Ripostes

En France, le casque de vélo sera obligatoire pour les enfants de moins de 12 ans à partir du 22 mars. Douze autres pays européens ont déjà imposé une telle mesure aux jeunes. La Belgique doit-elle suivre cette piste ?


Oui

Benoit Godart, porte-parole de l'IBSR, l'Institut belge pour la sécurité routière.

"Etant donné le risque élevé que courent les cyclistes dans le trafic, l’IBSR plaide pour une obligation du port du casque pour les jeunes de moins de quatorze ans."


L’IBSR a mené une enquête pour connaître l’opinion des Belges sur une éventuelle obligation du port du casque pour les jeunes cyclistes. Quels sont les résultats obtenus ?

Six Belges sur dix sont en faveur d’une obligation du port du casque pour les jeunes de moins de 14 ans. Les Wallons (74 %) et les Bruxellois (68 %) sont toutefois davantage favorables à une telle obligation que les Flamands (50 %). Cette enquête a aussi montré que la moitié des personnes interrogées soutiennent une obligation généralisée du casque pour tous les cyclistes. Là encore, les Wallons (67 %) et les Bruxellois (61 %) sont davantage favorables à une telle obligation que les Flamands (40 %).

Comment expliquez-vous les divergences d’opinion entre les habitants du Nord et du Sud ?

Il y a un lien direct entre le sentiment de sécurité et l’adhésion à certaines mesures. En d’autres termes, comme il y a beaucoup plus d’infrastructures adaptées au vélo au Nord du pays, dont des pistes cyclables séparées de la chaussée, les Flamands se sentent plus en sécurité que les Wallons. Et ces derniers sont donc davantage enclins à réclamer plus de mesures pour se protéger.

L’IBSR plaide-t-elle pour une obligation du port du casque ?

Etant donné le risque élevé que courent les cyclistes dans le trafic, l’IBSR recommande fortement son utilisation systématique par tous les deux-roues. Mais pour les enfants jusqu’à 14 ans, l’IBSR plaide effectivement pour une obligation.

Pourquoi ?

On est en train de réaliser une étude dans les hôpitaux. Et cette étude montre que pour un tiers des cyclistes hospitalisés (32 %), le diagnostic principal concerne une lésion à la tête ou au cerveau. Pour ce qui est des enfants de moins de 14 ans, il s’agit de plus d’un cas sur deux (53 %) ! On a aussi de temps en temps des contacts, notamment dans le cadre de cette étude, avec des chirurgiens et des urgentistes. Lesquels nous disent que le plus souvent, les blessures d’enfants tombés à vélo auraient facilement pu être évitées si ces enfants avaient porté un casque. En effet, on entend souvent que le risque de blessure à la tête est réduit de 70 % par le port du casque.

Selon vous, il n’y a donc pas de doute : l’obligation pour les jeunes du port du casque est une bonne mesure à tous points de vue ?

Si, en Europe, douze pays, et bientôt treize avec la France, ont adopté cette mesure, c’est indéniable qu’elle est bénéfique. Et il est donc logique pour un institut comme le nôtre de se prononcer pour l’obligation du port du casque pour les enfants.

Certaines associations, comme le Gracq, ne sont cependant pas de votre avis…

Un argument souvent évoqué par les associations contre l’obligation du port du casque est le fait que celle-ci risque de décourager la pratique du vélo. Pourtant, aucune étude fiable ne montre que l’imposition du casque pour les enfants a des effets dissuasifs à long terme sur la pratique du vélo. A Bruxelles, les comptages repris dans l’Observatoire du vélo montrent que sept enfants sur dix portent déjà le casque, alors que la pratique du vélo est en plein essor depuis des années.

Au-delà de certaines associations qui ne partagent pas votre avis, il y a aussi un blogueur qui tacle l’IBSR (voir ci-dessous). Selon lui, vous voudriez induire l’idée que rouler à vélo est dangereux, et ce pour privilégier le lobby automobile. Que répondez-vous à cela ?

J’ai vite regardé ce blog, il y a beaucoup de contre-vérités. Ce n’est par exemple pas vraiment nouveau que l’IBSR se montre en faveur de l’obligation du port du casque pour les jeunes, puisque déjà en 2014, nous adoptions cette position. Puis, ce qui est dommage, c’est que ce genre de cyclistes qui adopte des positions extrêmes n’envisage pas que nous puissions plaider et pour l’obligation du port du casque de vélo et pour l’amélioration des infrastructures dévolues aux cyclistes. Nous visons bien une approche globale de la sécurité routière.


Non

Florine Cuignet, Gracq - Les cyclistes quotidiens ASBL

"Recommander le casque, oui. L’imposer, non. C’est une fausse bonne idée portée par le lobby automobile qui veut donner une image négative et dangereuse du vélo et, par là, déresponsabiliser les conducteurs de voitures."


Que pensez-vous d’une loi qui obligerait le port du casque à vélo ?

