"Gilets jaunes": tensions à Paris et en province, Philippe veut "retisser l'unité nationale"

Publié le à Paris (AFP)

Des échauffourées se poursuivaient à Paris et dans quelques villes de province, au terme de la 4e journée nationale de mobilisation des "gilets jaunes" émaillée encore de violences, le Premier ministre espérant samedi soir "retisser l'unité nationale".

Pour cette journée de manifestations des "gilets jaunes", placée sous très haute sécurité, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a annoncé 125.000 manifestants, soit un peu moins que le 1er décembre.

En revanche, les forces de l'ordre ont procédé à beaucoup plus d'interpellations - 1.385 qui ont donné lieu à 975 gardes à vue sur l'ensemble de la France. "C'est un niveau exceptionnel", a-t-il ajouté, qui reflète l'importante mobilisation policière déployée pour cette journée jugée à hauts risques.

"Le dialogue a commencé" a estimé le Premier ministre Edouard Philippe qui veut "désormais retisser l'unité nationale".

"Le président de la République s'exprimera. Il lui appartiendra de proposer les mesures qui viendront nourrir ce dialogue et qui permettront, je l'espère, à l'ensemble de la Nation française de se retrouver et d'être à la hauteur des enjeux", a-t-il ajouté, lui aussi depuis le ministère de l'Intérieur.

Après une matinée relativement calme, des heurts ont éclaté dans l'après-midi à différents endroits de la capitale mais aussi en province, notamment à Bordeaux, où le défilé de plusieurs milliers de participants, d'abord pacifique, a dégénéré en fin de parcours. Au moins une personne a été grièvement blessée, selon un journaliste de l'AFP sur place.

Des heurts violents se sont également produits à Toulouse, où plusieurs milliers de personnes refoulées hors du centre-ville à coups de gaz lacrymogènes ont érigé et incendié des barricades.

A Paris, des voitures ont brûlé, des boutiques ont été pillées, mais dans une proportion moindre que le samedi précédent et parfois sous les cris de réprobation de "gilets jaunes".

"C'est n'importe quoi!", dit à l'AFP Laurent, 37 ans, mécanicien du Val d'Oise, en s'éloignant d'un groupe de jeunes sans gilets jaunes qui détruit la vitrine d'un magasin d'équipements de golf. "On a essayé de s'interposer mais on a été menacés".

Anne Hidalgo, la maire PS de la capitale, a déploré "des scènes de chaos" et des "dégâts incommensurables" pour l'économie et l'image de la ville, à l'issue de la cette nouvelle mobilisation du mouvement hétéroclite qui entend protester contre les taxes et la baisse du pouvoir d'achat.

- "Un niveau exceptionnel" -

Christophe Castaner a fait état de 118 blessés du côté des manifestants, "liés à des accidents pour l'essentiel sur le domaine routier", et 17 blessés du côté des forces de l'ordre, à l'échelle nationale, donc moins que la semaine précédente - 201 manifestants blessés et 284 côté forces de l'ordre.

Le week-end dernier, les images de quartiers huppés de Paris en proie pendant des heures à la guérilla urbaine, avaient stupéfié en France comme à l'étranger et poussé les autorités à revoir leur stratégie de maintien de l'ordre.

Pour l'ensemble du territoire, 89.000 membres des forces de l'ordre étaient mobilisés, dont 8.000 à Paris appuyés par 14 "VBRG", véhicules blindés à roue de la gendarmerie déployés pour la première fois de leur histoire dans la capitale, sur les grands boulevards, avenue de Friedland, rue de Rivoli etc.

Sur les Champs-Elysées qui ont été relativement épargnés par la casse, un slogan a souvent retenti: "Macron démission".

Des pillages et incendies de voitures se sont produits dans la capitale, du fait de petits groupes de jeunes. Ces scènes, rapides et violentes, ont cette fois touché des rues plus éloignées des Champs-Elysées et des grands boulevards, où les magasins ont été fermés exceptionnellement pour cette journée.

"On est là pour réclamer plus de justice sociale. On ne cautionne pas la violence, mais on constate malheureusement d'un autre côté qu'il n'y a que les débordements qui poussent le gouvernement à réfléchir sur sa politique injuste qui creuse les inégalités et met nombre d'entre nous la tête sous l'eau", dénonce un magasinier de Bourges venu sur les Champs-Elysées.

Depuis la Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan a dénoncé la "violence" des autorités françaises. Quant à Donald Trump, il a critiqué une nouvelle fois samedi l'accord de Paris sur le climat, estimant que le mouvement des "gilets jaunes" en France était la preuve que cet accord "ne marche pas". Il a affirmé, sans preuves, que des manifestants scandaient "Nous voulons Trump".

- Un séjour "mémorable" -

La tour Eiffel, le Louvre ont gardé portes closes, tout comme de nombreux commerces et restaurants et 36 stations de métro.

Plusieurs pays européens ont conseillé la prudence à leurs ressortissants, voire d'éviter Paris ce week-end comme la Belgique.

Un séjour à Paris "effectivement mémorable", commente avec une pointe d'ironie Carmela Forte, une Américaine qui a reçu comme cadeau de son époux, pour son anniversaire, un week-end à Paris.

Autoroutes coupées, échangeurs bloqués, déviations, sorties obligatoires: le réseau routier et autoroutier français connaissait de nombreux points de perturbations.

Près de 3.000 "gilets jaunes" ont défilé à Nantes, avec des affrontements et des dégradations, 2.000 à Marseille (et 10.000 dans le cortège pour le climat), 600 à Montpellier, 500 à Nice ...

A Lyon, des milliers de "gilets jaunes" ont parcouru la ville, se mêlant dans la soirée aux badauds et aux touristes venus pour la Fête des Lumières. La tension est montée lorsque la manifestation a voulu se diriger vers la préfecture, mais les Lyonnais ont poursuivi leurs courses de Noël au milieu des gaz lacrymogènes.

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a de nouveau évoqué samedi "la dissolution" de l'Assemblée nationale, qui selon lui "s'approche comme une issue raisonnable et tranquille" à la crise. Depuis la Belgique, la présidente du RN Marine Le Pen a demandé à Emmanuel Macron des "réponses fortes" à la "souffrance" des "gilets jaunes".

Silencieux toute la semaine, Emmanuel Macron s'exprimera en "début de semaine prochaine".

Les concessions du gouvernement, notamment l'annulation de l'augmentation de la taxe sur les carburants, semblent n'avoir eu aucun effet, si ce n'est d'avoir fragilisé le Premier ministre Edouard Philippe qui défendait une simple suspension avant d'être brutalement désavoué par l'Elysée.

L'exécutif craint aussi une extension de la contestation à d'autres secteurs, notamment chez les agriculteurs et dans l'éducation.

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