Syrie : la Ghouta sous les bombes, l'aide humanitaire bloquée

Publié le à Hammouriyé (Syrie) (AFP)

Le régime syrien a bombardé sans relâche jeudi les dernières zones rebelles dans la Ghouta orientale, empêchant la livraison d'aides humanitaires vitales à une population traumatisée par une offensive qui a tué plus de 900 civils depuis le 18 février.

Appuyé par son allié russe, le pouvoir de Bachar al-Assad qui veut reprendre la totalité de la Ghouta orientale, a reconquis plus de la moitié du dernier bastion insurgé aux portes de Damas, fief du régime.

Sur un autre front de la guerre qui déchire la Syrie depuis le 15 mars 2011, les forces turques et les groupes rebelles pro-Ankara ont pris le contrôle de la localité de Jandairis dans l'enclave d'Afrine (nord-ouest), où ils mènent depuis le 20 janvier une offensive pour chasser les forces kurdes de cette région frontalière de la Turquie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Malgré les appels d'une communauté internationale impuissante face au bain de sang, les forces du régime syrien ont poursuivi sans répit jeudi leurs raids aériens et leur assaut terrestre dévastateurs.

Selon un nouveau bilan de l'OSDH, 24 civils ont été tués dans des bombardements jeudi, alourdissant le bilan de l'offensive lancée le 18 février dans la Ghouta orientale à plus de 930 civils tués.

Le régime cherche à scinder l'enclave pour affaiblir les deux principales factions qui la contrôlent, Jaich al-Islam au nord et Faylaq al-Rahmane au sud, a précisé l'ONG. Des combats se déroulent près de Douma, Hammouriyé et Jisrine.

Chaque jour, dans les hôpitaux, les blessés affluent. Parmi eux, des enfants terrorisés, au visage ensanglanté ou parfois blanc de la poussière des bâtiments pulvérisés par les explosions, selon des correspondants de l'AFP.

- Convoi 'pas autorisé' -

Les quelque 400.000 habitants de l'enclave, assiégés depuis 2013 par le régime, subissent pénuries de nourriture et de médicaments, et vivent depuis le 18 février terrés dans les sous-sols pour échapper au déluge de feu du régime.

En raison des violences, une nouvelle tentative de livraison d'aides médicales et de la nourriture à l'enclave a échoué jeudi.

"L'ONU et ses partenaires n'ont pas pu retourner à Douma car le mouvement du convoi n'a pas été autorisé par les autorités syriennes pour des raisons de sécurité", a indiqué Jens Laerke, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), à Genève.

Dans un communiqué, l'armée russe, qui a des soldats sur place, a accusé les rebelles d'avoir "attaqué" deux check-points de l'armée syrienne, causant le report des aides. Elle les a aussi accusés de "faire tout leur possible pour empêcher la population de fuir".

Selon un responsable militaire syrien, le régime a mis en place un "couloir humanitaire", reliant la périphérie de Damas au sud de l'enclave, pour permettre la sortie des civils.

Lundi, un convoi d'une quarantaine de camions d'aides avait dû abréger sa mission en raison des bombardements sur Douma.

Fin février, le Conseil de sécurité a adopté une résolution réclamant un cessez-le-feu de trente jours dans toute la Syrie, ravagée par une guerre qui a fait plus de 340.000 morts en près de sept ans. Cet appel est resté lettre morte.

La Russie a elle décrété une "pause humanitaire" quotidienne de cinq heures dans la Ghouta pour permettre l'entrée des aides et la sortie des civils dont quasiment aucun n'a quitté l'enclave.

Les rebelles refusent d'évacuer l'enclave et ont tiré ces dernières semaines des obus sur les secteurs est de la capitale qui ont coûté la vie à 32 personnes, selon l'OSDH.

- 'Je suffoque' -

Mercredi, au moins 60 personnes ont souffert de difficultés respiratoires à Saqba et Hammouriyé après des frappes du régime sur la Ghouta, selon l'OSDH.

Raphaël Pitti, un responsable de l'Union des organisations de secours et soins médicaux, une ONG médicale française, a évoqué "124 cas de suffocation" dans ces deux localités rebelles.

A Hammouriyé, des dizaines de femmes et d'enfants sont montés sur un toit pour pouvoir mieux respirer, selon un correspondant de l'AFP sur place. Des parents ont déshabillé leurs enfants qui toussaient sans cesse pour les laver à grande eau, et tenter d'éliminer une possible présence de gaz toxique sur leur corps.

"Je suffoque", hurlaient deux enfants emmenés par des secouristes.

"En raison d'une attaque au gaz de chlore, des patients souffrent de difficultés respiratoires sévères", a indiqué la Société médicale syro-américaine, une ONG qui soutient des centres médicaux en Syrie.

Le régime, qui dément utiliser des armes chimiques, a été montré du doigt ces dernières semaines après plusieurs attaques présumées au gaz de chlore. Le président Bachar al-Assad a qualifié d'"irréalistes" ces accusations.

Déclenché par la répression de manifestations pro-démocratie, le conflit en Syrie s'est ensuite complexifié avec l'implication d'acteurs régionaux et internationaux et de groupes jihadistes.

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