Qatar 2022: l'Asie du Sud pressée d'agir en faveur de ses migrants

Publié le à Katmandou (AFP)

Les Etats d'Asie du Sud doivent s'assurer d'une protection suffisante pour leurs citoyens travaillant dans les pays du Golfe, exhortent des ONG après que The Guardian eut révélé que 44 Népalais sont morts sur des chantiers au Qatar, organisateur de la Coupe du monde 2022.

Le gouvernement népalais a annoncé qu'il ne chercherait pas à freiner le départ de migrants vers le Qatar, après les révélations du quotidien britannique. Selon The Guardian, 44 ouvriers seraient morts entre début juin et début août sur les chantiers du Qatar où la température atteint 50°C.

Pour les défenseurs des droits des travailleurs, la faute n'incombe pas exclusivement aux employeurs.

Le Qatar accueille environ 300.000 Népalais, selon des chiffres du gouvernement du Népal, essentiellement des ruraux fuyant la pauvreté et qui envoient une bonne part de leurs salaires à leurs proches.

L'essentiel de ces migrants travaille sur les chantiers et sont recrutés par des agences d'emploi basées au Nepal, opérant sous une licence du gouvernement et tenues de respecter un code du travail.

Selon un porte-parole du ministère du Travail népalais, les officiels népalais à Doha doivent contrôler le respect de ces règles par les employeurs mais il reconnaît qu'il existe des manquements.

"En dépit de nos efforts, il y a des irrégularités. Cela doit changer, nous faisons de notre mieux", a dit Buddhi Bahadur Khadka à l'AFP.

Selon The Guardian, les migrants népalais attendent des mois pour être payés, sont parfois privés d'eau et leurs passeports sont confisqués.

Des ressources cruciales pour le Népal

Les gouvernements d'Asie du sud ferment trop souvent les yeux sur ces conditions "abominables" de travail, estime Suhas Chakma, director du Centre d'Asie pour les droits de l'homme.

"Il est dommage que les gouvernements des pays pourvoyeurs de main d'oeuvre ne fassent rien pour le respect de la Convention de l'Onu sur les droits des travailleurs migrants", dit-il à l'AFP.

"Cela ne concerne pas seulement le Népal mais des milliers de travailleurs d'Inde, du Pakistan, du Sri Lanka et du Bangladesh", ajoute t-il.

"Cela fait des années que les ouvriers népalais meurent en raison de conditions de travail déplorables mais l'on n'en parle que maintenant car il s'agit de la Coupe du monde,", souligne t-il.

Le respect de ces migrants relève de la responsabilité de leur pays d'origine, approuve un responsable de l'ONG Human Rights Watch (HRW).

"Les pays d'Asie du sud doivent travailler à l'élaboration de règles minimum", estime Meenakshi Ganguly, directeur Asie du sud de HRW.

"L'argent de ces migrants constituant une grosse part de l'économie d'Asie du sud, ces pays doivent s'unir pour demander une meilleure protection", ajoute t-il.

Les Népalais travaillant à l'étranger ont envoyé en 2012 430 milliards de roupies (434 millions de dollars) dans leur pays, soit 22% de la richesse nationale, selon la Banque centrale du Népal.

Les autorités du Qatar avaient assuré en juin, lors d'une réunion avec des responsables népalais du ministère du Travail et des Affaires étrangères, que les migrants népalais seraient protégés, assure le porte-parole népalais du ministère du Travail.

"Ils nous ont assuré que les entreprises ne respectant pas les droits des travailleurs seraient punies mais ces salariés devaient déposer des plaintes détaillant ces violations" de leurs droits, ajoute t-il.

"C'est au Qatar de protéger nos travailleurs et notre ambassade contrôle cela", selon lui.

Mais "nous ne mettrons pas fin à l'envoi de travailleurs juste parce qu'on s'intéresse aujourd'hui à leur exploitation. Nous ne pouvons nous le permettre car c'est la seule opportunité de travail importante pour la majorité des jeunes Népalais", dit le porte-parole.

Un jeune sur trois au Népal est sans emploi.

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