Chypre: le plan de sauvetage inquiète les marchés, le vote reporté

Publié le à NICOSIE (AFP)

Le Parlement chypriote a reporté à mardi son vote sur le plan de sauvetage européen très impopulaire sur l'île, dont la clause sans précédent prévoyant de prélever une taxe sur tous les dépôts bancaires fait trembler les marchés financiers.
Le président Nicos Anastasiades a assuré dimanche que ce plan, malgré ses conditions draconiennes, était la solution "la moins douloureuse" pour le pays, tout en espérant que l'Eurogroupe amende ses décisions pour limiter l'impact sur les petits déposants.
En contrepartie d'un prêt de 10 milliards d'euros pour l'île au bord de la faillite, les bailleurs de fonds ont exigé l'instauration d'une taxe exceptionnelle de 6,75% sur tous les dépôts bancaires en-deçà de 100.000 euros et de 9,9% au-delà, ce qui devrait rapporter 5,8 milliards d'euros.
Des discussions sont en cours pour modifier la répartition de la taxe, afin de baisser la contribution des comptes avec moins de 100.000 euros, qui représentent 30 des 67 milliards d'euros déposés dans les banques chypriotes, quitte à pousser jusqu'à 15% les prélèvements sur les comptes dépassant 500.000 euros.
"Comment (Chypre) finance sa contribution, comment il la répartit, c'est l'affaire du gouvernement chypriote", a affirmé lundi Steffen Seibert, porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel.
A la taxe sur les dépôts s'ajoutent des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés, qui passera de 10 à 12,5% sur l'île longtemps perçue comme un paradis fiscal et soupçonnée de manquer de vigilance sur la provenance des fonds placés dans ses banques, en particulier depuis la Russie.
Compte tenu des discussions en cours, le Parlement a une nouvelle fois reporté son vote à mardi en fin d'après-midi. Les banques devraient rester fermées encore plusieurs jours, pour éviter une ruée aux guichets.
Les débats risquent d'être houleux, le parti communiste Akel (19 députés), et les socialistes de l'Edek (5 sièges) ayant d'ores et déjà rejeté le plan de sauvetage, également critiqué au sein du Diko (centre-droit, 8 sièges), allié du parti de droite Disy (droite, 20 sièges) du président.
"Si l'accord est rejeté, alors nous nous retrouverons très probablement hors de l'Europe et nous devrons repartir de zéro", estime l'économiste chypriote Simeon Matsi.
"Injuste"
Avant l'annonce du report, des syndicats avaient appelé à manifester dans l'après-midi devant le Parlement. Selon un sondage réalisé dimanche auprès de 600 Chypriotes, 71% d'entre eux ont dit souhaiter que le Parlement rejette le plan, mais 62% ont aussi déclaré vouloir rester dans la zone euro.
Chypre est le cinquième pays de la zone euro à bénéficier d'un programme d'aide internationale, mais la décision radicale et inédite de taxer tous les dépôts bancaires mettait lundi les banques de l'ensemble de la zone sous pression et pesait sur les marchés financiers.
"Cette solution lève un tabou aux conséquences considérables pour l'ensemble du système bancaire européen", a souligné la banque française CM-CIC.
A la mi-journée, Madrid affichait toujours la plus forte baisse à -2,23% en réduisant toutefois sa dégringolade par rapport aux premiers échanges, tout comme Milan (-2,14%), Paris (-1,40%), Francfort (-1,12%) et Londres (-0,9%).
Affecté lui aussi, l'euro s'affichait lundi midi à 1,2954 dollar contre 1,3075 dollar vendredi soir.
La Russie a dénoncé lundi comme "injuste" et "dangereuse", selon les propos du président Vladimir Poutine, l'idée d'une taxe sur les dépôts bancaires chypriotes, dont le coût représente des milliards d'euros pour les fortunes russes placées sur l'île.
"Seuls les bolchéviks pratiquaient de telles choses pendant la guerre! Aucun autre pays au seuil d'une faillite n'a jamais agi de la sorte (...). La fuite des capitaux va être colossale", s'est indigné dans la presse le milliardaire russe Alexandre Lebedev, en précisant n'avoir que 50.000 dollars à Chypre.
Les experts estiment les avoirs russes à Chypre à au moins 20 milliards de dollars, bien plus selon certaines évaluations.
"Le plan de l'Eurogroupe a porté un coup sévère à Chypre, il a sonné le glas du secteur financier de Chypre (...). Personne ne va plus faire confiance à Chypre quoi qu'il arrive", estime l'économiste Simeon Matsi. Le secteur bancaire chypriote, dont les avoirs représentent quatre fois le PIB annuel de l'île, est l'une des principales sources de revenus du pays.
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