Qunu, le village de l'enfance heureuse de Nelson Mandela

Publié le à Qunu (Afrique du Sud) (AFP)

C'est qunuaux douces collines du Transkei, le pays de son enfance au sud-est de l'Afrique du Sud, que Nelson Mandela rêvait souvent lors de ses vingt-sept années de prison. Depuis son retrait de la vie publique, il passait l'essentiel de son temps à Qunu, le village où il a, disait-il, vécu ses moments les plus heureux.

De Qunu, Mandela se souvenait d'une enfance à la campagne, une vie modeste faite de baignades, de glissades avec les autres garçons avec qui il gardait les moutons, ou de combats singuliers.

Son lit était une simple natte posée à même le sol de terre battue d'une hutte aux murs de boue séchée et au toit de chaume. Le "kraal" (enclos) de sa mère comportait trois huttes, une pièce à vivre, une cuisine et un entrepôt. Les repas étaient cuits sur l'âtre en plein air, et l'essentiel de la nourriture venait du jardin familial.

"Qunu était un village de femmes et d'enfants", a écrit Mandela dans son autobiographie "Un long chemin vers la liberté". La plupart des hommes travaillaient dans des fermes éloignées ou dans les mines de Johannesburg. Son propre père, un chef local destitué par le pouvoir colonial britannique, était souvent absent, partageant son temps entre ses quatre épouses.

"C'est dans les prairies que j'ai appris à tuer des oiseaux avec une fronde, à récolter du miel sauvage, des fruits et des racines comestibles, à boire le lait chaud et sucré directement au pis de la vache, à nager dans les ruisseaux clairs et froids et à attraper des poissons avec un fil et un morceau de fil de fer aiguisé", a-t-il raconté avec émotion.

"J'ai appris le combat avec un bâton ?-un savoir essentiel à tout garçon africain de la campagne-? et je suis devenu expert à ses diverses tactiques: parer les coups, effectuer une fausse attaque dans une direction et frapper dans une autre, échapper à un adversaire par un jeu de jambes rapide."

Qunu, a-t-il résumé dans un brouillon resté inédit de ses mémoires, était "la maison douce où j'ai passé les plus beaux jours de mon enfance".

C'est aussi là qu'il a gagné son prénom anglais "Nelson", donné par son institutrice à son premier jour d'école, alors qu'il portait un vieux pantalon de son père ajusté, et non plus la couverture dont se couvraient les garçons du village.

Mandela était né à Mvezo, à environ 30 km de là, en juillet 1918. Il est arrivé tout gamin à Qunu avec sa mère, et a été envoyé en pension à l'âge de 9 ans --à la mort de son père-- à la "Grande Demeure" du régent de sa tribu xhosa des Thembus.

De son bagne de Robben Island en 1970, Mandela a écrit qu'il n'avait "jamais réussi à extirper (ses) racines paysannes", quand bien même il avait quitté le Transkei très jeune, et était devenu un habitant de Johannesburg très citadin, avant son arrestation et sa condamnation à la prison à vie.

"Tout au long de mon emprisonnement, mon coeur et mon âme ont toujours été quelque part bien loin de cet endroit, dans la campagne et les buissons", a-t-il ajouté.

Redevenu libre en 1990 après avoir passé vingt-sept ans dans les geôles de l'apartheid, Nelson Mandela, est revenu dans la chère maison de son enfance, et a été choqué par la pauvreté des villageois de Qunu, où ses parents ont été enterrés.

Il y a fait construire une résidence sur le modèle du pavillon de la prison de Paarl (sud-ouest) où il a passé ses dernières années de détention, résidence bientôt agrandie et entourée d'une enceinte de protection.

Mais bizarrement, cette demeure campagnarde est tout sauf tranquille: la grand-route menant du Cap à Durban passe à deux pas.

Mandela y recevait les personnalités qui avaient le privilège de pouvoir le visiter, de la reine des talk-shows Oprah Winfrey à l'ancien président américain Bill Clinton. Il y donnait aussi d'énormes fêtes de Noël pour les enfants du village.

Le dernier président noir qu'a connu l'Afrique du Sud y a passé une grande partie de son temps dans ses dernières années, jusqu'à ce que son état de santé l'oblige à rentrer à Johannesburg.

Quand il était chez lui, Mandela était, comme tous les habitants de Qunu, soumis à l'autorité du chef local, une femme habitant juste en face. C'est là qu'il voulait être enterré.

Plus rapidement qu'ailleurs dans la région, la présence du patriarche a apporté l'électricité, l'eau, quelques routes goudronnées et des maisons de briques. Mais le temps passe toujours au ralenti dans les collines herbeuses où il se promenait il y a près de cent ans.

L'important musée Mandela de Mthatha --la ville voisine-- est fermé pour travaux, mais une exposition permet aux visiteurs de patienter à Qunu.

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