En Indonésie, une "brigade du niqab" pour défendre le port du voile intégral

Publié le à Bekasi (Indonésie) (AFP)

Tirer à l'arc à cheval est assez difficile mais ça l'est encore davantage avec un voile intégral. C'est pourtant l'activité choisie par de jeunes Indonésiennes pour défendre le port du niqab, voile intégral objet de nombreuses controverses à travers le monde.

Ces musulmanes ont rejoint la "Brigade du niqab", un groupe de femmes créé via les réseaux sociaux. Elles se rencontrent pour réciter le Coran ou exercer d'autres activités. Récemment, certaines d'entre elles se sont retrouvées à Bekasi, une ville à la périphérie de Jakarta, pour une séance de tir à l'arc à cheval -- un loisir encouragé en son temps par le prophète Mahomet.

Sur le parking d'une mosquée, une dizaine de femmes portant un voile intégral et une robe islamique noirs se relaient sur les cinq chevaux amenés pour l'événement. Les mains gantées, certaines visent la cible en restant en selle, tandis que d'autres font un tour à cheval puis descendent de leur monture pour tirer à l'arc en niqab.

A 19 ans, Janariah n'avait jamais monté auparavant mais elle a apprécié l'aventure: "Ce n'est pas très difficile. Même avec un niqab ça va. Quand on est habitué, c'est confortable. Le plus important, c'est de ne pas voir le niqab comme un fardeau et d'être patient", dit-elle.

Si le port du voile intégral couvrant le visage à l'exception des yeux est courant dans le royaume ultra-conservateur d'Arabie saoudite et dans certains Etats du Golfe persique, il est rare en Indonésie, pays d'Asie du Sud-Est de 255 millions d'habitants dont près de 90% sont musulmans et pratiquent un islam modéré.

- 'Commentaires désagréables' -

Indadari Mindrayanti a créé la "Brigade du niqab" en février, après avoir troqué son voile contre un niqab en 2016.

Sur les réseaux sociaux, elle propose à des femmes le portant comme elle et se disant victimes de discriminations de rejoindre son groupe. C'est sur ces mêmes réseaux sociaux que la séance de tir à l'arc à cheval filmée a été diffusée pour attirer d'autres adeptes du niqab.

Des groupes comme celui-ci existent aussi en Malaisie, à Taïwan et en Afrique du Sud notamment. Au moins 3.000 femmes s'y sont inscrites.

Pour Mindrayanti, porter le niqab est une manière d'être plus pieuse, mais elle reconnaît que ce n'est apprécié ni par sa famille ni par d'autres.

"C'est difficile d'attendre que des gens vous adressent la parole, ils ont un peu peur", raconte à l'AFP cette femme de 34 ans. "En marchant dans la rue, j'entends des commentaires comme +oh, c'est une ninja+ ou +hum, c'est très effrayant+, des commentaires désagréables comme ça".

Des femmes du groupe sont régulièrement abordées par des gens qui leur posent des questions telle que "Pourquoi être-vous habillée comme un terroriste ?"

Mindrayanti raconte avoir été confrontée à ce type de remarques lors d'un voyage en France l'an passé pour un traitement médical.

La France a été le premier pays européen à bannir le voile intégral dans les lieux publics. Une bataille idéologique fait rage en Europe et en Amérique du Nord autour du port du niqab et de la burqa, encore plus restrictive avec son voile qui masque le regard. Les avis sont très partagés entre les partisans de la liberté de religion et ceux qui défendent les droits des femmes.

- Opinions différentes -

Pour ces Indonésiennes et leurs soutiens, le niqab est un moyen d'exprimer leur sensibilité religieuse: "Notre objectif est de parvenir à s'unir dans la différence, même au sein de l'islam", explique Mario, un homme qui a participé l'organisation de la séance de tir à l'arc à cheval de la "Brigade du niqab".

"Il y a des opinions différentes au sein même de l'islam et le prophète veut que nous nous unifiions", dit-il.

D'autres voient le niqab comme un symbole de conservatisme religieux croissant en Indonésie, exporté d'Arabie saoudite et d'autres pays islamiques à la ligne dure.

La condamnation en mai dernier à Jakarta à deux ans de prison de l'ancien gouverneur chrétien de la capitale reconnu coupable de blasphème a créé de vives inquiétudes quant à la tolérance religieuse dans ce pays à l'islam modéré.

"Nous éprouvons du respect pour les femmes qui portent le niqab, mais on ne peut pas dire que ce soit la meilleure pratique de la religion car il s'agit d'un produit des Arabes", estime le directeur de l'association des musulmans modérés, Zuhairi Misrawi.

D'un autre avis, Mindrayanti estime que "le niqab n'empêche pas notre socialisation avec quiconque, même avec des non-musulmans. Nous pouvons être de bons ambassadeurs des musulmans face à des non-musulmans et face à ceux qui ne comprennent pas l'islam et n'en connaissent que ce qu'ils voient dans les médias".

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