Airbus et Boeing à couteaux tirés

Dominique Simonet Publié le - Mis à jour le

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Alors que le salon aéronautique de Farnborough ouvre ses portes aujourd’hui, pour une semaine, le climat entre les deux grands constructeurs concurrents n’a jamais été aussi détestable. Farnborough a lieu tous les deux ans près de Londres, en alternance avec Le Bourget au nord de Paris. L’on considère généralement que ce dernier est le fief d’Airbus, qui y engrange le plus de commandes et concentre même ses effets d’annonces durant cette période, tandis que le rendez-vous britannique est souvent celui de Boeing.

Cela risque de l’être d’autant plus, cette année. Il y a deux ans, les contrats annoncés étaient à peu près équivalents, 130 commandes fermes pour Airbus contre 103 pour Boeing. Au dernier Bourget, c’était tout autre chose puisque l’avionneur européen mettait littéralement son adversaire américain au tapis - un comble en aéronautique -, annonçant pas moins de 598 commandes contre 47 pour Boeing.

En ce temps-là, Airbus tirait pleinement parti du lancement, quelques mois plus tôt, de la famille A320 remotorisée, prometteuse de consommations moindres en carburant. L’A320 NEO, pour New Engine Offer, rencontrait un succès fou, notamment auprès des compagnies à bas coût, très friandes de ces appareils moyen-courriers de 150 places environ. A ce petit jeu, Boeing payait ses atermoiements, hésitant (trop ?) longtemps entre proposer un tout nouvel avion - mais il y a les coûts, les risques, les retards du B787 - ou suivre les traces d’Airbus.

Le très vif succès de la proposition européenne - 1 425 commandes à ce jour - a incité le constructeur américain à faire de même. La réussite est là : parti sept mois derrière l’A320 NEO, le B-737 MAX, c’est son nom, enregistre déjà 451 commandes. Et compte bien profiter du salon qui s’ouvre aujourd’hui pour marquer le coup, Boeing prenant sa revanche sur Le Bourget 2011.

Tout cela se passe sur fond de polémiques, les deux concurrents s’échangeant des noms d’oiseau - l’on reste bien dans l’aéronautique - depuis qu’Airbus a eu le culot d’annoncer la construction d’un nouveau site d’assemblage aux Etats-Unis. Sur les terres de Boeing, même si entre Mobile, Alabama, au sud-est, et Seattle, Washington, au nord-ouest, il y a quelques nautiques Joli coup d’audace pour le consortium européen, qui compte produire là, à partir de 2016, des A320 NEO pour les marchés américains, du nord au sud. En assemblant des appareils en dollars, l’avionneur va contrebalancer les fluctuations et surtout la cherté de l’euro, qui minent sa rentabilité et sa compétitivité.

Dès avant cette annonce, il y a une semaine, Boeing s’en prenait à son concurrent, disant notamment, par la bouche de son directeur marketing, Randy Tinseth : "Le marché américain, c’est un produit, des hommes, des clients. Ce n’est pas l’adresse sur votre carte de visite qui compte." Et ainsi de suite. Et la polémique de resurgir autour du respect des règles de l’OMC, auprès de laquelle des plaintes de la part des deux concurrents courent toujours. Là, c’est Airbus qui qualifie le B-787 DreamLiner de "Subsidyliner", soit d’avion de ligne de subsides

Ce n’est peut-être pas très beau de s’étriper ainsi, mais ce dont les deux adversaires devraient se méfier le plus, c’est de la nouvelle concurrence venant de Chine (Comac), du Brésil (Embraer), du Canada (Bombardier) et, dans une moindre mesure pour l’instant, de Russie. Il faudra notamment être attentif à l’attrait des C Series de Bombardier qui, de 100 à 145 places, viennent titiller Boeing et Airbus par le bas de leurs gammes. Dimanche soir, le constructeur canadien a annonçé quinze nouvelles commandes, qui viennent s’ajouter aux 138 actuelles.

A part cela, Farnborough est une immense fête de l’aéronautique, avec quatre heures de démonstrations en vol par jour. L’on sait déjà que l’Airbus A400M, qui a troqué son sympathique surnom de "Grizzly" pour s’appeler désormais Atlas, fait défection, problèmes moteurs (récurrents). Contrairement à ses habitudes, Boeing fera voler son 787, preuve qu’il veut mettre le paquet, cet été, en Angleterre.

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