Tunisie: l'attentat du Bardo, menace pour la démocratie naissante ?

Publié le à Tunis (AFP)

L'attentat sanglant mercredi contre des touristes au musée du Bardo a consterné les Tunisiens et révélé les failles dans le système sécuritaire de la Tunisie postrévolutionnaire, présentée comme un modèle démocratique. Y-a-t-il dans ce contexte un risque de retour vers l'autoritarisme?

- Le modèle de transition démocratique est-il menacé?

Le président Béji Caïd Essebsi, 88 ans, a répondu à la question jeudi soir par un non retentissant, estimant que "le processus de mise en place du système démocratique est déjà bien en place, bien ancré... Qu'il n'y aura jamais de mouvement retour".

Le gouvernement de coalition actuel réunissant le parti anti-islamiste de Nidaa Tounès et les islamistes d'Ennahda a tenu le choc. Ces alliés de circonstance semblent sur la même ligne bien qu'Ennahda ait été systématiquement accusé d'avoir fait preuve de laxisme vis-à-vis de la mouvance salafiste quant il était au pouvoir depuis la révolution de 2011 et jusqu'en 2014.

D'ailleurs, pour Michaël Béchir Ayari, de l'International Crisis Group (ICG) à Tunis, dans l'immédiat "la transition politique tunisienne reste un espoir" car justement "le compromis entre islamistes et anti-islamistes n'a pas cédé".

- Peut-on concilier sécurité et démocratie?

Un consensus semble exister sur le fait que les autorités doivent sécuriser le pays sans être tentées à moyen terme de revenir sur les acquis démocratiques.

Mais la classe politique a été vivement critiquée pour avoir, à force de disputes politiciennes, repoussé et retardé l'adoption d'une nouvelle stratégie de lutte contre la mouvance jihadiste passant notamment par l'adoption d'une loi antiterroriste.

Dès lors, "durant les semaines à venir, le principal défi pour l'élite politique sera d'éviter la tentation d'un retour à la gouvernance autoritaire qui par le passé a démontré qu'elle n'était pas en mesure de garantir la stabilité à long terme", relève M. Ayari sur le site de ICG.

"En même temps la Tunisie va devoir renforcer la légitimité et l'efficacité de la justice et des forces de sécurité si l'Etat veut répondre aux défis économiques et sociaux", écrit-il.

Mais au final, ce débat, jamais tranché, a été le même aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001 et en France après celui contre Charlie Hebdo en janvier.

Critiqué pour ne pas avoir arrêté de manière préventive les auteurs de l'attaque du Bardo revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique, alors qu'ils étaient connus des services de police, le ministère de l'Intérieur a aussi répondu en mettant en avant les principes de l'Etat de droit.

Les deux hommes, tués durant l'attaque, faisaient partie "de ce qu'on appelle les cellules dormantes, formées d'éléments présents dans les villes, connus (...), dont nous savons qu'ils peuvent mener des opérations mais il faut rassembler les indices pour pouvoir mener une arrestation", a fait valoir Rafik Chelly, le secrétaire d'Etat tunisien chargé des affaires sécuritaires.

- Ennahda, une menace ou une chance ?

Ennahda se démarque de plusieurs partis islamistes arabes. Le mouvement a en effet renoncé à considérer la loi islamique comme source de droit et loue le modèle démocratique comme étant le régime le plus adapté pour la Tunisie.

Après des hésitations et des tentations autoritaires en 2012 et 2013 et après avoir entretenu des liens troubles avec la mouvance salafiste, Ennahda a fini, face à la montée de la menace jihadiste, par épouser l'idée d'une république libérale et sécularisée et par adouber ces principes dans la Constitution adoptée en 2014.

Tout de suite après l'attaque du Bardo, Ennahda a "affirmé que ce crime ne brisera pas la volonté de notre peuple, ne nuira pas à notre révolution et notre démocratie, et les (Tunisiens) qui ont triomphé de la dictature vont vaincre le terrorisme".

Le mouvement, sévèrement réprimé sous les régimes de Habib Bourguiba et Zine El Abidine Ben Ali, n'a d'ailleurs organisé ni réclamé de purge de ses adversaires d'hier.

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