Ripostes

Réunion d'information à Namur, ce mercredi, pour lancer une monnaie locale complémentaire (MLC). Son nom provisoire: le lum'çon. Environ 5.000 MLC circulent de par le monde. Non sans susciter la crainte de certains.


Oui pour Georges Hübner

Professeur de finance à l'HEC-Management School de l'Université de Liège.

Les risques associés à ce type d’opération sont tellement élevés que l’utilisation de monnaies locales ne peut rester que confidentielle et folklorique. Si un contrefacteur parvient à falsifier cette monnaie, les utilisateurs ne sont pas protégés par la loi. La convertibilité est un autre problème : vous n’avez pas l’assurance que la monnaie vaut ce qu’elle dit valoir. Ce ne sont que des alternatives au troc.

Après Mons avec le ropi, Liège avec le valeureux ou Grez-Doiceau avec les blés, Namur compte lancer une monnaie locale complémentaire, le lum’çon. Une bonne affaire pour les consommateurs et la région ?

A part un aspect folklorique, une telle monnaie locale n’offre aucun avantage par rapport à une monnaie convertible et garantie par une banque centrale. Les monnaies locales ne sont rien d’autre que des versions simplifiées de monnaies cryptiques telles que le bitcoin - qui n’est rien d’autre qu’une monnaie locale au plan planétaire. Le principal inconvénient du bitcoin est connu : la sécurité. Son système de cryptage - basé sur une fragmentation du code - est présenté comme étant à toute épreuve par ses concepteurs. Mais on sait bien qu’au jeu des gendarmes et des voleurs, ces derniers ont toujours une longueur d’avance. Bref, ces monnaies locales, dès qu’il y a des billets, avec des numéros de série qui sont enregistrés et imprimés pour être infalsifiables ne sont que des versions physiques de la crypto-monnaie. Et si un contrefacteur parvient à refaire cette monnaie, les utilisateurs ne sont pas protégés par la loi. La loi punit les contrefacteurs d’une monnaie reconnue, pas d’une crypto-monnaie, basée sur une convention. Quelqu’un qui ne respecte pas cette convention n’est pas nécessairement un contrefacteur. Conclusion, une monnaie locale est d’autant plus dangereuse pour ses utilisateurs qu’elle sera aisément falsifiable.

Le but de ces monnaies locales est de renforcer les commerçants et producteurs locaux et de favoriser une consommation responsable. Vous êtes d’accord ?

Je comprends qu’elles renforcent l’idée d’appartenance à une communauté. Et pour qui veut adhérer aux valeurs communautaires, l’utilisation de sa monnaie apparaît comme un signal. Comme un rotarien qui arborerait son pin’s du Rotary. Se reconnaître entre semblables dégage indéniablement de la sympathie pour ce genre de monnaie. Mais il ne faut pas imaginer un rôle plus fondamental de ces monnaies dans l’économie. Ce ne sont que des alternatives au troc. L’intérêt des crypto-monnaies est plutôt un intérêt marketing. Comme l’attestent plusieurs mémoires d’étudiants, pour une question d’ouverture à l’innovation ou de sympathie par rapport à un système alternatif, des commerçants vont y voir un petit avantage : surfer sur ce sentiment d’appartenance à une communauté. A part ça, il n’y a pas d’avantage avéré, surtout face aux risques pris.

Quelles autres critiques de la monnaie locale pointez-vous ?

La possibilité de thésauriser est rendue complexe : soit elle est impossible quand la monnaie est fondante, soit le marché n’est pas suffisant pour être efficace. Cette forme de troc déguisé, cette devise d’échange ne permet d’assurer, dans un système financier, des transformations de risque ou d’échéance. Inadaptée à un marché ou à des contrats financiers, elle n’aura donc pas un rôle économique. Un autre souci est la convertibilité. Un système de taux de change permet de convertir les devises en fonction d’une contrepartie considérée par les acteurs comme la contre-valeur économique. Avant, il y avait l’étalon-or. Aujourd’hui c’est plutôt une fiction de parité de pouvoir d’achat. Une monnaie locale ne permet pas cette objectivation de la valorisation de la monnaie. Cela veut dire que vous n’avez pas l’assurance que la monnaie vaut ce qu’elle dit valoir.

Un financier ne trouvera donc aucun argument en la faveur des monnaies locales ?

Les défenseurs d’une telle monnaie mettent en avant le coût faible des transactions à partir du moment où il n’existe pas tous les contrôles pour assurer la fiabilité de la monnaie. Pensez par exemple à la redevance des commerçants qui utilisent la carte de crédit, à leur fournisseur d’accès. Une monnaie locale basée sur une convention permet d’éliminer les intermédiaires et donc d’éliminer des coûts. Cela peut inciter quelques commerçants. Mais je le répète, les risques associés à ce type d’opération sont tellement élevés que l’utilisation de monnaies locales ne peut rester que très confidentielle et folklorique.


Non pour Eric De Waele.

Animateur au Réseau Financité.

On peut tout à fait faire les deux sans que cela pose problème, avec de l’organisation et une bonne santé. Et puis, surtout, sans mélanger les casquettes. Sur scène, je suis l’acteur qui amuse avec des mots écrits par d’autres. En politique, par contre, je suis très précis, sérieux, j’ai une éthique importante. Impossible pour moi, là, d’être fantaisiste ou d’improviser. Je veux être certain de ce que je dis.

Avant tout, pouvez-vous nous retracer votre itinéraire : la comédie et la politique, qu’est-ce qui est arrivé en premier ?

"Sois belge et tais-toi" est une vieille histoire de plus de trente ans. A l’époque, j’étais enseignant au collège Saint-Pierre d’Uccle comme André Remy et, en 1982, nous avons créé une revue de profs. A huit ou dix, on a continué à tourner pendant des années dans d’autres écoles car le spectacle parlait d’enseignement. Puis, en 1996-1997, on a basculé dans "Sois belge et tais-toi" alors qu’entre-temps, j’avais commencé mon engagement politique. En même temps, j’ai fait beaucoup de cabaret. Et j’ai un groupe de jazz et de swing, "JR et les tontons flingueurs".

Vous qui menez deux carrières parallèles depuis de nombreuses années, considérez-vous cela comme une difficulté ?

Absolument pas. C’est une question d’organisation. Cela demande aussi une grande complicité de l’entourage (mais comme mon épouse nous assiste sur le spectacle, cela permet déjà d’éviter certains soucis familiaux…) et une bonne santé. Une des clés de la réussite, c’est que j’ai bien séparé les deux. Quand je suis sur scène, je suis l’acteur qui joue un texte que des auteurs lui ont écrit. Je suis dans un rôle. Ce n’est pas mon expression personnelle et ce n’est jamais bête et méchant.

Ce que vos personnages disent sur scène ne vous a-t-il jamais joué de mauvais tour lorsque vous portez votre casquette de représentant politique ?

Jamais. Nous préparons la 18e édition de "Sois belge et tais-toi" et je n’ai jamais reçu le moindre reproche de la part d’autres hommes ou femmes politiques. Je dirais même au contraire. Compte tenu de la qualité des textes, cela crée plutôt des liens. J’ai plutôt un regard positif et un certain plaisir à partager ces choses-là avec les femmes et les hommes politiques de tous niveaux et de tous partis.

Jamais de moquerie, même dans les contextes politiques les plus tendus ? Comment est-ce possible ?

Parce qu’en politique, je ne fais pas d’humour. Je suis plutôt sérieux. Un ministre me l’a même reproché lorsque j’étais parlementaire. "Toi qui fais rire des salles entières , m’a-t-il lancé, quand tu m’interpelles au parlement, on dirait un pasteur protestant !" J’estime que la chose politique est tellement importante, fondamentale, que je ne sais pas faire autrement : je veux être précis, j’essaie d’avoir une éthique solide. En politique, je ne sais ni être fantaisiste, ni improviser. Il faut que je sois sûr de ce que je dis et de ce que je fais avant de le faire. J’étais l’autre jour encore au parlement pour une réunion. Nombreux sont les collègues qui sont venus me taper sur l’épaule pour me demander quand commence le prochain spectacle. Il y a une certaine curiosité, ça oui. Mais jamais aucune méchanceté.

L’artiste cherche souvent à plaire au public. Est-ce aussi le rôle du politique ? Et si non, comment faites-vous la part des choses ?

Mon ego d’homme politique n’a pas besoin d’être nourri parce que mon ego d’homme de scène l’est suffisamment. Je n’ai pas besoin de faire le fanfaron en politique pour me faire valoir. Ce n’est pas dans mes objectifs.