Visite historique d'Erdogan en Grèce pour tenter d'améliorer les relations

Publié le à Istanbul (AFP)

Le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan entame jeudi un déplacement historique en Grèce pour accélérer le réchauffement entre les deux pays voisins dont les relations continuent d'être malmenées par de profonds différends.

Lors de cette visite de deux jours, la première d'un chef de l'Etat turc depuis 1952, M. Erdogan sera reçu à Athènes par son homologue grec Prokopis Pavlopoulos et le Premier ministre Alexis Tsipras, puis se rendra auprès de la minorité musulmane de Thrace.

Ce déplacement sera scruté par les dirigeants de l'Union européenne qui comptent sur la coopération d'Ankara pour continuer d'empêcher le passage de migrants et réfugiés vers les îles égéennes, alors que les relations entre Ankara et l'Occident sont fortement tendues.

La Turquie et la Grèce, qui ont ensemble rejoint l'Otan en 1952, sont deux acteurs incontournables dans plusieurs dossiers régionaux importants, comme la crise migratoire, mais aussi les pourparlers interchypriotes.

"Nous espérons que ce déplacement permettra de développer et renforcer les relations", a déclaré mercredi le porte-parole de M. Erdogan, Ibrahim Kalin. "Nous avons des relations aux racines profondes avec la Grèce", a-t-il ajouté.

Après plusieurs décennies de rapports houleux qui ont même failli dégénérer en affrontement en 1996, les deux pays ont entamé un dégel initié en 1999 par l'aide d'Athènes à la Turquie après un séisme ayant dévasté Istanbul.

M. Erdogan s'est rendu en Grèce à deux reprises lorsqu'il était Premier ministre, en 2004 et 2010. Mais cette troisième visite aura une valeur autrement symbolique, car aucun chef de l'Etat turc ne s'est rendu dans ce pays depuis Celal Bayar il y a près de 65 ans.

"Le déplacement d'Erdogan peut être vu comme la poursuite du long processus de +rapprochement+ qui a commencé en 1999", souligne Dimitrios Triantaphyllou, directeur du Centre d'études internationales et européennes à l'Université Kadir Has à Istanbul.

- 'Différends anciens' -

Mais si les relations sont aujourd'hui relativement cordiales grâce à l'approche pragmatique d'Athènes et d'Ankara, plusieurs dossiers anciens, pour certains hérités de la création de la République turque en 1923, continuent d'empoisonner leurs rapports.

C'est notamment le cas de désaccords tenaces liés au sort du patrimoine byzantin en Turquie, à la situation de la minorité musulmane dans le nord de la Grèce ou encore au découpage territorial en mer Egée.

M. Erdogan a plusieurs fois critiqué le rattachement d'îles égéennes à la Grèce aux termes du Traité de Lausanne, signé en 1923, des déclarations qui ont troublé les autorités grecques.

Par ailleurs, la Turquie réclame l'extradition de huit militaires ayant trouvé refuge en Grèce après le putsch manqué contre M. Erdogan le 15 juillet 2016. La demande a été rejetée par la justice grecque en janvier, suscitant l'ire d'Ankara.

Depuis le putsch avorté, des centaines de personnes ont demandé l'asile en Grèce, et la police turque intercepte régulièrement des personnes qui tentent de passer la frontière.

Visiblement soucieux de déminer le terrain, M. Tsipras a déclaré que "les putschistes ne seront jamais les bienvenus en Grèce", dans un entretien avec l'agence de presse étatique turque Anadolu publié mercredi.

Autre sujet délicat: les pourparlers visant à réunifier Chypre, coupée en deux depuis l'invasion en 1974 de la partie nord de l'île par l'armée turque en réaction à un putsch visant à rattacher le pays à la Grèce. De nouvelles négociations ont échoué cette année.

Si la coopération économique et touristique entre les deux pays s'est développée au cours des deux dernières décennies, les relations "buttent toujours sur des différends anciens", résume Jean Marcou, chercheur associé à l'Institut français d'études anatoliennes.

Or, les relations entre Ankara et Athènes représentent un enjeu régional majeur, les deux pays étant notamment en première ligne de la crise migratoire qu'affronte l'Europe.

Leur coopération, dans le cadre d'un pacte conclu en mars 2016 entre l'UE et Ankara, a permis de réduire considérablement le flux migratoire vers l'Europe.

Fin novembre, les autorités grecques ont arrêté neuf personnes soupçonnées d'appartenir à un groupe d'extrême gauche, le DHKP-C, classé organisation "terroriste" en Turquie. Plusieurs observateurs y ont vu un geste de bonne volonté de la part d'Athènes avant l'arrivée de M. Erdogan.

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