Les approvisionnements de gaz russe, incontournables pour l'Europe

Publié le à Moscou (AFP)

L'UE réunit mardi Ukrainiens et Russes pour se mettre d'accord sur le futur du transit par l'Ukraine, alors que l'Europe consomme de plus en plus de gaz russe malgré sa volonté de réduire sa dépendance vis-à-vis de Moscou.

- Une dépendance croissante -

Si la demande européenne en gaz naturel a connu un déclin entre 2010 et 2014, la tendance s'est inversée depuis, notamment à cause de la baisse continue de la production propre européenne (notamment aux Pays-Bas).

Alors que l'Europe est de plus en plus friande de gaz, cela a notamment profité à la Russie et à sa compagnie gazière Gazprom.

Assis sur 17% des réserves mondiales de gaz et détenant le monopole des gazoducs en Russie, le groupe Gazprom est contrôlé à 50,23% par l'Etat russe et il est souvent présenté comme une puissante arme géopolitique du Kremlin.

Gazprom couvre environ 35% de la consommation de gaz du continent européen, une part qui a augmenté ces dernières années malgré la volonté de l'Union européenne de réduire sa dépendance vis-à-vis de Moscou pour ses approvisionnements.

Les exportations de gaz vers l'Europe ont ainsi atteint des niveaux record en 2016 et 2017, grâce notamment à un hiver particulièrement froid. Au premier trimestre 2018, Gazprom a encore annoncé une augmentation de 6,6% de ces exportations sur un an.

- Des gazoducs controversés -

Aujourd'hui, le gaz russe atteint l'Europe par plusieurs gazoducs: Nord Stream 1 arrive en Allemagne, deux gazoducs arrivent en Pologne par le Bélarus et quatre autres transitent par l'Ukraine, en plus de Stream qui rallie la Turquie et des livraisons directes en Finlande et dans les pays Baltes.

Mais Gazprom cherche à développer de nouveaux gazoducs, avec le soutien capitalistique des grands groupes européens, pour maintenir sa part de marché et réduire au minimum tout transit par l'Ukraine.

Le groupe espère mettre en fonction deux nouveaux gazoducs contournant l'Ukraine d'ici fin 2019 : TurkStream, via la Turquie, et Nord Stream 2, via la Baltique.

A la tête de l'UE, la Commission reste très prudente sur le projet. Sans pouvoir s'y opposer, elle veut s'assurer qu'il est bien en ligne avec les règles du marché européen de l'énergie, en matière de concurrence notamment. La Pologne et les pays de l'Est sont les plus opposés à ce projet.

- Une concurrence qui peine à se concrétiser -

Malgré l'intention affichée par l'Europe de diversifier ses sources d'approvisionnement, les sources alternatives peinent à gagner du terrain.

Encouragé par le développement du marché du gaz liquéfié (GNL), facilitant le transport, cet objectif a été renforcé par les tensions entre Bruxelles et Moscou depuis le début de la crise ukrainienne en 2014, de peur que Moscou ne manie le robinet du gaz à des fins géopolitiques.

Les Etats-Unis, grand producteur de gaz naturel, se sont récemment lancés dans une offensive commerciale à la recherche de nouveaux débouchés, soutenue par Donald Trump.

Mais le transport de GNL en bateau reste pour l'heure considérablement plus cher que l'acheminement de gaz russe par pipeline.

De même, le groupe britannique BP a lancé en juillet l'exploitation d'un gisement géant en Azerbaïdjan, qui doit constituer le premier maillon d'un "corridor gazier" géant ("Southern Gas Corridor"), permettant à l'Europe de s'approvisionner via la Turquie, la Grèce, l'Albanie et la mer Adriatique.

Il devrait être terminé en 2020. Mais selon des experts, ce projet est déjà vieillissant (lancé au début des années 2000) et ne couvrira à terme que 2% de la demande européenne.

© 2018 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.