Venezuela : la stratégie de l'épuisement

Publié le à Caracas (AFP)

La stratégie de l'opposition au Venezuela de multiplier les manifestations et d'attirer l'attention de la communauté internationale, s'inscrit dans un bras de fer avec le gouvernement du président Nicolas Maduro, chaque camp misant sur l'épuisement de l'autre.

La vague de protestations, démarrée le 1er avril, a été entachée de violents affrontements entre forces de l'ordre et manifestants. En trois semaines, 20 personnes ont été tuées, selon les autorités, dont 11 rien que dans la nuit de jeudi à vendredi. Plus de 600 ont été arrêtées, selon l'ONG Foro Penal.

En mobilisant des milliers de personnes dans les rues, l'opposition veut obtenir des élections générales anticipées, la liberté de ceux qu'elle considère comme des prisonniers politiques et le respect de l'autonomie du Parlement, unique institution qu'elle contrôle depuis fin 2015.

Fort de sa victoire aux élections législatives, l'opposition libérale a engagé un bras de fer avec Nicolas Maduro, les deux parties s'accusant mutuellement de "coup d'Etat".

Mais le politologue Luis Salamanca juge difficile que ces mobilisations puissent précipiter le changement de gouvernement cette année. Selon lui, la stratégie de l'opposition est donc d'"épuiser son adversaire" jusqu'à la "date limite" : l'élection présidentielle de décembre 2018.

- 'Course de fond' -

"C'est une course de fond" qui "joue sur la capacité de résistance de la population et la capacité de répression du gouvernement", estime M. Salamanca.

Dans ce pays pétrolier qui a sombré économiquement avec la chute des cours du brut, la majorité des aliments et médicaments manquent. Le mouvement de colère populaire devrait donc se poursuivre, malgré la répression, prédit le sociologue Francisco Coello.

"Le pays n'a plus un seul os en bonne santé. Les gens vont continuer à manifester", explique-t-il à l'AFP.

"Si le gouvernement ne cède pas, combien de temps peut-il maintenir cette répression?", s'interroge-t-il. "Même si les manifestations se réduisent, il restera encore un pays sans pain, sans médicaments, où les hôpitaux sont dans un véritable état d'effondrement. Les protestations reprendront".

- 'Fissures' -

Et si les manifestations continuent, avec toujours plus de violences et de victimes, les soutiens politiques et militaires du gouvernement pourraient montrer des signes de "fissures", selon M. Salamanca.

"Entre 1946 et 2008, sur 205 cas de chutes de gouvernements autoritaires, 68% étaient dues à des fissures dans la structure du pouvoir : un coup d'Etat, une démission, une fuite", souligne le politologue.

Pour l'heure, Nicolas Maduro a reçu encore lundi le soutien "inconditionnel" de l'armée, par la voix de son ministre de la Défense Vladimir Padrino.

Le gouvernement "garde beaucoup de force, il est soutenu par les militaires, les institutions de l'Etat qu'il contrôle et les groupes paramilitaires qui visent les civils", observe la politologue Francine Jacome.

Mais cette unité affichée s'est trouvée fragilisée mardi soir quand le chef de l'Etat a annoncé l'arrestation des "meneurs" d'un supposé "complot militaire" à son encontre, fomenté selon lui par des membres actifs ou retraités de l'armée.

- Pression internationale -

Si, jusqu'à présent, l'opposition n'a pas atteint son objectif principal - des élections anticipées -, elle a toutefois retrouvé une image d'unité, un soutien populaire et des alliés à l'étranger.

"Elle envoie le message qu'elle est en train de lutter (...), de garder l'esprit (de combat), elle fait de de psychologie politique pour motiver ses partisans en allant elle-même au charbon", juge Luis Salamanca.

Lors des marches, on voit régulièrement les principaux dirigeants de l'opposition, comme l'ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles, souffrant avec la foule des effets des gaz lacrymogènes.

"Cette pression de la rue et la répression rendent plus visible ce qui se passe au Venezuela et l'opposition a réuni un précieux soutien international qui fait pression sur le gouvernement pour des élections", explique Francine Jacome.

Dans ce contexte, Maduro "sera soumis à une dynamique de pression permanente des mobilisations de masse et du monde international aussi", prévoit M. Salamanca.

Onze pays latino-américains et les Etats-Unis ont plaidé pour le respect du droit à manifester de manière pacifique et pour des élections permettant de sortir de la crise. Jeudi, l'Union européenne a condamné la violence.

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