car les théories de genre permettent de mieux analyser et lutter contre les inégalités entre hommes et femmes.

Drieu Godefridi : Au départ, les études de genre tendaient à décrire le rôle du masculin et du féminin dans nos sociétés. On ne pouvait pas parler de ‘théorie du genre’ tant qu’on restait dans cette description purement scientifique. Mais, depuis 1990, on assiste à une volonté prescriptive. En clair, les auteurs les plus connus en ce domaine – comme Judith Butler – disent qu’il FAUT abolir la binarité du genre masculin et féminin. Là, on change de registre, les analyses scientifiques se transforment en idéologies politiques qu’on peut appeler ‘théories du genre’.

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Concrètement, la "théorie du genre" vise-t-elle à lutter - dès l’école maternelle - contre les stéréotypes, tels qu’un garçon s’habille en bleu, joue aux autos et bricole… alors qu’une fille s’habille en rose, danse et joue à la poupée ? C’est en tout cas le débat qui fait polémique en France…

Heine : Les mesures mises en place par le gouvernement français visaient avant tout à s’attaquer aux stéréotypes et au rôle qu’ils jouent dans la justification des inégalités entre hommes et femmes. L’objectif est donc essentiellement de permettre aux enfants de développer un esprit critique par rapport aux stéréotypes, tels que ceux qui prétendent qu’une fille serait plus apte aux matières littéraires et moins aux filières techniques.

Godefridi : Certaines mesures politiques reflètent la diversité des études de genre. Un parti traditionnel suédois – donc pas extrémiste – demandait qu’on oblige les petits garçons à faire pipi assis à l’école pour ne pas créer une discrimination ou une différence avec les filles. En France, une parlementaire socialiste voulait débaptiser les écoles ‘maternelles’ pour supprimer la référence à la mère. C’est clairement l’incarnation des théories du genre dans la législation.

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Avez-vous des exemples concrets d’application de la théorie du genre dans les écoles belges ?

Godefridi : La Fédération Wallonie-Bruxelles a choisi de consacrer officiellement la théorie du genre et recommande, à ce titre, aux enseignants l’usage en classe d’ouvrages aux titres évocateurs : "Mehdi met du rouge à lèvres", "La nouvelle robe de Bill", "Papa porte une robe" ; "Milli Molly et toutes sortes de papas, etc. En quoi ces "supports pédagogiques privilégiés" (cliquez ici) intéressent-ils l’égalité entre hommes et femmes ?


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