ArcelorMittal: "Le futur pour Mittal n'est pas en Europe"

I.L. Publié le - Mis à jour le

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Didier Van Caillie est professeur de stratégies d’entreprises à HEC Liège. Nous avons soumis le rapport Syndex à ce fin connaisseur de la sidérurgie et du groupe Mittal en particulier afin qu’il l’analyse. Son verdict tombe comme un couperet : "Syndex a bonne réputation mais ce rapport (et ses auteurs l’admettent d’emblée) ne tient pas la route car les éléments d’information manquants sont cruciaux. Ses conclusions doivent donc être prises comme un scénario parmi d’autres".

C’est qu’en effet, le groupe Mittal n’a pas fourni à Syndex les informations relatives aux flux des matières entre les sites, avant et après la restructuration de Liège, et le bureau d’études n’a pas pu rencontrer les commerciaux de la BD Nord. En date de ce mercredi, ces données manquantes n’ont été que partiellement transmises à Syndex qui devrait actualiser son rapport dans le courant de la semaine prochaine.

Pour le professeur Van Caillie, cette rétention d’informations s’explique par une volonté délibérée de manipulation. "Le dialogue est devenu impossible avec les syndicats; un point de non-retour a été atteint. On est dans une configuration de "game playing", un jeu de rôles où les acteurs essaient de se manipuler les uns les autres et peuvent également se livrer à une manipulation des données. L’entreprise Mittal ne va pas bien et la manipulation de données est ici utilisée comme une arme."

Didier Van Caillie évoque un groupe "quasiment incapable d’avoir une vue objective de sa réalité économique". "Il s’est constitué très rapidement par fusions et rachats d’entreprises qui avaient des systèmes comptables très différents que Mittal a conservés. Ce serait d’ailleurs cela sa grosse faiblesse qui empêche le groupe de faire face à la crise. Même s’ils le voulaient, ils seraient incapables de fournir des chiffres plus précis. Les données sont manipulées et elles peuvent alors faire apparaître n’importe quel site comme bon ou mauvais élève."

Indépendamment de ce rapport incomplet, le professeur juge que les syndicats liégeois ont raison de se faire du souci. "Le scénario du groupe est très focalisé sur les coûts, ce qui veut dire que quelque chose se prépare. Mittal considère la BD Nord comme son point faible et souhaite se focaliser sur les lignes du froid produisant des produits à très haute valeur ajoutée. Les autres seraient condamnées. Le scénario de conserver cinq lignes à Liège est un construit de fumée pour éviter trop de remous syndicaux. Le futur pour Mittal n’est pas en Europe, sauf pour le marché de niche. Même la Recherche&Développement européenne est menacée. Quand on sait qu’un chercheur indien coûte de quatre à six fois moins cher qu’un européen "

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