Référendum en Catalogne: 700 maires menacés de poursuites et d'arrestation

Publié le à Madrid (AFP)

Plus de 700 maires de Catalogne prêts à organiser un référendum d'autodétermination interdit risquent désormais des poursuites judiciaires, voire une arrestation, selon une décision prise mercredi par le parquet général d'Espagne.

L'annonce, intervenue à la veille du lancement jeudi soir de la campagne des séparatistes pour le référendum, a encore davantage échauffé les esprits dans cette région de 7,5 millions d'habitants.

La tension s'était déjà accrue la semaine dernière quand le parlement catalan avait adopté, coup sur coup, une loi d'organisation du référendum et une loi de déconnexion d'avec l'Espagne en cas de victoire du "oui", aussitôt suspendues par la Cour constitutionnelle.

Dans une note que l'AFP a pu consulter, le parquet général ordonne aux procureurs des quatre provinces de Catalogne (nord-est) de citer à comparaître, "en tant que mis en examen", les maires soupçonnés de coopérer "à l'organisation du référendum illégal" du 1er octobre.

Au cas où un maire ne répondrait pas, le parquet demande "d'ordonner son arrestation" pour qu'il soit amené au parquet "dans les plus brefs délais".

Or 712 maires de la région sur 948 seraient disposés à mettre des locaux à disposition de l'exécutif catalan pour organiser ce référendum, selon la dernière liste diffusée par l'Association des municipalités pour l'indépendance (AMI).

"Nous n'avons rien à cacher, et quand nous serons convoqués par les parquets, nous leur dirons (...) que nous continuerons à travailler pour pouvoir voter le 1er octobre", a déclaré à des journalistes la présidente de l'AMI, Neus Lloveras.

- 'Qu'ils nous arrêtent' -

"Si une personne est poursuivie par la justice, cette personne a un problème, mais quand plus de 700 maires sont poursuivis par la justice, ce ne sont pas les maires qui ont un problème, c'est la justice", a déclaré Miquel Buch, maire de Premià de Mar (28.000 habitants) et membre du PDeCAT (conservateur et indépendantiste)

"Qu'ils nous arrêtent! Ils sont fous!" a de son côté réagi David Rovira, maire de l'Espluga de Francoli (3.800 habitants), également PDeCAT, joint par l'AFP.

Le maire ERC (gauche indépendantiste) de la ville de Solsona (9.000 habitants), David Rodriguez Gonzalez, a lancé: "Tout cela démontre que la transition du franquisme (dictature de Francisco Franco, de 1939 à 1975, ndlr) à la démocratie s'est faite avec beaucoup de lacunes".

Le président indépendantiste de Catalogne, Carles Puigdemont, qui a convoqué le scrutin et fait l'objet d'une enquête notamment pour "désobéissance", a souligné sur Twitter que 712 maires représentaient "75% des édiles de Catalogne".

La CUP, petit parti d'extrême gauche séparatiste, a de son côté assuré que les maires issus de ses rangs ne comparaîtraient pas et dénoncé "la stratégie de répression de l'Etat".

Les Catalans sont profondément divisés selon les sondages, même si plus de 70% d'entre eux souhaiteraient un référendum légal pour trancher la question.

Sur les dix villes catalanes les plus peuplées, six ont à ce stade refusé de s'impliquer directement dans l'organisation du scrutin, dont la capitale régionale Barcelone (1,6 million d'habitants).

- 'Les plus brefs délais' -

La Catalogne vit depuis le début des années 2010 une poussée de fièvre indépendantiste, liée notamment à l'annulation partielle du nouveau statut d'autonomie qui lui conférait des compétences élargies et le titre de "Nation" dans l'Etat espagnol.

Lundi, des centaines de milliers de personnes ont ainsi de nouveau défilé à Barcelone en faveur du référendum et du "oui" à l'indépendance.

Depuis 2012, les séparatistes - majoritaires au parlement régional - réclament un référendum d'autodétermination, déclaré anticonstitutionnel par la justice.

Le roi Felipe VI, peu enclin à prendre parti, a dit mercredi être sûr que "la Constitution prévaudra sur toute rupture du vivre-ensemble".

"L'appareil répressif de l'Etat fonctionne quand la désobéissance est réduite", souligne le professeur de droit constitutionnel, Javier Perez Royo, interrogé par l'AFP. "Mais quand on a des centaines de municipalités, le gouvernement d'une région, d'autres autorités administratives, comment faire? (...) Le niveau de crispation peut être terrible".

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