Syrie: les habitants évacués de villes assiégées reprennent la route

Publié le à Rachidine (Syrie) (AFP)

Les Syriens évacués de localités assiégées ont repris la route vendredi vers leur destination finale après un retard de 48 heures, dans le cadre d'une vaste opération enrayée par un attentat sanglant et des divergences de dernière minute.

La fin de cette évacuation croisée d'habitants de localités rebelles et prorégime signera la première phase de l'accord conclu entre le régime de Bachar al-Assad et la rébellion, avec la sortie au total de plus de 11.000 personnes de leurs foyers.

Pour les quelque 3.300 personnes évacuées mercredi, l'attente a été longue dans la soixantaine de bus qui étaient à l'arrêt dans deux zones de transit distinctes à la périphérie d'Alep (nord).

Depuis mercredi matin, 45 cars chargés de civils et combattants évacués des localités loyalistes de Foua et Kafraya (province d'Idleb) étaient à l'arrêt à Rachidine, une banlieue rebelle du sud-ouest d'Alep.

Parallèlement, depuis mercredi soir, 11 bus transportant ceux de trois localités rebelles --Zabadani, Serghaya et Jabal Charqi-- stationnaient dans la zone de Ramoussa, contrôlée par le gouvernement, au sud d'Alep.

L'opération était suspendue à la libération de 750 prisonniers par le régime.

Une partie des bus, des deux côtés, "ont repris le chemin" vers leur destination finale respective, a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Mais il ne pouvait confirmer dans l'immédiat si les prisonniers avaient été libérés ou pas.

"Les 11 bus ont quitté Ramoussa pour se diriger vers la province d'Idleb", destination finale des habitants de localités rebelles et contrôlée par les insurgés et les jihadistes, a indiqué M. Abdel Rahmane.

Simultanément, "10 bus ont quitté Rachidine et sont entrés dans la ville d'Alep", sous le contrôle total du régime syrien depuis fin 2016, a-t-il précisé.

Cette évacuation avait commencé il y a une semaine jour pour jour mais avait été ensanglantée le 15 avril par un attentat qui a fait 126 morts, dont 68 enfants.

Le régime a accusé les rebelles, qui ont démenti. L'attaque n'a pas été revendiquée.

Comble de l'horreur, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a affirmé que les auteurs de l'attentat étaient déguisés en humanitaires. "Quelqu'un prétendant distribuer de l'aide et attirant les enfants a provoqué cette horrible explosion".

Selon des témoins de l'attentat, un véhicule qui distribuait des sachets de chips aux enfants a explosé à proximité des autocars transportant les évacués.

- 2e étape, en juin -

Par crainte d'un nouvel attentat, les opérations se déroulent sous haute surveillance, avec plusieurs dizaines de rebelles armés gardant les cars stationnés à Rachidine.

Ce processus est le dernier d'une série d'évacuations de localités assiégées --notamment rebelles-- dans le pays ravagé par la guerre depuis six ans.

Les insurgés, qui ont perdu de nombreux bastions face au régime -fort de l'appui de l'allié russe- se sont vus en effet contraints de signer des accords d'évacuation de nombreux de leurs bastions.

L'opposition a qualifié "les transferts forcés de crimes contre l'Humanité", tandis que l'ONU a dénoncé des "déplacements forcés".

La deuxième étape du processus doit se débuter dans deux mois, en juin, et portera sur la sortie de 8.000 habitants de Foua et Kafraya et de milliers d'autres de localités rebelles dans la province de Damas.

"Il va y avoir beaucoup d'évacuations, ce sont des accords complexes auxquels l'ONU n'a pas été conviée", a affirmé jeudi Jan Egeland, qui dirige à l'ONU le groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie.

Ces accords "découlent d'une logique militaire, pas d'une logique humanitaire", a-t-il déploré.

Déclenché en mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, le conflit en Syrie a fait plus de 320.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés, et s'est complexifié avec l'implication d'acteurs internationaux et de groupes jihadistes.

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