Ripostes

La Fondation contre le cancer lance l'opération "Tournée minérale". Objectif: ne pas boire une goutte d'alcool pendant le mois de février. Découvrez ci-dessous les raisons pour lesquelles vous avez décidez de relever ou non le défi.


Le 1er février, la Fondation contre le cancer lance sa campagne "Tournée minérale" qui met au défi les Belges de ne pas boire une goutte d’alcool pendant un mois. Plus de 65 000 personnes se sont inscrites et espèrent sans doute en voir les bénéfices. Un meilleur sommeil, une belle peau, plus d’énergie, une perte de poids et des économies, voici quelques-unes des raisons avancées pour inciter à revoir ses habitudes. Le Belge est le plus important buveur d’alcool en Europe, 82 % des citoyens en consomment et pas moins de 51 % en absorbent plus de 11 verres par semaine. Or l’alcool est un fléau dont on parle trop peu, estime le docteur Thomas Orban, alcoologue : " Sait-on que le cancer est un des premiers effets de la consommation chronique d’alcool ? Sait-on que le cancer du sein est lié à l’alcool ? Si vous prenez deux verres par jour, vous avez 20 % de risques en plus de développer un cancer du sein ." Deux cents maladies sont liées à l’alcool. Un rapport de l’Organisation mondiale de la santé publié en 2014 estime que l’alcool tue plus que le sida, la tuberculose et la violence réunis, soit 3,3 millions de décès dans le monde en 2012.

L’alcool, un problème de société

L’aspect sociologique et culturel lié à la consommation d’alcool est indéniable, selon le docteur Thomas Orban : "E n Arabie saoudite, on a seulement 5 % de probabilité de consommer de l’alcool régulièrement alors qu’en Belgique, c’est 80 à 90 %. Des anniversaires d’enfants se font au kidibul, c’est déjà leur mettre en tête que plus tard cela sera du champagne. On est dans un environnement où les alcooliers sont très puissants et les politiques pas efficaces. Maggie De Block a déjà fait sauter deux fois le plan alcool, pour une ministre de la Santé, peut mieux faire. "

Si chacun est libre d’accepter ou de refuser un verre, l’environnement joue toutefois un rôle considérable et faire reposer l’entière responsabilité sur les citoyens est une erreur, selon l’alcoologue. "On trouve de l’alcool partout à toute heure du jour ou de la nuit, l’Etat en est responsable. "

Dans son cabinet, le médecin reçoit des alcooliques "très accrocs", "la part immergée de l’iceberg" , mais aussi de nombreuses personnes qui ont pris des habitudes nocives pour leur santé et sont devenues dépendantes sans que l’on décèle des signes extérieurs associés à l’alcoolisme. " C’est typiquement la dame de 45-50 ans qui travaille, a des enfants, et le soir s’enfile une bouteille de vin. Ce n’est pas rare du tout ." S’il est difficile de parler de l’alcoolisme, c’est parce que c’est une " étiquette sociale ", explique Thomas Orban.

Une campagne de communication

" Je m’interroge sur l’aspect scientifique de la Tournée minérale", commente le médecin. Est-elle basée sur des expériences scientifiques qui ont montré des résultats à long terme ? Ou est-ce avant tout une campagne de communication pour mettre un coup de projecteur sur le problème de l’alcool en Belgique ? " Selon lui, l’objectif de communication sera atteint et montrera "qu’il n’y a pas de consommation d’alcool sans risque ". " Je remarque déjà un phénomène de groupe et d’entraide, cela va permettre de tester le changemen t, ajoute l’alcoologue. Mais je suis beaucoup plus dubitatif sur le plan des changements de comportement à long terme . J’ai déjà entendu certains participants planifier la fête bien arrosée qui clôturera ‘La tournée minérale’. Je me pose des questions sur la compréhension du message… "

Comment transformer l’essai ?

Le docteur Thomas Orban met en garde les consommateurs importants des risques d’un sevrage brutal (crises d’épilepsie, delirium tremens…) et craint qu’aucun accompagnement ne soit prévu pour tous ceux qui auront la surprise de craquer après deux jours. Le côté " régime " et " one shot " de l’opération contrarie le médecin. "M ettre ses habitudes de consommation entre parenthèses pour les reprendre après me dérange . Rincer à l’eau claire l’organisme qui a été bien abreuvé pendant 11 mois… Je ne suis pas convaincu. " Comment faire changer les mentalités ? Pour lui, le message "ne buvez pas" n’est pas audible dans notre société et il serait préférable d’informer et de prévenir : " Il faut reconnaître les seuils à partir desquels il y a des problèmes et avoir un usage adéquat de l’alcool. Cette éducation se fait avec d’autres messages que ‘tout ou rien’ . Pour moi, la ‘Tournée minérale’ n’est pas la panacée mais elle amènera peut-être les gens à se poser des questions ."

Et vous, participez-vous au mois sans alcool ? 117 lecteurs ont répondu à notre sondage sur lalibre.be. 41 % des personnes interrogées se lancent le défi. Un grand nombre d’entre elles reconnaît une consommation excessive d’alcool. Parmi ceux qui ne participeront pas, environ 49 % des répondants, certains avouent ne pas pouvoir se passer d’un petit verre lors d’une soirée entre amis.



Quelques-une de vos réactions partagées sur lalibre.be


NON - Philippe, 52 ans

“Je pourrais arrêter de boire sans difficulté, mais je suis contre le principe de m’abstenir juste par défi. Et puis je trouve qu’une soirée entre amis est bien trop triste sans un petit verre. J’ai un truc pour modérer ma consommation : boire un verre d’eau entre chaque verre d’alcool.”


