Les transferts dans le foot sont-ils devenus fous ?

Entretien   T.Bo Publié le - Mis à jour le

Ripostes

Quels sont les facteurs qui déterminent la somme du transfert ?

S’il s’agit d’un joueur libre, c’est-à-dire en fin de contrat, il n’y a pas d’indemnités de transfert, et les négociations ont lieu entre le joueur et le club/futur employeur. Si le joueur est sous contrat, c’est une question de négociation entre les clubs. Après l’accord, nous, en tant qu’agent, pouvons nous rendre sur place pour discuter alors du contrat du joueur. Sur le prix du transfert, tout dépend des possibilités du club acheteur et de la concurrence suscitée par le club vendeur. Pour Hazard, Manchester était aussi intéressé. Maintenant, il n’existe pas de catalogue de la valeur des joueurs de football. Comparons avec une peinture sur le marché de l’art. Que vaut un tableau ? La valeur est plus émotionnelle que réelle. Et les joueurs sont des pièces uniques.

Justement, quand on investit 40 millions d’euros, quels retours peuvent attendre un club pour qu’il soit rentabilisé ?

D’abord, le retour sportif. Cela permettra-t-il au club de gagner son titre de champion ? Difficile à évaluer. Vient ensuite l’aspect commercial : valeurs promotionnelles, marketing, merchandising, publicité, droit à l’image, valeur de sa revente Quoi qu’il en soit, avec de telles sommes, le marché est très petit.

Sur 40 millions d’euros, combien va à qui ?

En théorie, les 40 millions seront versés par Chelsea à Lille moins 5 % divisés et versés proportionnellement aux clubs qui ont formé le joueur jusqu’à ses 23 ans. C’est le montant de la solidarité. Et l’agent et le joueur ? Tout dépend des accords. Normalement, un agent est rémunéré via une commission de 7 à 10 % sur le salaire du joueur, qui serait pour Hazard de 500 000 € par mois.

Quel est le travail d’un agent ?

Je parle pour notre agence qui a 20 ans d’expérience. Nous défendons les intérêts d’environ 80 joueurs. Nous leur cherchons des clubs, les suivons à l’étranger, défendons leurs droits, négocions leurs contrats de travail, discutons leurs contrats de publicité, etc. A côté, nous pouvons être intermédiaires entre deux clubs qui ne désirent pas négocier directement ou utiliser notre réseau pour un club qui recherche tel type de joueur ou pour un joueur sous contrat et son agent en quête d’un autre club.

Qu’a changé l’arrêt Bosman pour les transferts ?

Ce fut heureux pour les joueurs et le monde du football. Les juges ont mis fin un système moyenâgeux qui liait un joueur à un club pour la vie. Mais la bascule a été trop rapide, beaucoup n’y étaient pas préparés. Aujourd’hui, le marché des transferts payants s’est donc rétréci. On va payer davantage pour les meilleurs joueurs, les "happy few", mais on ne paye plus rien pour les autres. Et on attend leur fin de contrat.

Avec des sommes si incroyables n’y a-t-il pas danger de blanchiment d’argent sale ?

Le club de Chelsea est aux mains d’un milliardaire russe. Il y a assez d’instances pour contrôler l’origine des fonds.

L’endettement de certains grands clubs n’est-il pas lié à ces sommes de transferts irrationnelles ?

Bien sûr. En Espagne, pourriez-vous trouver un seul politicien qui oserait toucher au club de Barcelone ou au Real de Madrid ?

Comment expliquer de telles sommes folles à des jeunes qui débutent dans la vie professionnelle ?

Le sport en général brasse des sommes de plus en plus importantes. Et surtout dans le football où même les amateurs gagnent de l’argent. Est-il normal ou moral de gagner 5 millions d’euros par an pour un jeune joueur ? Où est la limite ? Qui va définir les règles ? Je n’ai pas de réponse. Sauf que de telles sommes peuvent aussi déstabiliser voire détruire un jeune.

En lien du présent article, découvrez l'opinion de Luc Mission: "S'interroger sur l'origine de l'argent des transferts"

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