Le Portugal toujours en proie à des feux de forêt massifs, après 63 morts

Publié le à Pedrógão Grande (Portugal) (AFP)

Plus d'un millier de pompiers luttaient toujours lundi dans le centre du Portugal pour venir à bout d'un gigantesque incendie de forêt qui a coûté la vie à 63 personnes au moins, dont un Français, bouleversant le pays tout entier.

Les flammes ravageaient toujours en fin d'après-midi les collines boisées de la région de Pedrogao Grande, où l'incendie a démarré samedi, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Près du petit village d'Atalai Funderai, où un gros nuage de fumée s'élevait d'un terrain proche d'une maison, des habitants tentaient d'éteindre le feu à l'aide de seaux d'eau et d'un réservoir juché sur un tracteur.

"J'ai vu beaucoup d'incendies, mais comme celui-là, jamais. Ce n'est jamais arrivé ici, la manière dont il s'est propagé, la rapidité", glisse Betty Jesus, une Vénézuélienne de 50 ans, venue aider dans une robe blanche immaculée.

Dans le village de Figueiro, les habitants sont toujours traumatisés par la fulgurance de l'incendie. "Le feu n'est pas passé par le sol, d'ailleurs rien n'est brûlé par terre. Il est passé en l'air au niveau des arbres (...) En cinq minutes, tout a pris feu sur une zone qui fait à peu près 10 km", témoigne Virgilio Godinho.

La police judiciaire a écarté la thèse criminelle au profit de celle d'un orage sec, avec un arbre frappé par la foudre comme point de départ de l'incendie.

1.150 pompiers ont été mobilisés dans le centre du pays, et plus de 2.400 dans l'ensemble du Portugal, où ils luttaient contre une centaine de foyers d'incendie au total, avec environ 700 véhicules.

Onze avions de lutte anti-incendie ont été déployés autour de Pedrogao Grande, envoyés par la France, l'Italie et l'Espagne, mais ils ont été cloués au sol par la fumée pendant une partie de la matinée.

- Route de l'enfer -

Le scénario est "difficile, complexe" en raison de "nombreuses lignes de feu" plus ou moins virulentes, selon le commandant des opérations de la protection civile, Eliseu Oliveira.

"A tout moment, la situation peut se compliquer à cause des conditions météo, toujours défavorables" en raison de la canicule et du vent.

Après le décès d'un pompier hospitalisé, le bilan officiel de l'incendie de Pedrogao Grande a été revu en hausse à 63 morts et une soixantaine de blessés. Un Français se trouve parmi les victimes, selon le ministère français des Affaires étrangères.

En ajoutant les personnes blessées par d'autres foyers d'incendie dans les alentours, les secours comptabilisent 135 blessés au total dans la région depuis samedi.

La protection civile a confirmé que sur les 63 morts, 47 avaient été retrouvés sur la "route de l'enfer", la nationale 236 où les automobilistes ont été piégés par les flammes. Il s'agirait en majorité de familles qui avaient passé leur après-midi sur une plage au bord de la rivière toute proche, selon les autorités locales.

Des images aériennes de cette route recouverte de cendres, jonchée de voitures calcinées et baignée d'une lumière jaunâtre, tournent en boucle sur les télévisions portugaises.

- Hameaux dépeuplés -

Le drame a touché des zones isolées, où vivent beaucoup de personnes âgées. Armindo Antonio, 69 ans, un masque sur le visage, attend anxieusement des nouvelles de ses proches près de la maison de retraite de Pedrogao Grande, convertie en centre d'accueil pour 150 personnes ayant dû fuir leur maison.

"Je n'arrive pas à les joindre (...) On nous a dit que tout avait brûlé autour de notre maison, mais pas la maison", confie-t-il à l'AFP dans une atmosphère chargée de fumée.

La presse locale fait état de petits hameaux dépeuplés par l'incendie, comme Pobrais qui a perdu 12 habitants. Plusieurs personnes ont réussi à y survivre en se réfugiant dans un réservoir d'eau.

Dans certains villages, la population a été "confinée" et dans d'autres, les personnes âgées ont été déplacées dans des lieux plus sûrs. Les autorités insistent sur la nécessité de respecter les ordres d'évacuation.

La polémique sur les causes profondes de la catastrophe pointe déjà.

L'association environnementaliste Quercus a ainsi dénoncé le "laxisme total" des autorités en matière de politique forestière et de débroussaillage - un débat récurrent au Portugal-, ainsi que l'accélération des plantations d'eucalyptus, arbres hautement inflammables.

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