Non - Jean-Michel, 56 ans

“Qu’on arrête de faire la morale aux gens et de prôner le politiquement correct. Si j’ai envie de boire un verre, j’en bois un. Pourquoi devrais-je m’en empêcher parce qu’une bande de comiques décide que cela fait bien de ne pas boire d’alcool en février ? Pour moi, ce n’est pas difficile d’arrêter de boire de l’alcool : si on décide de boire de l’eau, on boit de l’eau.


Non - Max, 35 ans

“Je ne participerai pas à l’opération ‘Tournée minérale’. Je préfère profiter de l’instant présent. Imaginez, si l’un de ces soirs, je me prive d’un bon verre d’alcool et que le lendemain, j’ai un accident de voiture, ce serait bête. Je bois en soirée et aux repas. Parfois un bon whisky ou un bon rhum devant la télé. Je choisis dans tous les cas des breuvages de qualité. Que faire pour ne pas abuser ? Réfléchir !”


Non - Victoria, 22 ans

“Je ne vais certainement pas m’empêcher de boire de l’alcool au mois de février. Je termine mes examens le 31 janvier et cela fera alors déjà trente et un jours que je n’aurai pas bu. Or, c’est un plaisir de boire un verre entre copines.”


Non - Tom, 32 ans  

“Le principe de relever le défi de ne pas boire d’alcool pendant un mois est chouette, mais je suis plus partisan de diminuer ma consommation que de m’abstenir complètement. C’est difficile de ne pas trinquer dans certaines occasions. En soi, je n’aurais pas de mal à arrêter, je bois un petit verre si l’on fête quelque chose – un apéro ou du vin lors du repas – mais ce n’est pas une habitude.”
 

Non - Didier, 38 ans

“Arrêter de boire pendant le mois le plus court de l’année, c’est purement symbolique et ce n’est pas très difficile. Je trouve qu’il est préférable de surveiller sa consommation sur le long terme. Et ça, c’est un vrai défi. Moi, par exemple, je m’abstiens de boire pendant deux ou trois jours par semaine, sinon j’essaie de ne pas dépasser deux ou trois verres quotidiens.”


Non - Régine, 61 ans 

“Depuis toujours, je bois très rarement. A l’occasion, une petite coupe de champagne et uniquement à l’apéro. Autrement, je ne bois que de l’eau. Et vous savez quoi ? Je m’amuse comme n’importe qui. Même parfois plus. C’est très intéressant d’observer et de comparer le comportement des gens avant et après qu’ils aient bu. Quand je dis que je ne bois pas, on trouve toujours cela suspect. On me dit que je ne suis pas marrante ou on demande si j’ai des problèmes. Je précise alors que je ne suis pas une alcoolique anonyme.”
 

J’hésite encore - Alex, 34 ans

“D’un côté, cela ne peut pas faire de mal de s’abstenir de boire de l’alcool pendant un mois, de l’autre, la pression sociale est forte… Autant tout le monde te félicite quand tu arrêtes de fumer, autant tu passes pour un rabat-joie quand tu décides de ne pas boire. Petit conseil pour se limiter : ne pas acheter d’alcool pour chez soi.”


J’hésite encore - Fabienne, 43 ans

“Je ne sais pas si je vais participer au mois de février sans alcool, mais de toute façon, je bois très rarement. Seulement aux grandes occasions.”


Oui - Claire, 65 ans

“Je vais profiter de l’opération ‘Tournée minérale’ pour perdre les deux kilos que j’ai pris pendant les fêtes.”


Oui - Céline, 21 ans

“Notre société a tendance à banaliser la consommation d’alcool. Pourtant, il est nécessaire de rappeler que l’alcool peut être dangereux et qu’il est tout à fait possible de s’en passer. Le dire est une chose, le faire en est une autre. Je me suis toujours méfiée de l’alcool. Il a dévasté des êtres qui me sont chers, il a transformé les plus beaux cœurs. Je n’en consomme que très peu et m’en passer pendant un mois ne sera pas un défi insurmontable, que du contraire.”


Oui - Sarah, 26 ans

“Je vais participer à l’opération ‘Tournée minérale’. Je m’étais déjà lancé le défi de ne pas boire d’alcool au mois de janvier. Mais, comme souvent en ce qui concerne mes bonnes résolutions, je n’ai pas tenu le coup. Pas parce que je dois absolument boire pour me sentir bien, mais parce que je le fais sans y penser. Je vais manger un morceau avec des amis. On commande tous une bière. Une fois que j’ai bu la moitié de mon verre, je me rends compte que j’avais décidé de ne plus boire… mais il est trop tard.”


Oui - Olivier, 38 ans

“Je consomme trop d’alcool et je considère que l’opération ‘Tournée minérale’ est une bonne occasion de faire une pause. Je bois à l’apéro, au repas et devant la télé… Au début, ça ne va pas être évident de m’abstenir. Enfin, je crois que c’est une question de volonté.”


Oui - Maxime, 26 ans

“Je bois environ trois fois par semaine. C’est trop, selon moi. Cependant, c’est difficile de s’abstenir. Les tentations sont nombreuses et il est difficile de rester sobre lorsque vous êtes à table avec des amis, des collègues, des parents qui boivent tous… Pour ne pas abuser, j’essaie généralement de reporter le plus tard possible le premier verre de ma soirée et puis de ne pas repartir trop tard.”


Oui - Noémie

“Ne pas boire d’alcool pendant un mois comporte plein d’avantages : se faire du bien, épargner de l’argent, prendre conscience de sa consommation…”