Apple va-t-il croquer Samsung ?

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On l’annonce comme le plus grand procès jamais organisé aux Etats-Unis en matière de propriété intellectuelle. Les deux leaders mondiaux des téléphones multifonctions, Apple et Samsung, s’affrontent depuis hier soir devant un tribunal fédéral de San José (Californie). Apple "joue" à domicile, puisque les audiences se déroulent à quelques kilomètres seulement de son siège social. L’enjeu est colossal pour les deux géants de la haute technologie : Samsung pourrait se voir interdire de commercialiser sa gamme "smartphones" Galaxy et ses tablettes informatiques aux Etats-Unis, tandis qu’Apple mettra à l’épreuve ses brevets.

Le groupe américain réclame plus de 2,5 milliards de dollars, accusant son concurrent sud-coréen de copier ses designs et d’autres inventions technologiques. De son côté, Samsung accuse Apple de violer certains de ses propres brevets. Le procès a pour but de démêler ces accusations croisées. Il pourrait y avoir un impact économique : Apple et Samsung représentent à eux deux plus de la moitié des ventes mondiales de smartphones. Mais si le groupe américain a été pionnier de ce segment, le sud-coréen est aujourd’hui le numéro un.

Depuis plusieurs mois, les deux groupes portent plainte l’un contre l’autre à travers le monde, s’accusant mutuellement de se copier et de violer des brevets. Les tribunaux ont livré des décisions contrastées. En juin dernier, le géant américain a été condamné aux Pays-Bas à indemniser son concurrent sud-coréen, d’un montant qui n’a pas été déterminé, pour violation d’un brevet protégeant ses smartphones et tablettes. Ce conflit juridique est suivi de près par d’autres grands noms du secteur : des entreprises comme Microsoft, IBM, Nokia et Research In Motion, le concepteur du BlackBerry, ont engagé des procédures dans le but d’empêcher que soit dévoilé, lors du procès de San José, le contenu de certains de leurs propres accords de licence de propriété intellectuelle.

Aux Etats-Unis, Samsung est sur la défensive. Un avocat spécialiste des brevets établi à Washington, souhaitant garder l’anonymat, a estimé qu’Apple pourrait être avantagé par le fait que ce conflit se joue "à domicile" pour le groupe. "On aimerait penser qu’il n’y a pas d’avantage à être chez soi, mais ça pourrait arriver ", a-t-il noté. "Il y a aussi le fait que c’est un groupe américain contre un groupe étranger" .

Selon un autre avocat, c’est le plus grand procès sur un dossier de brevets depuis la procédure ayant opposé les géants de la photographie d’alors, Kodak et Polaroid, dans les années 1980. Et il pourrait créer un précédent : "J e considère que c’est le premier dossier sur la technologie des téléphones multifonctions , dit-il à l’AFP. Reste à savoir quel sera l’impact, même si Apple gagne. En général, c’est assez facile de concevoir (des appareils) en contournant quelques brevets. Donc, si Samsung perd une ou plusieurs manches, il pourrait rester en mesure de faire des téléphones."

Mais les risques restent élevés pour Samsung, qui pourrait se voir interdire définitivement de vendre certains de ses appareils, y compris le modèle phare actuel, le Galaxy S III. Samsung pourrait ainsi voir jusqu’à 20 % de ses bénéfices consolidés globaux menacés s’il perd, explique Nick Rodelli, avocat et conseil d’investisseurs institutionnels pour CFRA Research. "Samsung est une grande entreprise avec des activités partout dans le monde mais, au final, ce sera bien un dossier déterminant pour eux" , souligne-t-il.

Apple utilisera des documents de Samsung pour tenter de démontrer que ce dernier a sciemment violé ses droits de propriété intellectuelle. De son côté, Samsung affirme qu’Apple tente de brider ses concurrents pour conforter ses profits "exorbitants ". Si le groupe américain n’obtient pas gain de cause, il risque non seulement de devoir indemniser le sud-coréen mais aussi de se retrouver confronté à une concurrence plus sérieuse que jamais. "Apple fait tout pour ralentir Samsung" , explique Michael Yoshikami, directeur général de Destination Wealth Management, soulignant que "le Galaxy S III est un produit supérieur à l’iPhone 4S. Apple essaiera de gagner du temps jusqu’au lancement de l’iPhone 5 ", attendu en octobre, ajoute-t-il.

Le jury de dix personnes devrait délibérer à l’issue d’au moins quatre semaines d’audiences et une décision unanime est indispensable pour trancher en faveur de l’un ou l’autre des plaignants. Les patrons d’Apple et Samsung, Tim Cook et Choi Gee-Sung, avaient récemment tenté de mettre fin à leurs différends, mais sans résultat.

Actuellement, Samsung a une part de marché de 32,6 % pour les téléphones multifonctions, avec 50,2 millions d’appareils livrés au deuxième trimestre. Apple est deuxième avec 16,9 % de ce marché et 26 millions d’appareils vendus.

R.Me. (avec AFP et Reuters)

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