Brésil: Michel Temer, le vice-président lassé du second rôle "décoratif"

Publié le à Sao Paulo (AFP)

Homme d'appareil discret et courtois, le vice-président brésilien Michel Temer s'est lassé, à 75 ans, de jouer les seconds rôles. Après trois décennies dans les coulisses du pouvoir, il veut s'emparer du fauteuil de la présidente Dilma Rousseff.

Le président, depuis 15 ans, du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), arbitre centriste de toutes les majorités de gouvernement depuis 1994, a accumulé des rancoeurs en cinq ans de mariage de raison avec la dirigeante de gauche.

En décembre, cet avocat de formation, spécialiste du droit constitutionnel, peu coutumier des coups d'éclats, avait fait sensation en étalant toute son amertume dans une "lettre personnelle" à Mme Rousseff, au moment même où l'opposition lançait contre elle une procédure de destitution au Parlement.

Il lui reprochait de l'avoir toujours méprisé et traité en "vice-président décoratif". C'en était fini, écrivait-il. Il ne lèverait plus le petit doigt pour elle, se consacrerait exclusivement à maintenir l'unité de son parti divisé.

Retranché depuis à sa résidence de Brasilia, téléphone coupé pour la présidence, muet et invisible, il a scruté derrière ses petites lunettes à monture métallique l'embrasement de la crise politique brésilienne au mois de mars, l'affaiblissement inexorable de Dilma Rousseff.

- 'Trop cérémonieux' -

En cas de destitution de la présidente, la Constitution est claire: c'est lui qui lui succèdera jusqu'aux futures élections de 2018.

Michel Temer a vu sonner son heure. Ces derniers jours, il est passé de l'ombre à la lumière. Fin tacticien, il a orchestré en personne le débarquement de son parti du gouvernement officialisé mardi, en espérant porter un coup fatal à sa désormais rivale.

Mais il a soigneusement évité d'apparaître à la réunion de la direction nationale du PMDB. Sans doute pour ne pas être associé aux cris de ses partisans qui scandaient "Temer président!".

C'est maintenant ou jamais pour ce politicien largement méconnu des Brésiliens, qui a présidé trois fois la chambre des députés brésilienne.

Stratège-en-chef du panier de crabes parlementaire brésilien, Michel Temer est par contraste totalement dépourvu du charisme aux accents populistes qui forge les grand leaders sud-américains.

S'il devait briguer le pouvoir à la loyale lors d'une élection présidentielle, il n'obtiendrait qu'entre 1 à 2% des suffrages, selon un récent sondage.

"On dit que je dois changer mes manières, que je suis trop cérémonieux", confiait-il en 2010 à la revue Piaui.

"Mais comment? J'envie ceux qui font des blagues. Moi je ne sais pas faire. Si je le faisais, ce serait un désastre."

Le profil sans relief de ce cadet d'une fratrie de huit enfants, nés d'immigrants libanais en 1940 dans l'Etat de Sao Paulo (sud-est), cache toutefois quelques surprises.

Michel Temer a publié en 2013 un recueil de poésie.

Et plus conquérant qu'il n'y paraît, il a eu cinq enfants de trois mariages en quatre décennies. Son épouse actuelle est une ex-reine de beauté âgée de 32 ans.

Il a pourtant longtemps joué les modestes. Quand ses partisans l'ont reçu, il y a quelques mois, aux cris de "Temer président!", il a répondu, gêné: "Pour l'instant, non merci. Nous allons attendre 2018".

Mais il a su se mettre en avant par petites touches. Deux mois avant sa lettre de divorce à Dilma Rousseff, il avait publié une ébauche de programme intitulé "Un pont vers l'avenir".

Il y critiquait les "excès" de la politique économique dépensière du Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir.

- 'Putschiste' ou opportuniste ? -

Les marchés, inquiets de la récession historique qui frappe le Brésil, ont certainement apprécié ses propositions nettement libérales: rigueur budgétaire, réforme fiscale, coup de frein aux programmes sociaux pour les plus démunis...

"C'est surprenant qu'un spécialiste du droit constitutionnel comme lui adopte une position ouvertement putschiste", assène Afonso Florence, chef du groupe parlementaire PT au Congrès des députés, reprenant les arguments du camp présidentiel qui dénonce une tentative de "coup d'Etat" institutionnel.

D'autant que M. Temer n'est pas à l'abri du scandale de corruption Petrobras qui mine le gouvernement de Mme Rousseff.

Son nom a déjà été cité à plusieurs reprises par des personnes inculpées, même si la justice n'a pas pour le moment jugé ces indices suffisants pour lancer des poursuites contre lui.

Il pourrait aussi voir son mandat cassé conjointement à celui de Mme Rousseff par le Tribunal supérieur électoral (TSE) qui doit dire cette année si leur campagne électorale n'a pas été frauduleusement alimentée par de l'argent détourné de Petrobras.

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