Philippe Wahl, une carrière menée d'une banque à l'autre

Publié le à Paris (AFP)

Après une carrière passée quasi-exclusivement au sein de grandes banques en France et au Royaume-Uni, Philippe Wahl, 57 ans, devrait prendre les rênes du groupe La Poste à un moment où l'activité bancaire y prend de plus en plus d'importance.

Fils d'un directeur des ressources humaines et d'une institutrice, originaire de Moselle (est de la France), Philippe Wahl entre à l'ENA après un diplôme de l'Institut d'études politiques de Paris et un DEA en sciences économiques. Il est issu de la même promotion que le ministre de l'Economie Pierre Moscovici.

Il débute sa carrière au Conseil d'Etat puis à la Commission des opérations de bourse (COB) avant de rejoindre en 1989 le cabinet du Premier ministre Michel Rocard, en tant que conseiller technique chargé des affaires économiques, financières et fiscales.

Philippe Wahl sera notamment chargé de l'épineux dossier de la contribution sociale généralisée (CSG), qu'il réussira à mettre en place malgré l'opposition de Pierre Bérégovoy, à l'époque ministre des Finances.

Il rejoint ensuite le secteur privé et le monde de la banque, "le plus beau métier du monde, un métier extraordinaire, fascinant", selon ses dires, recueillis par Hervé Hamon dans son livre "Ceux d'en Haut" (ed. Seuil, paru en 2013).

Il passe 8 ans au sein du groupe Paribas, occupant différents postes avant d'intégrer le comité exécutif en 1999. Il quitte le groupe quelques mois après la fusion avec BNP pour devenir le premier banquier issu du privé à prendre la direction générale des Caisses d'Epargne.

"C'est un homme de projets et de décision. C'est lui qui a transformé les Caisses d'Epargne, qui en a fait une banque", estime un spécialiste du secteur bancaire souhaitant garder l'anonymat.

"Un banquier à la tête de La Poste"

"Autant Jean-Paul Bailly (PDG sur le départ, NDLR), on a toujours dit qu'il manquait de charisme, autant Wahl sait vendre ce qu'il a à vendre. C'est quelqu'un qui sait ce qu'il veut. Il sait convaincre", concède Régis Blanchot, représentant syndical SUD au conseil d'administration de La Poste.

Pour le syndicaliste, son passage aux Caisses d'Epargne est source d'inquiétude: "M. Wahl était à l'Ecureuil quand il a fallu changer de statut, c'était une boîte avec une mission de service public, il était à la manoeuvre" pour sa transformation.

Surpris de la nomination d'"un banquier à la tête de La Poste", M. Blanchot soupçonne aussi Philippe Wahl de vouloir faire de la Banque Postale "une banque comme les autres".

"Son problème, c'est qu'il peut être taxé de brutal. (...) C'est quelqu'un qui va vite une fois qu'il a la vision", confirme le spécialiste du milieu bancaire.

Philippe Wahl quitte les Caisses d'Epargne en 2003, après avoir "fortement contribué à améliorer les performances du groupe", selon le groupe, un talent de "redresseur" qu'il mettra à l?oeuvre chez Havas dont il prend la direction générale en 2005.

"Quand je me suis retrouvé chez Havas pour le compte de Bolloré, j'ai nettoyé les écuries d'Augias. Tout le monde se gavait, (...) je n'ai pas été aussi heureux que dans la banque, ce n'était pas le même fun", raconte-t-il dans le livre de Hervé Hamon.

Il retourne ensuite à ses premières amours en intégrant la Royal Bank of Scotland (RBS) en 2007, en qualité de directeur général pour la France. Il y restera jusqu'en 2010. Entre-temps, la crise des subprimes éclate et la banque, qui frôle la faillite, est nationalisée par le gouvernement britannique.

Parallèlement, sa société de consultant Solfi est chargée dès 2004 d'une mission de réflexion en vue de créer La Banque Postale, qui naîtra deux ans plus tard.

Il prendra finalement la présidence de La Banque Postale en janvier 2011 sur proposition de M. Bailly et deviendra en même temps directeur général adjoint de La Poste et membre du comité exécutif.

Marié et père de trois enfants, amateur de football et de course à pied, Philippe Wahl est un partisan du président François Hollande, pour qui il a voté. Il est également membre du comité directeur de l'Institut Montaigne, un groupe de réflexion d'inspiration libérale.

© 2018 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.