La BCE, réunie en Espagne, devrait maintenir son arsenal anti-crise inchangé

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BARCELONE (AFP)

La Banque centrale européenne (BCE), qui réunit son conseil des gouverneurs à Barcelone, devrait jeudi laisser son principal taux directeur inchangé et éviter de faire la moindre annonce concernant son arsenal anti-crise, malgré le regain de morosité en zone euro.
"Avril a apporté des nouvelles économiques décevantes", résume Marco Valli, chef économiste zone euro chez UniCredit.
L'activité dans l'industrie manufacturière s'est ainsi fortement contractée dans la région, retombant à son plus bas niveau en près de trois ans, selon des chiffres publiés mercredi par la société Markit, guère encourageants et qui confortent les analystes dans leur prédiction d'un nouveau trimestre de récession.
Le chômage atteint par ailleurs des sommets dans certains pays, notamment en Espagne (24,4%), qui est en outre dans la ligne de mire des marchés obligataires, la crise de la dette refaisant surface après avoir été quelque peu oubliée en début d'année.
Jeudi, deux émissions obligataires de Madrid, à trois et cinq ans, les premières depuis la dégradation de deux crans de sa note souveraine par Standard & Poor's, se sont soldées par des taux en hausse, avec cependant une demande forte des investisseurs.
En dépit du cumul des mauvaises nouvelles, la BCE "va résister aux pressions l'appelant à adopter des mesures plus audacieuses", juge Jennifer McKeown, de Capital Economics.
Elle devrait ainsi maintenir son taux directeur à 1%, son plus bas historique retrouvé en décembre, d'autant que si l'inflation persiste au-dessus de 2%, le seuil qu'elle se doit de ne pas franchir, il n'y a pas de signe de risque d'une spirale de hausse des prix. Et ne pas bouger d'un pouce sur ses mesures exceptionnelles.
L'institution monétaire de Francfort estime en avoir fait assez pour le moment: elle accorde des montants illimités de liquidités bon marché aux banques, destinés à éviter un effondrement du crédit; elle a adopté un programme de rachat d'obligations publiques sur le marché secondaire qui a soulagé les pays confrontés à l'envol de leurs taux d'emprunt mais resté en sommeil depuis février.
Toutefois, son président Mario Draghi devrait "garder toutes les options ouvertes" pour les mois à venir, notent les analystes de Commerzbank, Christoph Rieger et Marcel Bross, et notamment l'éventualité d'un nouveau prêt sur trois ans aux banques après les deux accordés en décembre et janvier.
Et M. Draghi, qui depuis le début de l'année se montre plutôt confiant dans une "reprise graduelle" de l'économie, va être contraint d'afficher une certaine prudence dans son analyse de la situation, estime Annalisa Piazza, du courtier Newedge, qui s'attend à ce que l'institution monétaire de Francfort révise une nouvelle fois ses prévisions de croissance à la baisse en juin.
"Le réalisme a supplanté l'espoir", renchérit son confrère d'ING Carsten Brzeski.
La croissance devrait être un autre des thèmes majeur de la conférence de presse que donnera M. Draghi à 12H30 GMT, à l'issue de la réunion de la BCE au Centre de congrès international de Barcelone (CCIB).
Le candidat socialiste à la présidentielle française François Hollande, favori des sondages, en a fait un de ses principaux thèmes de campagne, s'attirant le soutien de certains responsables politiques européens, dont celui pour le moins inattendu des Pays-Bas, appui sans faille jusqu'ici de Berlin dans la défense de l'orthodoxie budgétaire.
M. Draghi en a pris acte la semaine dernière, évoquant devant le Parlement européen la nécessité d'un "pacte de croissance" à côté du "pacte budgétaire". Mais selon le patron d'une institution qui défend la rigueur, cela passe toujours par des mesures structurelles et non la relance des dépenses réclamée ici ou là.
Les économistes attendent qu'il précise sa pensée à ce sujet.
Présence en Espagne oblige, il sera sans doute aussi largement interrogé sur ce pays tandis qu'à l'extérieur du centre de conférence un dispositif policier exceptionnel sera déployé par crainte des violences. Les "indignés" espagnols ont en effet annoncé qu'ils organiseraient un "sommet alternatif".
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