La bataille de Mogadiscio de 1993, un fiasco de l'armée américaine

Publié le à Mogadiscio (AFP)

La visite historique mardi du secrétaire d'Etat John Kerry en Somalie intervient plus de vingt ans après la bataille de Mogadiscio de 1993, qui vira au cauchemar pour l'armée américaine.

Cette année-là, sous le couvert d'une opération militaro-humanitaire de l'ONU, l'armée américaine a connu l'un de ses fiascos les plus retentissants: elle a perdu en quelques heures 18 membres de ses forces spéciales, notamment des fameux Rangers, et deux de ses hélicoptères ont été abattus à Mogadiscio.

L'intervention américaine "Restore Hope" avait débuté en décembre 1992, pour épauler des livraisons d'aide alimentaire dans un pays ravagé depuis un an par les combats entre milices de chefs de guerre rivaux. L'ONU avait pris en mai la direction des opérations mais les Etats-Unis étaient restés les maîtres d'oeuvre.

Le 3 octobre 1993, alors que les Etats-Unis ont intégré l'opération onusienne Onusom II destinée à venir en aide aux populations somaliennes victimes de la guerre et de la famine, les forces de l'ONU lancent une importante opération.

Celle-ci vise à capturer des lieutenants de Mohamed Farah Aïdid, dont les hommes ont tué 24 Casques bleus pakistanais dans une embuscade en juin à Mogadiscio. Depuis des semaines, les forces américaines tentaient, en vain, d'éliminer le puissant chef de guerre somalien qui tenait le sud de la capitale somalienne, après avoir renversé le président Mohamed Siad Barre en janvier 1991.

L'opération commando tourne rapidement au cauchemar: deux hélicoptères Black Hawk de l'armée américaine sont abattus par des combattants somaliens.

Les soldats d'élite se retrouvent encerclés au coeur de la capitale, quasiment livrés à eux-mêmes. Il faut plusieurs heures pour organiser une colonne de secours avec des Américains, des Malaisiens et des Pakistanais. Prévue pour durer 45 minutes, l'opération s'achève 15 heures plus tard.

Trois cents Somaliens et 18 soldats américains sont tués, selon des sources militaires américaines.

Les images des corps des soldats d'élite traînés dans les rues de la capitale vont profondément choquer l'opinion américaine. D'autant qu'une semaine auparavant, un Black Hawk avait déjà été abattu à Mogadiscio et trois Américains tués.

A la suite de ces revers sanglants, le président américain Bill Clinton annonce le retrait de ses troupes le 31 mars 1994.

La féroce bataille de Mogadiscio inspira à Hollywood le célèbre film "La chute du faucon noir" (Black Hawk Down), produit en 2001, faisant référence aux deux hélicoptères de combat abattus par les combattants somaliens.

L'échec de cette opération commando, mal préparée selon plusieurs experts, a conduit le président Clinton à infléchir la stratégie d'intervention américaine à l'étranger.

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