Ripostes Le nombre de fonctionnaires et d’employés qui travaillent à domicile au moins un jour par semaine ne cesse d’augmenter. Le télétravail permet d’éviter le stress quotidien au bureau. Mais, avant de l’envisager comme un remède miracle au burn-out, quelques aménagements s’imposent.


Le télétravail cartonne. Selon les derniers chiffres publiés par la "DH", près d’un fonctionnaire sur quatre ne se déplace plus tous les jours au bureau pour remplir ses tâches professionnelles. D’après la dernière analyse de Securex, c’est également le cas de près de la moitié des employés belges.

Comment expliquer un tel engouement pour cette nouvelle façon de travailler, que l’on désigne aussi sous le terme anglais "homeworking" ? "Tout d’abord, un arrêté royal faisant la promotion du télétravail a été publié en 2011", explique Béatrice Collin, porte-parole du ministre de la Fonction publique Steven Vandeput (N-VA). Ensuite, l’employé travaillant à domicile est un travailleur productif et efficace, ajoute Hermina Van Coillie, experte en ressources humaines chez Securex : "Les études révèlent que les travailleurs ont tendance à être dérangés au bureau pendant leur travail. Par exemple, par des nuisances sonores (collègues qui téléphonent, conversations, bruits des machines), par les questions des collègues, leurs propres e-mails, leur téléphone, les bips d’un SMS entrant, les médias sociaux… Ces brouilleurs réduisent la productivité de façon spectaculaire (moins d’efficacité, plus de stress et plus d’erreurs). Celui qui travaille de chez lui peut se protéger de ces nuisances et peut ainsi travailler de manière beaucoup plus productive."

Les lecteurs qui ont répondu à notre appel à témoignages sur lalibre.be (voir ci-dessous) précisent que le télétravail leur apporte de nombreux avantages très concrets. Il permet d’éviter les trajets interminables aux heures de pointe, puis de mieux concilier leurs vies professionnelle et privée. Aurélie, 38 ans, cadre dans une entreprise de consultance, explique par exemple que lorsqu’elle travaille à domicile, elle peut facilement caser un rendez-vous médical en fin d’après-midi.

Davantage de bien-être pour les travailleurs

Pour le professeur Frederik Anseel, ces témoignages confirment ce que la littérature scientifique suggère depuis un certain nombre d’années : "Le ‘homeworking’ augmente le bien-être des travailleurs […]. De telles formes de personnalisation sont la clé pour développer à l’avenir un équilibre sain entre un travail productif et une vie saine."

Sommes-nous dès lors sur la bonne voie pour remédier à toute forme de pressions professionnelles et éviter le stress occasionnant des maladies comme le burn-out qui, d’après l’Inami, touche 80 000 Belges tous les ans ?

De nécessaires garde-fous

"D’une part, le télétravail peut prévenir les situations de burn-out, s’il permet aux travailleurs de sortir de leur quotidien, de leur lieu de travail et finalement les protège. Mais, d’autre part, il y a aussi un risque, nuance Caroline Diard, professeur à l’Ecole de management de Normandie. Le burn-out est lié à l’incapacité du travailleur de décrocher. Or, nous sommes dans une économie connectée. Tout le monde a un smartphone et un ordinateur portable. Et on a tendance à lire ses mails et ses messages y compris sur son temps personnel. Ce qui peut être accentué par le télétravail. Pour avoir réalisé des observations sur le terrain, j’ai remarqué que même si l’entreprise prévoyait des horaires pour les travailleurs qui effectuent certaines tâches à domicile, ils peuvent ne pas respecter ces horaires et répondre à la moindre sollicitation tôt le matin, le soir et le week-end."

Il faut alors prévoir des garde-fous. "On peut présenter le télétravail comme un progrès pour les travailleurs, parce que cela évite des temps de transport et offre un certain confort. Mais, effectivement, l’entreprise doit prendre des mesures, par un accord ou par une charte, pour éviter qu’il y ait une imbrication des temps personnels et professionnels. Et pourquoi ne pas prévoir un suivi régulier avec des professionnels de la santé ?" conclut Caroline Diard.


C’est vous qui le dites

Appel à témoignages. Vous êtes plus de 150 à avoir répondu à notre appel à témoignages sur lalibre.be. 85 % d’entre vous travaillent à domicile au moins un jour par semaine. Et 77 % d’entre vous pensent que cela permet de réduire leur stress.

Vos arguments. Le télétravail permet d’éviter de longs trajets jusqu’au bureau et de mieux concilier vie professionnelle et vie privée. Certains pointent cependant le risque de ne pas parvenir à décrocher de son ordinateur.


Quelques-uns de vos avis partagés sur lalibre.be

Oui - Astrid, 31 ans

Je suis fonctionnaire et je travaille à domicile deux à trois jours par semaine. Mes tâches sont réparties, je sais quoi faire quand. Je ne suis pas interrompue par des collègues. Je peux manger sur ma terrasse si j’en ai envie. Si j’étais dirigeant, j’encouragerais le télétravail. Cela permet au travailleur d’être moins stressé et plus heureux. Son travail ne pourra être que meilleur.

Oui - Christophe, 36 ans

Le télétravail offre une très bonne flexibilité. Si on est fatigué, on peut se permettre de dormir une demi-heure plus tard (temps qu’on ne passera pas sur la route). C’est aussi plus facile pour aller chercher les enfants à l’école. Attention cependant à marquer la limite entre sa vie privée et professionnelle. On doit avoir une pièce séparée pour s’isoler et travailler.

Oui - Charlotte, 44 ans

Je suis employée administrative. Je gère une équipe et j’encourage le télétravail. C’est agréable. Et l’on peut toujours savoir si quelqu’un abuse, car au bout du compte le travail doit être fourni. Par contre, il est nécessaire d’organiser une journée obligatoire où l’équipe doit être au complet au bureau. Et ce, pour garder un esprit d’équipe.

Oui - Jean-François, 41 ans

Il y a beaucoup d’avantages au télétravail : fini l’énervement inutile dans la circulation et vive le travail en pyjama sans passer forcément par la salle de bain. Mais il y a aussi des inconvénients : tendance à travailler plus de temps que quand j’étais au bureau; sentiment de solitude exacerbé en cas de problème professionnel; et difficile de demander un véhicule de société…

Oui - Danielle, 61 ans

En tant que patron, c’est pratique et économique de ne pas devoir disposer de grands espaces de travail, car vos employés travaillent à domicile. Aujourd’hui, une bonne connexion Internet suffit pour qu’ils soient disponibles. Sans compter que les employés ne perdent pas un temps fou sur la route.

Non - Alain, 52 ans

Le télétravail a des aspects positifs car il élimine le stress des transports, mais il y a aussi des aspects négatifs, car le travailleur est toujours plus ou moins soupçonné de "glander". Attention aussi à ce que votre patron ne considère pas que, comme vous êtes en télétravail, vous êtes "de garde" 24h sur 24h.

Non - Stéphanie, 37 ans

C’est très stressant. Ma cheffe a tendance à vérifier que je suis bien là et que j’ai de quoi m’occuper. Les affaires qui, au bureau, se règlent en une minute, parce qu’on se parle, se règlent en dix mails quand je suis à la maison. De mon côté, j’ai tendance à prouver que je suis très efficace en télétravail pour ne pas qu’on puisse dire : elle télétravaille le mercredi pour en fait s’occuper de ses enfants.