Nuri Bilge Ceylan, le Bergman du Bosphore

Publié le à Cannes (AFP)

Avec la Palme d'or, Nuri Bilge Ceylan scelle son histoire d'amour avec Cannes qui avait déjà récompensé trois fois le réalisateur turc de 55 ans, spécialiste d'un cinéma au rythme lent, rempli de silences, mais illuminé par de splendides images de paysages.

L'un des cinéastes les plus connus de sa Turquie natale, Ceylan privilégie les oeuvres intimistes, examinant à la loupe les relations de la famille ou du couple, au point qu'on le compare souvent au Suédois Ingmar Bergman, ce que n'ont pas manqué de faire encore une fois les critiques à Cannes pour "Winter Sleep" (sommeil d'hiver).

La Croisette en tout cas raffole de ses oeuvres et lui a déjà décerné à deux reprises son Grand prix, en 2003 pour "Uzac" et en 2011 pour "Il était une fois en Anatolie". En 2008, il obtenait le Prix de la mise en scène pour "Les trois singes" et l'année suivante, il était membre d'un jury présidé par Isabelle Huppert.

Diplômé en ingénierie électrique, il a suivi également des études de cinéma et il est souvent aussi monteur et chef opérateur de ses films.

Amoureux du théâtre, il fait souvent référence au dramaturge norvégien Ibsen 1828-1906) et à Anton Tchekhov (1860-1904).

C'est d'ailleurs en s'inspirant de trois nouvelles du romancier russe qu'il a écrit "Winter sleep", avec sa femme, l'actrice Ebru Ceylan.

Ceylan, qui est aussi acteur, a tourné avec elle en 2006, devant et derrière la caméra, le film "Les Climats", une exploration de la vie intérieure d'un couple d'Istanbul.

Vu ses inspirations, "Winter Sleep" s'affiche clairement comme un film très littéraire, où la révélation des caractères s'effectue lentement grâce à de longues conversations. Des dialogues acérés nourris par l'antagonisme des personnages.

- Comme un roman -

A ceux qui lui reprochent la longueur du film (3h16), il a expliqué samedi soir avoir écrit le scénario "sans penser à l'aspect commercial. J'ai écrit comme on écrit un roman, sans me préoccuper de la longueur. Au départ, il durait 4H30"...

Dans "Winter Sleep", Ceylan dissèque les relations complexes qu'un ancien acteur aujourd'hui aubergiste, entretient avec ses proches: sa jeune femme, sa soeur... Le pouvoir de l'argent, les relations quasi-féodales nouées par le héros (Haluk Bilginer) avec ses proches sont mises à jour.

Il dit avoir voulu montrer "l?aspect sombre de l?être humain, essayer de comprendre le côté sombre de mon âme, c?est-à-dire la nature humaine aussi".

"Nous avons tourné le film en 14 semaines. C'est plutôt long étant donné les circonstances en Turquie. C'est pourquoi il est devenu mon film le plus cher même si l'équipe n'était pas aussi nombreuse derrière la caméra que pour +Il était une fois en Anatolie+", a-t-il expliqué cette semaine au quotidien turc Milliyet.

Durant le festival, Ceylan, barbe grise et lunettes à grosse monture noire, avait expliqué qu'il ne souhaitait pas faire de films politiques.

Lors de la cérémonie samedi soir, il a cependant dédié sa palme à "la jeunesse turque, à celles et ceux qui ont perdu la vie pendant l'année qui s'est écoulée", alors que son pays connaît depuis un an de violentes manifestations anti-gouvernementales.

"Nous avons eu une année difficile. Ces jeunes personnes nous ont beaucoup appris et certains ont perdu la vie pour une avenir meilleur", a-t-il expliqué ensuite à la presse.

© 2018 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.