Le Portugal toujours en proie à des feux de forêt meurtriers

Publié le à Pedrógão Grande (Portugal) (AFP)

Sous le choc, le Portugal restait suspendu au combat sans relâche de plus d'un millier de pompiers qui tentaient toujours lundi soir de maîtriser l'immense incendie de forêt dans le centre du pays qui a fait au moins 64 morts, dont un Français, et 135 blessés.

Si 70% du brasier était désormais sous contrôle, selon la protection civile, les flammes continuaient à ravager les collines boisées de la région de Pedrogao Grande, où l'incendie a démarré samedi, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Près du petit village d'Atalaia Funderai, où un gros nuage de fumée s'élevait d'un terrain proche d'une maison, des habitants tentaient d'éteindre le feu à l'aide de seaux d'eau et d'un réservoir juché sur un tracteur.

"J'ai vu beaucoup d'incendies, mais comme celui-là, jamais. Ce n'est jamais arrivé ici, la manière dont il s'est propagé, la rapidité", glisse Betty Jesus, une Vénézuélienne de 50 ans, venue aider dans une robe blanche immaculée.

La situation restait "complexe et parfois préoccupante dans la zone de Pedrogao Grande. Nous avons dû déplacer des populations et les confiner. Tous les moyens restent mobilisés", a indiqué le commandant des opérations de la protection civile, Eliseu Oliveira.

Près de 26.000 hectares de forêt ont déjà été consumés par les flammes, selon le Système européen d'information sur les incendies de forêt.

Dans le village de Figueiro, les habitants sont toujours traumatisés par la fulgurance de l'incendie.

"Le feu n'est pas passé par le sol, d'ailleurs rien n'est brûlé par terre. Il est passé en l'air au niveau des arbres. (...) En cinq minutes, tout a pris feu sur une zone qui fait à peu près 10 km", témoigne Virgilio Godinho.

La police judiciaire a écarté la thèse criminelle au profit de celle d'un orage sec, avec un arbre frappé par la foudre comme point de départ de l'incendie.

- Familles piégées -

1.150 pompiers étaient mobilisés dans le centre du pays, et plus de 2.400 dans l'ensemble du Portugal, où ils luttaient contre une centaine de foyers au total, avec environ 700 véhicules.

Onze avions de lutte anti-incendie ont été déployés autour de Pedrogao Grande, envoyés par la France, l'Italie et l'Espagne, mais ils ont été cloués au sol par la fumée pendant une partie de la matinée.

Le bilan officiel de l'incendie a été porté lundi soir à 64 morts. Au total depuis samedi, 135 personnes ont été blessées dans le feu qui a éclaté à Pedrogao Grande et dans les foyers d'incendie dans les alentours.

Rattrapées par le feu, 47 des victimes ont trouvé la mort sur la route nationale 236, dont 30 piégées dans leurs voitures. Selon les autorités locales, il s'agirait en majorité de familles qui avaient passé leur après-midi sur une plage au bord de la rivière toute proche.

Des images aériennes de cette "route de l'enfer" recouverte de cendres, jonchée de voitures calcinées et baignée d'une lumière jaunâtre, tournent en boucle sur les télévisions portugaises.

- "Esprit de révolte" -

Le drame a touché des zones isolées, où vivent beaucoup de personnes âgées. Armindo Antonio, 69 ans, un masque sur le visage, attend anxieusement des nouvelles de ses proches près de la maison de retraite de Pedrogao Grande, convertie en centre d'accueil pour 150 personnes ayant dû fuir leur maison.

"Je n'arrive pas à les joindre. (...) On nous a dit que tout avait brûlé autour de notre maison, mais pas la maison", confie-t-il à l'AFP, dans une atmosphère chargée de fumée.

La presse locale fait état de petits hameaux dépeuplés par l'incendie, comme Pobrais qui a perdu 12 habitants. Plusieurs personnes ont réussi à y survivre en se réfugiant dans un réservoir d'eau.

Dans certains villages la population a été "confinée", et dans d'autres les personnes âgées ont été déplacées dans des lieux plus sûrs. Les autorités insistent sur la nécessité de respecter les ordres d'évacuation.

La polémique sur les causes profondes de la catastrophe pointe déjà.

L'association environnementaliste Quercus a ainsi dénoncé le "laxisme total" des autorités en matière de politique forestière et de débroussaillage - un débat récurrent au Portugal -, ainsi que l'accélération des plantations d'eucalyptus, arbres hautement inflammables.

Pour le père José Gomes, curé de Figueiro dos Vinhos, "les gens sont désespérés. Ils ont manqué de soutien des pompiers, et parfois même d'eau. Il y a un esprit de révolte envers les services de secours".

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