Election à Jakarta, un test pour la tolérance religieuse

Publié le à Jakarta (AFP)

Le gouverneur chrétien de Jakarta, objet d'un procès pour insulte à l'islam, brigue un nouveau mandat mercredi en Indonésie, lors d'une élection test pour la tolérance religieuse dans le plus grand pays musulman du monde.

Les électeurs de la capitale indonésienne, une mégapole de 10 millions d'habitants, se sont rendus aux urnes pour choisir entre le gouverneur sortant, Basuki Tjahaja Purnama, surnommé Ahok, et deux rivaux de confession musulmane.

Une centaine d'élections locales ont lieu dans l'archipel d'Asie du Sud-Est, mais tous les regards sont tournés vers Jakarta et son gouverneur sortant. Ahok fut pendant longtemps le favori des sondages avant de dégringoler dans les intentions de vote depuis l'affaire de blasphème pour laquelle il est jugé depuis fin 2016.

Premier gouverneur non musulman depuis un demi-siècle et premier issu de la minorité chinoise, Ahok avait accédé automatiquement aux fonctions de gouverneur en 2014, après l'élection à la présidence de son prédécesseur Joko Widodo, surnommé Jokowi, dont il était alors l'adjoint.

Jokowi, dont le parti soutient Ahok, a appelé à l'unité mercredi, après une campagne électorale marquée par des tensions religieuses et ethniques, ainsi qu'un flot de fausses informations.

"Ne nous laissons pas diviser par nos différents choix politiques, maintenons notre unité", a déclaré le président après avoir glissé son bulletin dans l'urne.

Venu voter en famille, le gouverneur sortant a insisté sur l'importance du scrutin: "Votre vote va décider de l'avenir de Jakarta", a déclaré Ahok.

Quelque 7,1 millions d'électeurs, pour l'essentiel musulmans, étaient appelés à se rendre dans les bureaux de vote qui ont fermé à 13h00 (06h00 GMT) en ce jour férié pour cause d'élections. Des estimations provisoires diffusées dans l'après-midi donneront une indication précise des scores réalisés, mais les résultats officiels ne seront annoncés qu'à la mi-mars.

Aucun des trois candidats, parmi lesquels un ancien ministre de l'Education, ne devrait obtenir la majorité absolue à l'issue du scrutin mercredi. Un deuxième tour est fixé au 19 avril.

- Tremplin pour la présidentielle -

La campagne électorale a été tendue et marquée par de vives critiques adressées au gouverneur sortant. Soupçonné d'insulte à l'islam, il est jugé pour blasphème et risque jusqu'à cinq ans de prison. Des fausses informations ont inondé les réseaux sociaux, visant en particulier Ahok, issu d'une double minorité, chrétienne et chinoise.

Connu pour son franc-parler, le gouverneur, âgé de 50 ans, avait déclaré en septembre que l'interprétation par certains oulémas (théologiens musulmans) d'un verset du Coran selon lequel un musulman ne doit élire qu'un dirigeant musulman était erronée.

Ces déclarations mises en ligne avaient provoqué de vives réactions d'islamistes conservateurs dans ce pays de 255 millions d'habitants, dont près de 90% sont de confession musulmane.

Des manifestations à l'appel d'organisations islamistes et musulmanes conservatrices ont rassemblé des centaines de milliers de personnes dans la capitale fin 2016. Elles étaient encore plus de 100.000 samedi à la grande mosquée de Jakarta, pour appeler à voter en faveur d'un candidat musulman.

Les accusations visant Ahok sont un exemple de l'intolérance religieuse qui s'est accrue ces dernières années en Indonésie, avec une forte hausse du nombre des attaques visant les minorités et une influence croissante des islamistes radicaux.

Le scrutin est aussi un terrain d'affrontement entre les grands acteurs de la vie politique du pays, qui considèrent l'influent poste de gouverneur de Jakarta comme un tremplin pour la présidentielle de 2019.

Les deux rivaux du gouverneur sortant sont Agus Yudhoyono, fils d'un ancien chef de l'Etat, et l'ex-ministre de l'Education, Anies Baswedan, soutenu par l'ancien général Prabowo Subianto, rival malheureux de Jokowi au scrutin présidentiel de 2014.

Ahok est devenu un gouverneur populaire à la faveur de sa détermination à lutter contre la corruption, très répandue dans la fonction publique, et à entreprendre des réformes dans la métropole engorgée et désorganisée.

© 2017 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

Facebook

cover-ci