Arcelor: le gouvernement wallon est tétanisé

Publié le - Mis à jour le

Vidéo
Actualité

Les principaux ministres du gouvernement wallon ont donc entendu hier le rapport du consultant mandaté pour analyser la viabilité financière du plan élaboré par les syndicats en vue d’assurer la pérennité de la sidérurgie liégeoise. Tout cela avec la nouvelle épée de Damoclès que le groupe ArcelorMittal suspend au-dessus des têtes wallonnes : la suppression du plan d’investissement de 138 millions dans la phase à froid liégeoise. En effet, le géant mondial de l’acier en a assez de ne pas voir aboutir les négociations sociales consécutives à l’annonce de la fermeture de la phase à chaud, il y a près d’un an déjà. Vu cette menace très sérieuse qui plane sur la phase à froid, le business plan rédigé par un ancien collaborateur du bureau McKinsey (et non par PWC comme indiqué par erreur hier) tombait à pic

Selon nos informations, le consultant a présenté aux ministres différents scénarios pour l’avenir de l’acier liégeois. Il semble, selon cette étude, que les montants nécessaires à la création d’un petit producteur indépendant dans le bassin, avec un haut-fourneau en activité, s’élèvent à un peu plus d’un milliard d’euros environ sur 5 ans.

C’est colossal. Qui va payer combien ? Excellente question La Région n’a pas le premier euro pour financer ce plan. Il faudrait donc un partenaire privé qui, en plus d’un portefeuille bien garni, disposerait du savoir-faire sidérurgique. Mais l’hypothèse qu’un repreneur se présente est improbable. Et faudrait-il encore qu’ArcelorMittal accepte de vendre, ce qui n’est pas (du tout) à l’ordre du jour Bref, les questions sur la faisabilité de la proposition alternative des syndicats sont nombreuses et, pour être un peu réaliste, insolubles ("La Libre" d’hier). On a l’impression que le gouvernement wallon veut surtout faire bonne figure et gagner du temps.

En effet, même si le ministre de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), voudra clairement tout tenter pour sauver les milliers d’emplois qui dépendent directement et indirectement d’ArcelorMittal en région liégeoise, le pouvoir politique espère surtout que le groupe mondial renonce finalement à désinvestir et conserve la phase à froid.

Ce jeudi, les syndicats et la direction liégeoise se reverront pour tenter de débloquer la négociation sociale. Par ailleurs, l’exécutif régional espère rencontrer dans les prochains jours la direction du groupe ArcelorMittal. Un rendez-vous doit encore être fixé.

Et pour le "chaud", alors ? Les ministres wallons paraissent tétanisés : difficile d’aller dire clairement aux milliers de travailleurs, juste avant les élections communales, que la Région n’aura pas les moyens, qu’ArcelorMittal ne voudra de toute façon pas vendre, qu’une réquisition de l’outil serait illégale, qu’aucun opérateur privé ne voudra mettre le moindre petit doigt dans une relance de haut-fourneau dans la conjoncture actuelle, etc. La phase à chaud à Liège semble bien condamnée, quoi qu’il arrive et malgré les différents scénarios imaginés par le consultant.

Jean-Claude Marcourt semble loin encore d’en convenir ouvertement. Comme cinq députés liégeois l’interrogeaient hier au Parlement wallon, à sa séance de rentrée, morose pour l’occasion, le ministre se bornait à assurer que les hypothèses syndicales étaient "examinées attentivement", qu’elles n’étaient "pas simples juridiquement" et que "le marché n’est pas bon".

Pour le reste, guère d’infos officielles à se mettre sous la dent. Qu’elles soient refoulées, que ce soit trop tôt ou qu’elles soient inexistantes à la mesure des marges de manœuvre des autorités régionales. Le ministre PS de l’Economie a voulu saluer "la lucidité et le sang-froid" des syndicats. Puis dénoncé la singularité des négociations dans le cadre de la procédure Renault : ArcelorMittal est d’abord resté "dans une sorte de léthargie", avant de vouloir accélérer le mouvement en "complexifiant les choses" et faisant pression sur les syndicats - "diktat" à la clé. Bref, "il faut que la procédure Renault reprenne son cours; le chantage n’est pas une manière de faire. Il faut aussi qu’ArcelorMittal dise clairement ses réelles intentions pour le reste."

Or, tandis que le gouvernement wallon attend le groupe sidérurgiste sur le froid, les syndicats attendent le premier sur le chaud. Hier, toujours au Parlement wallon, le tract d’une délégation CNE demandait aux ministres wallons de prendre "une position ferme, définitive et sans équivoque", qui trancherait avec leur "politique attentiste pratiquée jusqu’à présent".

Enfin, au MR surtout mais pas seulement, on aura épinglé des velléités de vouloir impliquer davantage le niveau fédéral, que ce soit pour des raisons de fond (alerter l’Europe ? l’OCDE ?) ou plus politiques. "Elio Di Rupo est extrêmement attentif au dossier", a éludé Jean-Claude Marcourt. "Le gouvernement fédéral prend ses responsabilités", assurait en écho le Premier ministre.

Pourtant, il se disait, dans les coulisses du Parlement wallon, qu’un Premier Verhofstadt ou Leterme aurait déjà autrement réagi à un chantage similaire exercé sur la gantoise Sidmar

F.C. et P.P.

Publicité clickBoxBanner