Diên Biên Phù, symbole de la défaite de la France en Indochine

Publié le à Paris (AFP)

7 mai 1954, 17h30. "Il y eut soudain un surprenant, un terrible silence. Après 56 jours et 56 nuits de bruit et de fureur, nous eûmes l'impression tout à coup que nous étions devenus sourds".

Pierre Schoendoerffer, cinéaste aux armées, décédé en 2012, était présent le jour de la chute du camp retranché de Diên Biên Phù qui engloutit la fine fleur de l'armée française, parachutistes, légionnaires et tirailleurs.

La plus grande bataille de la guerre d'Indochine couta la vie à 4.000 soldats français et de ses colonies et à quelque 12.000 combattants du Viêt-minh.

Aux pertes de la bataille, il faudrait ajouter les décès des prisonniers dans les camps de travail et de rééducation du Viêt-minh. 11.721 prisonniers furent comptabilisés par le Viêt-minh, dont 4.400 blessés. 850 blessés très graves furent libérés dans les trois semaines suivantes. Mais, quatre mois plus tard, seulement prisonniers 3.300 furent libérés. Près de 7.500 périrent dans les camps, faute de soins médicaux, de maladie ou de mauvais traitements.

Avril 1953. La guerre d'Indochine dure depuis sept ans. Au Tonkin, les rizières, la jungle et les montagnes sont contrôlées par le Viet-minh, les villes, les plaines et les voies de communication par le corps expéditionnaire français.

Le Viêt-minh lance sa première grande offensive vers le Laos qui vient d'accéder à l'indépendance. Située sur la route vers Luang Prabang (Laos) dans une plaine du nord-est du Tonkin, à 20 km de la frontière laotienne et 80 km de la frontière chinoise, Diên Biên Phù est une paisible bourgade de 9.000 habitants.

Le général Henri Navarre, commandant en chef en Indochine, décide de défendre le Laos à Diên Biên Phù, passage obligatoire vers ce pays. Le "plan Navarre" vise à "casser" les unités d'élite du Viêt-minh.

- Une puissance de feu qui surprend les Français -

Novembre 1953. Opération "Castor": 3.000 parachutistes sont lâchés à Diên Biên Phù pour en faire en un temps record un camp retranché. Le 8 décembre, le colonel Christian de la Croix de Castries en reçoit le commandement.

Cinq points d'appui (Huguette, Claudine, Anne-Marie, Eliane et Dominique) forment l'axe central de défense autour de la piste d'aviation par laquelle doivent arriver renforts, munitions et ravitaillement. Trois autres points d'appui (Gabrielle et Béatrice au nord, Isabelle au sud) couvrent le dispositif central dans un rayon de deux à trois km.

L'état-major français est persuadé que les divisions d'élite du général Vo Nguyen Giap vont connaître des problèmes de logistique et que l'artillerie Viêt-minh n'aura pas les moyens de bombarder le camp.

Le Viêt-minh, soutenu puissamment par la Chine, va démontrer le contraire. Des dizaines de milliers de "bo doi" (soldats Viêt-minh) et de porteurs acheminent vivres et armes par une noria de camions et de vélos. Fin janvier, les troupes qui encerclent Diên Biên Phù sont évaluées à 40.000 hommes.

13 mars 1954. 60.000 soldats Viêt-minh, sans compter les dizaines de milliers de porteurs et de terrassiers, font face à 12.000 Français. Le Viêt-minh déclenche son offensive avec une puissance de feu que le commandement français n'avait pas prévue.

L'artillerie française s'avère incapable de riposter aux coups de l'artillerie viêt-minh répartie le long des pentes est de la cuvette et parfaitement camouflée. Le colonel Charles Piroth, commandant l'artillerie du camp, se suicide deux jours plus tard.

Béatrice et Gabrielle tombent au prix de lourdes pertes pour le Viêt-minh. La piste d'aviation, battue jour et nuit par les canons viêt-minh est impraticable. Les avions sanitaires ne peuvent plus atterrir ou redécoller pour emporter les blessés graves qui s'entassent dans les souterrains de l'hôpital de campagne.

- Furieux combats au corps à corps -

Giap a fait creuser des km de tranchées pour permettre aux "bo doi" de s'approcher au plus des positions françaises et éviter des assauts massifs coûteux en hommes.

28 mars 1954. Le dernier avion sanitaire se pose avec l'infirmière Geneviève de Galard qui restera bloquée dans le camp retranché jusqu'à la fin. Le Viêt-minh grignote les positions françaises soumises jour et nuit à un déluge d'obus.

30 mars 1954. 12.000 "bo doi" lancent l'assaut conte Eliane et Dominique, théâtres de furieux combats au corps à corps.

Durant le mois d'avril, les points d'appui tombent les uns après les autres malgré l'espoir de l'état-major français de tenir encore quelques semaines pour peser sur les négociations de Genève ouvertes le 26 avril.

Le 7 mai 1954, les dernières positions françaises sont submergées. L'ensemble de la garnison est faite prisonnière. "A 18h00, tout était consommé. Il n'y a pas eu de drapeaux blancs", assurait Pierre Schoendoerffer dans son livre sur Diên Biên Phù paru en 1992.

Le 21 juillet 1954 se termine la conférence de Genève marquant la fin de la guerre d'Indochine. La France quitte le Vietnam du nord.

Moins de cinq mois plus tard, le 1er novembre 1954, les premiers attentats du FLN lors de la "Toussaint rouge" sonnent le début du conflit algérien.

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