Les OGM sont-ils un danger pour notre santé ?

Entretien : Jean-Paul Duchâteau Publié le - Mis à jour le

Ripostes

Si c’est aussi dangereux, comment n’a-t-on rien vu chez les millions de bovidés qui consomment dans le monde ces produits depuis bien des années ? Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Alfred BERNARD, Directeur de recherches au FNRS ; professeur à l’UCL

Les OGM font manifestement peur dans la population. Est-ce justifié ?

C’est explicable sur un plan sociologique, parce que la plupart des messages qui circulent à ce sujet sont alarmistes. On peut comprendre la peur. Sur le plan scientifique, c’est moins justifié parce que les bases de ces messages sont souvent fragiles. On n’a jusqu’à présent jamais sérieusement mis en évidence de risques importants pour la santé. Ce qui ressort, c’est que des applications ont des bénéfices considérables, comme le riz jaune enrichi en vitamines A. Malheureusement pour les scientifiques, c’est devenu un thème de société. On parle de risques emblématiques qui sont utilisés comme des symboles et donc, il y a instrumentalisation par des organisations et certains partis politiques. On a eu la même chose avec les dioxines, avec les champs électromagnétiques ; on rentre là dans le domaine des risques sociétaux, largement irrationnels. Il est donc difficile d’avoir un débat serein. Le monde scientifique doit garder ses distances par rapport à ce débat, sinon, il perd en crédibilité.

L’étude du professeur Séralini en France vous convainc-t-elle ?

Pas vraiment. Les résultats qui sont représentés ne permettent pas de tirer des conclusions à la fois pour des aspects méthodologiques (c’est une étude faite sur un nombre trop restreint de rats) et scientifiques parce que les rats développent spontanément des pathologies comme celles qui sont décrites dans l’étude. D’où l’importance d’avoir de grands échantillons. De plus, certaines de ces pathologies sont propres aux rats. Tout ce qui touche la fonction rénale est lié à un mécanisme vraiment propre aux rats mâles et femelles. C’est donc non relevant. Si c’est aussi dangereux, comment n’a-t-on rien vu chez les millions de bovidés qui consomment dans le monde ces produits depuis bien des années ?

Qu’apportent en fait les OGM ?

Si vous regardez l’histoire, on avait déjà imaginé des OGM au 18ème siècle. Ils offrent des perspectives fantastiques pour l’humanité dans toute une série de secteurs. Les risques potentiels viennent du fait que cela entre dans l’alimentation humaine, ce qui, comme pour tout, exige qu’on soit très prudents. Il faut mettre les risques en balance avec les bénéfices. C’est une technologie ouvrant des perspectives immenses pour l’humanité qui va manquer de ressources naturelles en raison notamment d’une démographie galopante. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Dans le secteur, ne souffre-t-on quand même pâs d’un manque de transparence ?

C’est inévitable car ce sont des sociétés privées qui développent ces projets et qui sont les seules à même de les évaluer. Le monde scientifique n’a pas accès à toutes ces données. Pour l’instant, la stratégie européenne, c’est de demander à l’industrie d’apporter la preuve de l’innocuité de ses produits. Il faut trouver un système qui permette de faire cela correctement car la société civile ne pourra pas le faire elle-même.

Oui. Dans un monde tellement dominé par l’économie, les agriculteurs sont donc perdants s’ils utilisent des OGM et ils vont s’en rendre compte. Ce n’est donc pas un combat perdu. Maurice LOSCH, Chargé de campagne OGM chez Greenpeace Belgique.

On vous reproche d’alimenter de manière irrationnelle la peur à l’égard des OGM. Votre réaction ?

Cette peur est justifiée. Il y a plusieurs études, antérieures à celle du professeur Séralini, qui montrent très clairement qu’il y a des effets négatifs des OGM sur la santé mais aussi sur l’environnement. Les OGM, c’est vivant et cela peut donc contaminer d’autres plantes. Le pollen peut voler et cela veut dire qu’avec les OGM, on introduit dans la nature un élément dont on ne connaît pas les effets à long terme.

Rien n’a jamais été prouvé, c’est donc davantage par principe de précaution que vous y êtes hostile ?

Effectivement. Greenpeace dit qu’il ne faut pas mettre d’OGM dans les champs et les assiettes parce qu’on ignore en réalité ce que cela peut donner. On dispose de données scientifiques claires et fondées qui montrent qu’il y a des problèmes potentiels. Il ne faut donc pas jouer avec cela. L’OGM induit justement une agriculture industrielle qui détruit la biodiversité et fait disparaître les différentes variétés au bénéfice d’une seule. Ce n’est pas comme cela qu’on peut faire face à des conditions climatiques changeantes. Cela implique aussi l’utilisation supplémentaire de pesticides. Dans chaque cellule, il y a un poison inoculé qui rentre certainement dans la chaîne alimentaire. A cet égard, les multinationales qui produisent des OGM mentent aux consommateurs. Cela a des effets économiques négatifs au niveau des agriculteurs qui perdent ainsi de l’argent. Cela veut dire un système agricole OGM qui devient monoculture, à grande échelle, qui détruit l’eau et le sol qui sont la base pour produire les aliments. Les partisans disent que les OGM vont pouvoir nourrir le monde mais cela ne tient pas la route parce qu’ils détruisent la base de la production agricole. Cela se vérifie de plus en plus par les faits. Ce n’est pas Greenpeace qui le dit, mais bien la réalité.

Dans l’étude du professeur Séralini, certains disent qu’il y a beaucoup de problèmes méthodologiques et scientifiques et que celle-ci n’est pas relevante. Votre avis ?

Ce n’est pas nouveau. On a déjà eu par le passé des scientifiques ou des politiques qui ont volé au secours des multinationales pro-OGM. C’est systématique à ce niveau-là. Il ne faut pas les prendre au sérieux. Quand les industries font des études, ce sont des études très court terme, et dont on ne peut pas disposer des données brutes. Normalement, quand un scientifique réalise une étude, il la publie dans une revue sérieuse pour que ses collègues en connaissent tous les ressorts. Cela veut dire qu’ici, il n’y a pas de transparence.

Les OGM se sont beaucoup développés ces dernières années. Votre combat n’est-il pas d’ores et déjà perdu ?

La très grande majorité des cultures agricoles dans le monde sont sans OGM. Dans les pays où les OGM sont cultivés, on constate qu’il y a des problèmes divers pour les agriculteurs. Un OGM est breveté et il faut donc payer un droit d’auteur, davantage de pesticide et tout cela sans rendement supplémentaire. Dans un monde tellement dominé par l’économie, les agriculteurs sont donc perdants s’ils utilisent des OGM et ils vont s’en rendre compte. Ce n’est donc pas un combat perdu.
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