Albert Frère dans le coup pour un investissement belge avec Arnault?

Ariane van Caloen Publié le - Mis à jour le

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Quand il va faire un investissement, le groupe Frère, dont la pierre angulaire est la société cotée GBL, n’a pas dans ses habitudes de vendre la mèche. Ou alors, quand l’accord est signé et bien signé. Inutile de dire que dans le cas de l’"investissement sensible" évoqué par Bernard Arnault, c’est la bouteille à encre.

Il faut donc imaginer ce qu’Albert Frère, âgé de 86 ans mais encore CEO de GBL, pourrait vouloir faire comme business avec son ami Bernard Arnault. De la mode, de l’énergie, du luxe, de la banque ? Les paris vont bon train.

Les deux hommes se connaissent depuis longtemps et s’apprécient en plus de se croiser dans les conseils d’administration. Au début des années 90, le Français demande à son ami belge (un de ses rares amis, a-t-on pu lire dans une biographie sur lui) de siéger au conseil du groupe de luxe LVMH (Louis Vuitton, etc) qu’il dirige et contrôle. En retour, il est nommé administrateur chez Frère-Bourgeois, la société faîtière de la galaxie Frère. Depuis 2010, Ségolène Frère (la fille d’Albert Frère qui a épousé le Français Ian Gallienne) entre au conseil d’administration de Christian Dior, la maison-mère de LVMH.

C’est en 1998 qu’Albert Frère et Bernard Arnault acquièrent ensemble l’une des plus prestigieuses propriétés de Saint-Émilion, pour environ 150 millions d’euros. Il s’agit du fameux Château Cheval-Blanc. Dix ans plus tard, Arnault et Frère s’offrent Château Quinault, situé à Libourne en AOC Saint-Émilion, et Château La Tour du Pin.

Certains de ces achats se sont faits au travers du holding familial du groupe Arnault. Y en aura-t-il d’autres centrés sur la Belgique ? Dans le luxe, cela paraît peu évident. Il n’y a pas de grandes marques belges et Delvaux -une très petite société à l’échelle de Bernard Arnault- est aujourd’hui dans les mains des Chinois.

En revanche, des rumeurs ont prétendu, il y a quelques années déjà, qu’Albert Frère avait un oeil sur Hermès. Depuis, on sait que Bernard Arnault a pris une participation jugée hostile par l’actionnariat familial du groupe. Faut-il y voir une piste ? Pas évident. Arnault s’est aussi lancé dans la distribution en entrant dans le capital de Carrefour. Mais, là il n’y a vraiment aucun lien avec Albert Frère. Ce qui nous amène au groupe GBL.

A l’heure actuelle, le holding basé à Bruxelles est plutôt en phase de désinvestissement donnant l’impression qu’Albert Frère veut mettre de l’ordre avant de laisser définitivement la place à son fils Gérald Frère, président, et à son gendre Ian Gallienne.

Il a ainsi cédé sa participation dans la société chimique Arkema et réduit sa part dans le groupe de boissons Pernod Ricard. Il lui reste essentiellement trois participations dans des sociétés françaises : Total (qui avait racheté la société pétrolière belge Petrofina), GDF Suez (maison-mère d’Electrabel) ou le cimentier Lafarge. Les participations dans Total et GDF Suez ne lui donnent toutefois pas entière satisfaction. En mars dernier, Paul Desmarais Jr, le partenaire canadien du groupe Frère, lâche quelques phrases dans une interview, qui montrent un réel sentiment de frustration du côté du holding belge. "A-t-on vocation à rester dans des groupes de telle taille ou plutôt aller vers des positions où nous pouvons avoir une influence significative ? Il est sûr qu’à terme - je ne sais pas combien d’années - je serais plutôt favorable à des propositions de type Imerys (NdlR: activité dans les minéraux) où nous avons maintenant 57 % du capital et où GBL exerce un contrôle plus définitif", avait-il expliqué.

Cela fait déjà quelque temps qu’il se murmure que Frère n’est pas heureux avec sa participation dans GDF Suez. Depuis la fusion entre Gaz de France et Suez, les tuiles s’accumulent (blocage du prix du gaz en France, taxe nucléaire, etc). Les récentes menaces de fermeture des réacteurs nucléaires Doel 3 et Tihange 2 n’ont pas dû arranger les choses C’est une "vache à lait" qui risque de disparaître. Mais en même temps, il ne va pas vendre ses GDF Suez alors que le cours a fortement souffert.

Avec ça, on n’a toujours pas dit ce que Frère pourrait négocier avec Bernard Arnault. D’aucuns se demandent si ce dernier ne pourrait pas entrer en amont du capital du groupe Frère, sachant que la sortie de BNP Paribas -actionnaire dans la société faîtière- est programmée à l’horizon 2028. Une hypothèse qui laisse perplexe nombre d’analystes. Quel serait l’intérêt d’Arnault d’entrer dans un groupe qui s’assimile à une sicav ? Et surtout, il n’a pas besoin de la nationalité belge pour cela. A moins que les deux amis aient en tête un méga projet ? En attendant, GBL continue à racheter ses propres titres.

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