ArcelorMittal durcit le ton et menace le “froid”

Bruno Boutsen Publié le - Mis à jour le

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Le moins que l’on puisse écrire est que l’annonce faite hier par la direction liégeoise du groupe sidérurgique ArcelorMittal de retirer son plan industriel – et son plan d’investissements de 138 millions d’euros – relatif au “froid”, lequel concerne 2 000 emplois, a fait l’effet d’une nouvelle bombe sociale. A l’heure précisément où les négociations dans le cadre de la phase 2 de la procédure Renault, consécutives à l’arrêt de la phase à chaud décidée l’an dernier, étaient en cours et devaient se clôturer le 31 octobre.

Malgré tous les efforts développés jusqu’à ce dimanche soir, un accord unanime n’a pas été trouvé sur la finalisation de la procédure Renault pour fin octobre ”, a précisé la direction d’ArcelorMittal-Liège via communiqué. D’où la décision qui fut prise et que le CEO Bernard Dehut justifie comme suit : “ Nous avons essayé sans succès, durant presque un an, d’avancer de façon constructive dans nos discussions avec les représentants du personnel durant une des crises les plus sévères de ces dernières années .” Et ce dernier de poursuivre : “ Après presque douze mois de discussions, nous aurions dû progresser de manière significative. Nous ne pouvons continuer comme ça, surtout dans le contexte économique actuel .” A cet égard, la direction a tenu à préciser que le caractère temporaire de l’arrêt de la phase à chaud lui coûte en moyenne plus de 5 millions d’euros par mois.

Du côté des syndicats, dont le plus prompt à réagir fut la CSC, on juge que “ ces menaces sont scandaleuses et inacceptables ”. “ Nous discutions de manière informelle avec la direction depuis jeudi. On nous a demandé de trouver un accord avant de négocier, c’est du jamais vu ! D’autant que les enjeux sont colossaux ”, a jugé David Camerini, président de la délégation CSC chez ArcelorMittal. La FGTB, qui y voit “ le début de la mise en œuvre d’un plan caché au sein du groupe Mittal ”, a quant à elle dénoncé “la décision unilatérale et extrêmement brutale d’une direction arrogante, incompétente et totalement à la botte de Mittal ”.

Toujours est-il que derrière ces réactions d’indignation attendues, se cache une différence d’approche entre les deux “grands” syndicats. En effet, et la FGTB l’a confirmé via communiqué, c’est bien elle qui a refusé de signer le protocole d’accord proposé par la direction d’ArcelorMittal. Tandis que la CSC, elle, avait accepté à contrecœur de le signer… Ce qui a bloqué, essentiellement, ce fut la date butoir fixée pour la fin des discussions sur le plan social ainsi que le volet industriel. Les métallos de la FGTB ajoutent en outre que le texte prévoyait la fin de la procédure Renault en ce compris la possibilité d’introduire des recours collectifs et individuels. “ Nous n’étions d’accord ni sur le fond ni sur la forme , a pour sa part expliqué David Camerini. Mais signer ce document était la moins mauvaise position à adopter, le froid étant extrêmement menacé .” D’où la volonté de la CSC de “ ne pas jouer à la roulette russe l’avenir du bassin liégeois ”.

Enfin, au rayon politique, le ministre wallon de l’Economie Jean-Claude Marcourt (PS) en a appelé la direction, qui “ mêle deux problèmes ”, à faire connaître sa stratégie à long terme. On notera également la réaction du PTB +, pour qui “ le chantage exercé par ArcelorMittal est odieux ”. Pour le porte-parole du parti d’extrême gauche, Raoul Hedebouw, il est temps que la Région wallonne sorte du bois en la matière. Et d’évoquer une fois encore une nationalisation des outils sidérurgiques…

© La Libre Belgique 2012

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