Les médias s’acharnent-ils contre la famille royale ?

Entretien : Jean-Paul Duchâteau Publié le - Mis à jour le

Ripostes

Interviews croisées: Marc Reynebeau, journaliste au Standaard et Marc Deriez, rédacteur en chef de Paris-Match Belgique.

Marc REYNEBEAU, journaliste au Standaard

Des proches de la famille royale dénoncent l’attitude des médias à leur égard. Est-ce justifié ?

Je viens d’achever la lecture du nouveau bouquin sur le prince Laurent et j’ai l’impression que cela entame un peu trop l’intimité personnelle du Prince. Mais je crois que cela fait partie de la fonction royale de nos jours qu’il y ait une curiosité publique pour la vie privée. Il ne faut pas oublier que la famille royale garde quelque chose de mythique et que les gens sont curieux de connaître tous les petits détails comme ils le font pour des people. Et quand quelqu’un comme Laurent intervient là-dedans, les gens sont sûrs de trouver quelque chose de croustillant. Cela ajoute du piment à la chose. Comme nous vivons dans une époque très médiatisée, il n’y a pas d’alternative. Il faut bien dire que, parfois, ces gens s’exposent, avec leurs enfants, et que cela crée une attente supplémentaire. Il faut savoir qu’il y a toujours des gens dans l’entourage qui parlent, et sans doute parlent trop, mais on n’invente pas ce que l’on écrit. Ce n’est pas toujours très gai à faire mais cela fait partie de notre boulot.

Peut-on parler d’acharnement ?

Je ne dirais pas cela. Ce n’est pas du harcèlement, et la famille royale n’est pas traitée avec plus de rudesse que les people. Ce sont des gens connus, qui sont intéressants non pas pour les livres qu’ils ont écrits ou les films dans lesquels ils joueraient, mais par leur personnalité.

Existe-t-il un traitement différent au nord et au sud du pays ?

Il y a une plus grande révérence au Sud, et une plus grande réticence au Nord. Quand il s’agit des dotations par exemple, les points de vue, des médias comme des politiciens, sont beaucoup plus critiques en Flandre. Et cela marche dans le public. La presse flamande est plus franche. En général, en Flandre, il y a une tendance naturelle à critiquer l’establishment, quel qu’il soit. C’est vrai pour la presse et pour le monde politique. La famille royale fait partie de l’élite traditionnelle. Et puis, n’oublions pas, il y a l’agenda de certains politiciens qui ont intérêt à maintenir la pression sur le sujet.

La famille royale gère-t-elle bien ses relations avec les médias ?

Heu Personnellement, je n’ai pas à me plaindre des contacts que j’ai. Sans doute parce que je traite l’aspect historique et politique et pas celui de la vie privée. La famille royale a toujours le problème de trouver un équilibre entre sa fonction, avec ce que cela signifie sur le plan du protocole, et la manière de gérer la curiosité publique, qui n’est pas toujours très polie ou discrète. Et là, la famille royale devrait trouver une attitude plus pragmatique, comme cela se passe dans d’autres pays, comme les Pays-Bas par exemple, où les membres de la monarchie sont assurément plus proches de la population à laquelle ils se mêlent volontiers. Prenons un autre exemple, celui des interviews. C’est toujours extrêmement compliqué d’en obtenir, car il faut un équilibre entre les deux communautés notamment, et que le contact est difficile, comme si la famille royale se méfiait a priori des initiatives de ce genre, comme si elle était mal à l’aise dans cet exercice.

Marc DERIEZ, Rédacteur en chef de “Paris-Match Belgique”

Il y a des pages entières dans les journaux, des couvertures de magazine, des émissions télé, des livres. Peut-on parler d’acharnement contre la famille royale ?

Je pars toujours du principe que les gens ont droit à la vérité, et que les médias ont la mission d’informer leur public. Mais, par exemple, avec le prince Laurent, ce qu’on vit actuellement confine en effet à l’acharnement. On sait que le Prince a un passé, que nous avons d’ailleurs raconté pour expliquer sa personnalité. Laurent est en fait une cible rêvée. Il se met lui-même en danger par certaines attitudes. Mais quand on ressasse ce passé, cela devient du harcèlement douteux. Laurent a maintenant une épouse et des enfants et en tant que père, ce n’est pas très agréable de voir votre fils vous demander “dis Papa, c’est quoi un passé sulfureux”. Franchement, aimeriez-vous que vos enfants vous demandent ce que signifie “tromper Maman” ? Cette semaine, dans “Match”, on explique toute la colère de la princesse Claire à ce propos et je pose la question “à qui profite le crime ?”

C’est-à-dire ?

Mario Danneels a commencé à voir Laurent davantage comme une victime. Il n’empêche que, comme le dit l’historien Francis Balace que nous avons interviewé cette semaine, quand on prend celui qui prête le plus le flanc aux critiques et qu’on rejette la faute sur l’entourage, c’est le coup du billard à trois bandes, avec des dégâts collatéraux mais voulus sur le Roi et la Reine. Balace explique aussi que Danneels affirme ne pas être lié aux milieux nationalistes flamands mais qu’en réalité, il les sert bien.

Justement, existe-t-il une différence de traitement au nord et au sud du pays ?

Je pense qu’il y a plus de réserve, ce qui ne veut pas dire de secret, du côté francophone. La Flandre se permet aujourd’hui beaucoup de choses parce que c’est soi-disant la couleur du temps, mais aussi parce qu’il y a la volonté d’exprimer des divergences de vue avec ce que la royauté fait. On se lâche plus au nord. Au sud, il y a un peu plus de respect de la vie privée.

La famille royale reste-t-elle vendeuse pour les médias ?

Quand il y a de l’actualité, quand il y a des faits, quand il y a des vérités à dire, effectivement les gens nous suivent. Dernièrement, nous avons publié une grande enquête sur la princesse Mathilde en parlant d’une femme en souffrance. Eh bien, au-delà d’un chiffre de ventes tout à fait normal, il y a eu surtout énormément de lecteurs qui nous félicitaient parce qu’on leur avait présenté une princesse sur un plan humain qu’on ne connaissait pas. Avec ses envies, ses désirs, ses tristesses. Avec ses doutes aussi, sur ce qui se passerait demain si le Roi venait à abdiquer ou à disparaître.

La famille royale gère-t-elle bien sa relation avec les médias ?

Elle aurait tout à gagner en allant vers plus de transparence, tout en gardant une certaine hauteur. Les pays anglo-saxons et d’autres ont réussi à donner une image de proximité avec leurs citoyens. Le Palais aurait tout à gagner en communiquant davantage mais encore une fois, sans devoir répondre à des rumeurs et de fausses vérités comme on en entend beaucoup aujourd’hui. Cela permettrait de montrer que la famille royale est finalement la représentation du citoyen belge.

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