Ripostes

C’est l’époque des bals de fin d’année. Aux platines, passe-t-on encore des slows langoureux ? Pour la majorité des internautes interrogés, les slows restent une occasion de se rapprocher.


C’est la fin des examens, les tensions se relâchent, il est temps de célébrer la fin de l’année scolaire et le début des vacances. Dans certaines écoles et universités, le bal de fin d’année se prépare et, pour certains, il représente l’occasion de déclarer sa flamme. Pour les baby boomers et les enfants des années 80, le film "La boum", qui s’achève sur un slow, a marqué plusieurs générations. Dans les années 90, les boums ont parfois lieu en fin d’après-midi dans les garages des parents et le moment du slow finissait toujours par arriver. Les garçons invitaient les filles et inversement pendant "le quart d’heure américain". Cette danse permettait de s’affranchir de tous les codes, liés à la danse mais aussi à la morale, explique le sociologue et danseur Christophe Apprill, auteur de "Sociologie des danses de couple : une pratique entre résurgence et folklorisation" (L’Harmattan) et "Les audaces du tango" (Transboréal).

Le slow est né dans le contexte de "la contre-culture dans les années 70, précise-t-il. Il permet de se rapprocher sans passer par les codes des vieilles danses comme la valse, le cha cha, le paso doble ou le tango. Le slow est aussi une forme de non danse, il n’y a pas besoin de connaître de pas ou de rituels particuliers pour danser. Pas besoin non plus d’être un homme pour inviter quelqu’un." Cette liberté a largement contribué au succès de cette danse pratiquée sur une musique au rythme lent et romantique, surtout par les adolescents et les jeunes adultes.

L’occasion d’approcher le corps de l’autre

Moments magiques soudain brisés par l’élan du DJ, maladresse du partenaire ou instant hors du temps, bons et mauvais souvenirs émaillent les témoignages dont vous nous avez fait part dans un questionnaire sur lalibre.be. L’émotion, dans tous les cas, est indéniablement liée à cette danse. "Dans notre société occidentale, nous développons une forme d’évitement par rapport au toucher, poursuit Christophe Apprill. Le slow permettait aux adolescents de toucher le corps de l’autre, de sentir l’odeur et la chaleur. C’est commun aux danses de couple, mais pendant l’adolescence, le slow est une occasion extraordinaire d’approcher le corps de l’autre. La dimension érotique est très présente. Il n’y a pas besoin de parler pour aller vers l’autre."

Cependant, slow est-il devenu ringard ? Pour le sociologue, cette danse "ne parle plus aux jeunes générations" et est peut-être délaissée au profit d’une autre danse "collée serrée qui permet de bouger enlacés pas forcément fondée sur la lenteur mais sur un rapprochement des corps".

Une danse très demandée

Maggy, professeure de danse à l’école Universal dance à Bruxelles, estime que le slow est bien vivant même s’il est nécessaire de distinguer le slow fox trot du slow social qui en est une forme dérivée et très simplifiée. "Pour le slow fox trot, il y a des pas spécifiques, parfois inspirés de la valse", qui nécessitent par conséquent un apprentissage. La demande est assez importante, explique la professeure de danse, tout comme certaines danses latines qui "permettent de la sensualité". Dans son école, ceux qui apprennent le slow sont de tout âge. "Cette danse est très demandée pour l’ouverture du bal lors des mariages. On choisit une chanson romantique et on prépare un slow un peu plus élaboré avec quelques figures chorégraphiques." Quand aux soirées étudiantes, Maggy pense que le slow y a toujours sa place.

L’avis de Xavier Wyns, DJ pour RCM DJ, est plus nuancé, le slow serait lié à une génération. "Pour les plus âgés, le slow passe bien. Pour les jeunes, c’est très compliqué. Les 20-25 ans ne sont pas très demandeurs mais si je passe un slow, en général, ça marche." Quant aux adolescents, "cela dépend de la soirée, si je sens que c’est une soirée organisée pour rencontrer quelqu’un, ça marchera. Mais si ce sont des soirées de jeunes pour faire la fête, ça ne marchera pas."

