Les vacances d’été sont-elles trop longues ?

Entretien : Jean-Paul Duchâteau Publié le - Mis à jour le

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En plus des vacances de Noël et de Pâques, il y aurait aussi quinze jours à la Toussaint et la même chose au carnaval. Il a en effet été démontré qu’en une semaine, l’enfant perd alors le bénéfice du congé.

Ghislain Marion président de l'AIDE (association intersectorielle des directeurs d'école)

La Libre. Vous êtes directeur d’école et donc bien au fait des besoins des élèves. Leurs vacances d’été sont-elles trop longues ?

Ghislain Marion. A mon sens, oui. Comme j’ai quelques années de vol, je me souviens que déjà dans une commission sur les rythmes scolaires à la Communauté française, on avait planché sur le sujet. Et tout le monde était d’accord pour dire qu’après six semaines d’interruption des cours, on a une perte d’acquisition des enfants, qu’on estime à environ 15 %. Donc, une bonne partie du savoir acquis pendant l’année scolaire est perdue.

Pourquoi les choses n’ont-elles pas changé ?

Parce qu’il y a toute une série d’enjeux dont un est évidemment la conciliation entre le temps scolaire, le temps de travail et le temps social. Ajoutons-y le lobby touristique. Et donc, c’est clair que si on veut changer le temps des différentes vacances, cela bouscule toutes nos habitudes de citoyens et de consommateurs.

Idéalement, et en tenant compte strictement de l’enfant, comment faudrait-il répartir les congés tout au long de l’année scolaire ? Ce qu’il faudrait pouvoir faire, c’est d’avoir entre six et sept semaines de travail scolaire, quinze jours de congé, et ainsi de suite. Cela veut dire qu’en dehors des vacances de Noël et de Pâques, il y aurait aussi quinze jours à la Toussaint et la même chose au carnaval. Il a en effet été démontré qu’en une semaine, l’enfant n’a pas le temps de se mettre dans un autre rythme et qu’il perd alors le bénéfice du congé.

Faudrait-il retarder le départ en vacances ou anticiper la rentrée ?

Il est plus simple d’anticiper la rentrée. Mais il faudrait pouvoir se détacher des rythmes sociaux qui sont encore liés à des rites religieux. Faut-il vraiment faire des vacances à la Toussaint même ? Idem pour les vacances de carnaval et les vacances de Pâques dont les périodes flottantes bouleversent les rythmes des jeunes, et aussi ceux de l’enseignement. Ainsi, cette année, tout le monde termine sur les rotules.

Quant aux rythmes scolaires quotidiens, sont-ils appropriés ?

Dans la plupart des cas, non, mais là, c’est aussi la responsabilité des écoles, où se posent des problèmes très pratiques. Idéalement, ainsi, il serait préférable de consacrer les après-midi aux activités sportives, mais il faut se rendre compte que nous fonctionnons avec un nombre contraint de professeurs de gymnastique et qu’ils ne peuvent donc pas se couper en deux ou en trois. Idem pour la salle de gym. Le temps de travail le plus efficace se situe entre 8 heures et 11 heures et après le repas, les enfants sont en repli de fatigue et en quasi-sieste. On devrait reprendre vers 15 heures jusqu’à 17 heures, mais cela perturberait l’organisation sociale.

Ces rythmes, quotidiens et annuels, influent-ils sur la réussite ou l’échec des élèves ?

C’est évident. Quand les enfants sont fatigués, ils sont beaucoup moins attentifs et il y a beaucoup plus de “trous” dans leur apprentissage. C’est pour cela qu’un examen comme le CEB, quand l’enfant n’a plus eu un temps de congé depuis dix à 11 semaines, c’est du malmenage scolaire.



Il y a une double journée à la fois pour l’élève et pour les parents, qui doivent trouver les ressources nécessaires pour la rémédiation. Ce qu’on veut, c’est que l’école se fasse dans l’école et au sein des rythmes de l’école.

Hakim Hedia Président de la Fapeo (Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel)

La Libre. Tout le monde semble d’accord pour dire que le rythme de l’année scolaire comme elle est pratiquée aujourd’hui ne convient pas aux enfants. Or, rien ne bouge.

Hakim Hedia On traîne toujours le passé, notamment avec les vacances qui correspondent à des temps religieux, alors que cela n’est plus du tout adapté. Le problème n’est pas de vouloir absolument diminuer les vacances d’été qui sont devenues un fait culturel, mais de laisser plus de temps pour les vacances intercalaires, parce que les enfants en ont vraiment besoin.

Il n’y a pas de volonté politique pour aller dans ce sens ?

Cela fait des années qu’on en parle aux autorités de l’enseignement. Or, rien ne se passe. Laxisme, indifférence, complaisance dans le passé ? Je dois avouer que je n’en sais rien. Je constate, comme beaucoup d’acteurs du secteur.

Il y a déjà les vacances d’été qui sont très longues. S’y ajoute, et de manière croissante d’année en année, le phénomène des “jours blancs”, qui voit les élèves terminer les examens au mieux à la mi-juin, et puis être lâchés dans la nature. Qu’en pensez-vous ?

Ah oui, les jours blancs ! Ce que, nous, on prône, c’est d’avoir un ministère de l’Education qui aurait strictement pour but l’éducation, avec ses trois composantes. La première, c’est l’instruction publique, classiquement. Ensuite, l’éducation citoyenne avec l’éveil par rapport à soi-même et à la société, le fonctionnement des institutions et les règles du vivre ensemble. La troisième, c’est l’insertion professionnelle. Il s’agit d’avoir des outils pour bien choisir son métier de demain, avec un plein épanouissement par rapport à soi-même et par rapport à la société. Tout cela ne fait pas partie, à proprement parler, du cursus d’éducation. Et cela, on pourrait l’introduire dans les “jours blancs”. Ne pas faire appel à des enseignants qui sont évidemment saturés pendant les conseils de classe, mais à des ASBL qui, elles, sont dédicacées à l’éveil, à la culture, à l’éducation sportive, à la connaissance de soi. Ces ASBL sont très nombreuses sur la place publique, et elles ne demanderaient pas mieux de consacrer du temps à cela. Toute cette problématique pourrait être introduite naturellement, mais il faudrait une volonté active du ministère.

Le rythme scolaire quotidien vous convient-il ?

L’échec devient très important en Communauté française, et les parents doivent vraiment faire l’école après l’école. C’est nous, en tant que parents, qui devons trouver des cours particuliers ou des écoles de devoir. En fait, c’est une double journée à la fois pour l’élève, si on veut ne pas le maintenir en décrochage, et à la fois pour les parents, pour trouver les ressources nécessaires. Cela coûte très cher. Ce qu’on veut, c’est que l’école se fasse dans l’école et au sein des rythmes de l’école. Il y a là une refonte à effectuer.

Cela pourrait-il entrer dans la lutte contre l’échec ?

Un enfant sur deux est en échec dans son cursus du cycle d’obligation scolaire, c’est-à-dire en primaire et en secondaire. Si on pouvait prendre la remédiation dans un environnement encadré par des enseignants et décliné par rapport à chaque élève, ce serait magnifique. La responsabilité des parents est de co-éduquer, mais quand l’enfant est en échec, cela retombe sur les familles.

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