C’est une fausse bonne idée. Un port du casque généralisé et obligatoire ne va pas augmenter - il n’existe aucune preuve scientifique - la sécurité routière des cyclistes de tous les jours. Par contre, cette sécurité (pour tous : autos, motos, vélos et piétons) pourra s’améliorer si la vitesse en milieu urbain est limitée à 30 km/h. Les études ne manquent pas, mais, bizarrement, on n’entend pas l’IBSR ou le ministre de la Mobilité pour rendre obligatoire cette limite de vitesse.

Pourquoi viser les cyclistes, ici jeunes, avec l’obligation de porter un casque ?

En commençant par les enfants, c’est la technique du pied dans la porte. Nous préférons que les parents, en connaissance de cause, décident.

Plusieurs pays ont rendu le port du casque obligatoire. Les résultats ne vous convainquent pas ?

Non, parce qu’on y assiste à une réduction des cyclistes. En imposant cette contrainte pour le cycliste et en donnant du vélo l’image d’une activité potentiellement dangereuse, le casque obligatoire constitue un frein majeur à la pratique quotidienne du vélo et donc à la croissance du nombre de cyclistes. Or, il est prouvé que les conditions de sécurité routière s’améliorent avec l’augmentation du nombre de cyclistes : on appelle cela "la sécurité par le nombre". Les automobilistes s’attendent à voir des cyclistes et s’habituent à les côtoyer. Les pays qui affichent les taux les plus élevés de mobilité à vélo, enregistrent un taux de mortalité cycliste des plus faibles. C’est le cas des Pays-Bas et du Danemark, où le port du casque - peu répandu - est non obligatoire mais où les autorités ont investi massivement dans des infrastructures sûres pour les vélos. Quand les déplacements à vélo sont encouragés, des retombées significatives en matière de santé sont aussi constatées. En France, les coûts liés à la sédentarité sont évalués à 10 milliards d’euros, ce qui dépasse de très loin les coûts liés à l’accidentologie des vélos.

La pratique du vélo n’induit-elle pas davantage de traumatismes crâniens ?

Les cyclistes quotidiens ne sont proportionnellement pas plus victimes de blessures à la tête que les automobilistes ou les piétons. Si l’objectif est de réduire ce type de blessure, pourquoi ne pas obliger les automobilistes et les piétons de porter aussi un casque ?

Selon l’Institut belge pour la sécurité routière (IBSR), 90 % des cyclistes admis aux urgences sont victimes dans un accident où ils sont seuls impliqués.

Soyons vigilants et gare à l’intox. Les données fournies par les hôpitaux sur les accidents des cyclistes ne font pas la distinction entre le cycliste "utilitaire" - qui se rend à son travail ou au magasin du coin - et le cycliste sportif - amateur de vibrations en VTT ou de vitesse en vélo de course le dimanche. Ces deux profils sont très différents et nécessitent dans le chef du deuxième une prise de risque et des équipements adaptés. Dans ses analyses et recommandations, l’IBSR assimile-t-il un automobiliste à un pilote de rallye, même amateur ?

Que pensez-vous de cette campagne visant à rendre obligatoire le port du casque par les jeunes, portée par l’IBSR, coopérative détenue à 60 % par le Royal automobile club de Belgique (voir ci-dessous) ?

Je ne me prononce pas sur l’IBSR. Mais, dans de nombreux pays, on constate que le plus gros soutien à l’obligation du port du casque est le lobby automobile. Parce que c’est plus facile de dire aux cyclistes "Protégez-vous, c’est dangereux de faire du vélo" plutôt que de dire "Ce sont les voitures - et le comportement de leur conducteur - qui représentent un danger pour les vélos". Le tour de force de ce lobbying est de déplacer la dangerosité de l’auto au vélo, en collant à ce dernier une image négative. Voilà pourquoi ce lobby teste et communique autant sur les casques. Maintenant, nous ne sommes pas contre le casque : nous sommes contre l’obligation de le porter. Cela doit rester un choix personnel. Nous le recommandons d’ailleurs pour des publics particuliers comme les enfants, les personnes âgées, dont le sens de l’équilibre n’est pas optimal, et les cyclistes sportifs.



"L’IBSR: lobby auto, antivélo" ?

"Et si la campagne de l’IBSR n’était qu’un pion avancé par l’industrie automobile pour servir ses intérêts ?", interroge Zinne[bi]ke. D’apès ce blogueur anonyme, qui est aussi cycliste à Bruxelles, l’IBSR ne pose pas un diagnostic neutre. En août 2016, l’ASBL a été transformée en SCRL-SFS, une société coopérative. Son capital fixe est détenu à 60 % par le Royal automobile club de Belgique, une association dont la mission est de “ favoriser le développement et la diffusion de la locomotion automobile ”.

A noter également, François Bellot, actuellement ministre fédéral de la Mobilité, était administrateur de l'IBSR jusqu'en août 2016.


Seul impliqué dans 90 % des cas

Si le casque présente un intérêt parfois limité en cas de collision entre un cycliste et un véhicule motorisé, il est vraiment efficace en cas de chute. Or, une étude de l’IBSR montre que 90 % des cyclistes admis aux urgences des hôpitaux sont victimes d’un accident où ils sont les seuls impliqués.

L’IBSR dispose d’un laboratoire dans lequel les casques de vélo pour enfants sont testés. Voici l’impact d’un choc à 20 km/h sur un casque: