Ripostes Bernard Hennebert est auteur de “RTBF, le désamour”, constats et pistes d’évolution (Couleur Livres, 2012). Il est aussi coordinateur du site www.consoloisirs.be

Un service public tel que la RTBF doit-il acheter un concept d’émission clé sur porte avec un cahier des charges très précis à une boîte de production privée ?

J’aime cette émission et je la regarde toutes les semaines, mais cela ne m’empêche pas de trouver que “The Voice” n’a pas sa place, actuellement j’insiste, sur une chaîne du service public.

Pourquoi ?

On ne met pas sur une chaîne de service public uniquement ce qui attire l’audimat. En tant que service public, la RTBF doit répondre à un certain nombre de missions et on la paie pour qu’elle fasse autre chose que les chaînes privées. Elle a une mission “sport spectaculaire”, elle en a une autre “divertissement”, etc. Il y a un contraste étonnant de financement entre les émissions. Une émission comme “Ça bouge”, qui consiste en un agenda associatif avec une régularité hebdomadaire, reçoit 500 euros par numéro. Les gens qui organisent des activités dont on parle dans cette émission doivent fournir gratuitement des images concernant leur activité.

On ne sait donc pas combien “The Voice” a coûté, par contre elle semble rapporter beaucoup. Que va faire la RTBF avec cet argent ?

Le service public médiatise les chiffres de ce que rapporte l’émission, mais, depuis 6 mois, elle n’a jamais communiqué sur ce qu’elle a coûté. Il faut être prophète pour dire si, en fin de parcours, “The Voice” sera bénéficiaire. La RTBF ne donne que les chiffres qui permettent de faire de la “com”. On peut dire combien de postes de télévision sont ouverts à cette heure-là, mais pas si les gens ont apprécié ou non l’émission.

Vous venez de déposer une plainte au CSA sur cette émission…

Cela concerne les placements de produits. “The Voice” est emblématique parce que c’est la première fois que la RTBF utilise à fond ce système – qui est de la pub pendant l’émission, qu’on ne peut donc même pas zapper. En plus, elle ne respecte pas le décret, ce qui pose problème. Le décret institue que cette émission prévoit que le placement de produit doit être clairement identifié par des moyens optique et acoustique afin d’éviter toute confusion. Le moyen optique se signale uniquement par les lettres PP. Sur RTL TVI, ils mettent en toutes lettres “placement de produit”. Non seulement la RTBF est moins explicative mais surtout il n’y pas de moyen acoustique. A long terme, il pourrait y avoir une influence éditoriale dramatique. L’on en viendrait à choisir certains sujets avec placements de produits pour faire des émissions plutôt que d’autres où il n’y en aurait pas.

Le public devrait-il être au courant des ficelles de l’émission ?

Vendredi prochain, dans l’émission InterMédias, la fausse émission de médiation qu’on vient de restaurer, comme par hasard, juste à la veille du contrat de gestion pour faire croire qu’il y a une émission de médiation, il y aura une séquence sur “The Voice”. Sur le plateau, il y aura Jean-Michel Germys, directeur des divertissements, et un représentant à la RMB. Je me demande si dans cette émission on va nous expliquer combien coûte et comment se négocient des pages entières de pub dont “The Voice” bénéficie depuis quelques jours. Sont-ce des échanges ? Quels sont-ils ? Combien cela coûte-t-il ? Et pourquoi spécifiquement pour cette émission-là ?