Le slow garde une place importance dans les mariages, ajoute Xavier Wyns qui anime de nombreuses fêtes. Pour cette occasion particulière, les invités "sont contents" de danser un slow même si le choix de la chanson reste délicat : "Si je passe du Ed Sheeran pour des gens de soixante ans, ça ne marche pas, pareil pour Elvis Presley avec des jeunes de quinze ans."

Si le slow n’émaille pas toutes les soirées des années 2010, il pourrait bien faire un retour en force comme de nombreuses danses de couple ces dernières années. "Il y a un mouvement profond et général de redécouverte des jeunes d’un répertoire ancien comme le lindy hop, la country ou le tango, observe le sociologue Christophe Apprill. Aujourd’hui, dans les bals swing, il y a des personnes de vingt ans et d’autres de soixante. Les bals sont des lieux de rencontre mais surtout de loisir et cette passion s’éprouve tout au long de la vie."


C’est vous qui le dites

Appel à témoignages : Vous êtes une trentaine à avoir répondu à notre questionnaire sur lalibre.be. Parmi vous, 80 % disent que le slow reste d’actualité. Seuls 20 % trouvent que cette danse est devenue ringarde.

Vos arguments : Vous êtes nombreux à expliquer que le slow reste une façon classique de rapprocher les gens et de renforcer les couples. Toutefois, peu d’entre vous en danse encore régulièrement. Vous semblez préférer des types de danses plus entraînantes.


Quelques avis partagés sur lalibre.be

Juliette, 60 ans - Oui

Le slow est ringard pour les jeunes mais il était très utile jusqu’aux années 90 pour les rapprochements. Le meilleur, dans le slow, c’est le rapprochement qui permet de "sentir" une personne et de la voir de près. Le plus mauvais est quand une femme refuse la danse et que l’homme le prend mal car il pense qu’une femme doit tout accepter.

Thib, 25 ans -  Oui

Pour moi le slow est devenu ringard, tout simplement parce qu’il est lié à un genre musical dépassé. J’en ai toutefois dansé quelques-uns, le meilleur étant enfant, et le pire étant adolescent. Aujourd’hui, je danse plus souvent en groupe en soirée, sur de l’électro ou du hip-hop.

Léa, 19 ans -  Non

Les slows sont toujours actuels ! C’est une belle partie d’une soirée et c’est dommage que plus personne n’en danse. Normalement, je danse plutôt avec mes amis. Mais si on me propose de danser un slow en soirée, c’est pour moi un geste romantique. C’est tout de même intime, danser un slow avec quelqu’un.

Marjolaine-Mégane, 34 ans -  Non

La dernière fois que j’ai dansé un slow, j’avais douze ans. Nous dansions les bras tendus sur les épaules de chacun lors d’une boum. Je pense que le slow reste actuel, car il permet aux couples de se former, mais aussi de rester formés ! En revanche, cela n’est pas nécessairement un geste romantique ; tout dépend de qui émane la demande.

Aurore, 34 ans -  Non

Les slows ne sont pas devenus ringards, mais ils sont certainement désuets, un peu "old fashion", avec tout ce que cela apporte de bonnes vibrations. En soirée, j’ai plus tendance à danser le rock et autres. Il y a toujours quelqu’un que vous n’aimez pas, qui vous aime trop, à qui vous accordez un slow et qui vous écrase les pieds.

Griselda, 60 ans -  Non

Je me souviens d’un slow que j’ai dansé dans le noir. J’avais dix-sept ans. En sortant sous les lampadaires : éruption d’acné généralisée. Si on est prêt pour une histoire d’amour et que celui qui vous propose de danser est à l’image de votre rêve, un slow est évidemment la bonne solution. Sinon, mieux vaut un bon rock… c’est bon pour les articulations !

Jacques, 69 ans -  Non

L’âge est hélas passé pour moi de danser en soirée. Mais je me souviens tout de même de mon pire slow : ma partenaire repartait systématiquement du mauvais pied. Quant à mon meilleur, je ne répondrais qu’à huis clos. Danser des slows dans la rue, ça reste difficile : les dames se méfient.