Ukraine: des réformes ou un putsch, préviennent les soldats volontaires

Publié le à Dnipropetrovsk (Ukraine) (AFP)

Vitali Fechtchenko, l'un des milliers de soldats ukrainiens qui combat les séparatistes prorusses dans l'Est, lance un avertissement aux autorités pro-occidentales à Kiev: ses hommes aguerris viendront les renverser si le vieux système corrompu ne change pas en profondeur.

Neuf mois après la chute du régime prorusse de Viktor Ianoukovitch renversé après plusieurs mois de contestation réprimée dans le sang, les jeunes révolutionnaires se méfient des promesses du président pro-occidental Petro Porochenko et de députés tout juste élus de transformer cette ex-république soviétique corrompue en un pays européen.

"Il n'y aura pas de troisième Maïdan", explique Vitali, un combattant barbu en référence à la contestation de l'hiver dernier, dix ans après la Révolution orange pro-occidentale.

"Ce sera un coup militaire", met-il en garde les autorités déjà confrontées à une crise économique aggravée par le conflit meurtrier dans l'Est, après la perte humiliante sans combat de la Crimée annexée en mars à la Russie.

- 'Les bataillons ont fait leur boulot' -

"Nous leur donnons six mois pour changer le pays", renchérit Iouri Bereza, commandant du bataillon Dnipro-1 dans un entretien à l'AFP.

Lorsque les forces russes ont occupé la Crimée, l'Ukraine, un pays de 45 millions d'habitants, qui pleurait encore ses morts tués dans le centre de Kiev n'avait pas d'armée digne de ce nom, quelque 6.000 hommes prêts aux combats, selon l'aveu du ministre de la Défense de l'époque.

Quand éclate la rébellion prorusse dans l'Est commencent à surgir ces bataillons de volontaires qui affrontent les insurgés aux côtés de l'armée, souvent de façon plus efficace.

"L'armée régulière avait des armes, mais pas le moral" et les volontaires "un fort esprit de combat et au début, pas d'équipements", explique l'analyste militaire Serguiï Zgourets.

"Les bataillons ont fait leur boulot", estime Bereza, commandant de Dnipro-1. "Ils ont freiné l?agression et empêché une Crimée-bis."

- Fusils et argent -

L'état-major de Dnipro est situé au rez-de-chaussée de l'administration régionale de Dnipropetrovsk, région industrielle de l'Est voisine de celle de Donetsk rebelle.

Le bureau du gouverneur Igor Kolomoïski, un milliardaire haut en couleur nommé en mars pour mater les pulsions séparatistes se trouve à l'étage qui les finance.

Tout a ici l'air d'une entreprise militaire prospère, des jeunes armés de kalachnikov et plusieurs femmes bien habillées derrière leurs laptops dans la réception de Bereza.

A l'intérieur, des cartes, des photos satellites et une de Vladimir Poutine présenté comme un petit-fils d'Hitler. Sur le bureau de Bereza trois téléphones mobiles, un ordinateur, un drapeau ukrainien et une icône de la Vierge Marie.

L'interview s'interrompt à plusieurs reprises, le commandant répondant au téléphone ou signant des papiers pour l'acquisition de nouveaux équipements militaires.

Lorsqu'une jeune femme se plaint des difficultés d'organiser un concert pour collecter des fonds pour Dnipro-1, Bereza appelle le directeur du théâtre, hurle pendant une minute avant de demander doucement: "Il y a un problème ? Je ne pense pas."

Selon le ministère de l'Intérieur qui supervise les paramilitaires, il existe 34 groupes de ce type et l'expert Serguiï Zgourets estime que le nombre de troupes prêtes aux combats est passé maintenant à 50.000 hommes.

Les membres de Dnipro-1 ont participé à plusieurs grandes batailles du conflit de près de sept mois qui a fait plus de 3.700 morts y compris à celle autour de l'aéroport de Donetsk.

"Ce n'est plus facile pour la Russie", estime Bereza dont le bataillon compte 700 hommes "officiellement" et 7.000 en réalité.

- Controverses -

Mais les penchants ultranationalistes de certains de ces groupes ainsi que les accusations de meurtres de civils jettent un ombre sur leur action.

Le plus controversé est celui d'Azov qui a défendu le port de Marioupol, dernière grande ville de l'Est sous contrôle ukrainien, qui utilise les insignes nazis et dont le commandant Andriï Biletski vient d'être élu député.

Pravy Sektor, mouvement ultranationaliste paramilitaire qui s'est illustré sur le Maïdan à Kiev a aussi un bataillon que le gouvernement refuse d'enregistrer. Son chef Dmytro Iaroch, bête noire de la Russie où il est recherché pour "terrorisme", a également été élu député dans la région de Dnipropetrovsk d'où il est originaire.

"Nationalistes ne veut pas dire nazis. Nous sommes des gens normaux, peut-être un peu plus radicaux", se défend Dacha Sloutskovska, une combattante de 29 ans de Pravy Sektor.

Ils détestent tous Vladimir Poutine, mais presque autant les fonctionnaires ukrainiens corrompus tenus responsables d'échecs sanglants comme celui de la bataille d'Ilovaïsk en août où plus de 100 soldats ukrainiens ont été tués.

"Les gens qui sont au front ne vont pas accepter cela", reconnaît Sviatoslav Oliïnyk, adjoint au gouverneur de Dnipropetrovsk.

"Nous irons à Kiev avec des armes. Nous ferons un coup", lance Dacha Sloutskovska.

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