ArcelorMittal: sous-traitants aux abois

Ph. Law. Publié le - Mis à jour le

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L’évolution négative de la situation chez ArcelorMittal ne fait pas l’affaire de ses sous-traitants. Ces derniers sont sous pression depuis quelque temps déjà. "La situation est catastrophique pour ceux qui font de la maintenance d’outils sidérurgiques. Près de la moitié de leur personnel est mise en chômage et les choses risquent de s’aggraver pour eux", nous a confié un responsable d’Agoria-Wallonie. Selon nos informations, les entreprises touchées sont notamment Imeco, Omeca, CMDL, Fabricom, CMI, etc. "Nous réalisons environ 35 pc de notre chiffre d’affaires avec ArcelorMittal et pour l’instant, nous trinquons. Il arrive souvent que nous mettions maintenant près de 75 pc de notre personnel (environ 60 personnes) au chômage", confirme Carlo Azzolini, un des directeurs d’Imeco (Grâce-Hollogne). Le Port autonome de Liège sera aussi touché par les mesures d’ArcelorMittal, mais son directeur Emile-Louis Bertrand nous a confié qu’il n’a pas encore évalué leur ampleur sur l’activité.

Aide publique d’urgence

Les organisations syndicales déplorent la difficile situation des sous-traitants qui travaillent notamment pour ArcelorMittal et invitent les autorités à leur venir en aide. "Ils sont en grande difficulté et il faut absolument que les pouvoirs publics leur viennent en aide. Ils ont bien trouvé de l’argent pour renflouer les banques face à la crise, ils ne peuvent pas abandonner ces derniers à leur sort", dit Francis Gomez, président de la FGTB-Métal Liège-Luxembourg.

Pour l’heure, ArcelorMittal-Liège est focalisé sur la réalisation, plus rapide que prévue, de son plan de restructuration et d’économie baptisé "Speed up". Les précisions apportées la veille à la délégation syndicale sur le programme ("La Libre" du 11/03) ont été développées mercredi aux délégués des différentes divisions du groupe. Et selon nos informations recueillies à différentes sources, l’ambiance était bien tendue hier matin . "La direction a donné l’impression de ne pas vouloir négocier et ce qui est ennuyant, c’est sa volonté d’aller vite dans la réalisation du plan. Personne ne conteste les effets de la crise, mais il est hors de question d’accepter tout blocage de salaires comme ArcelorMittal veut nous l’imposer à Liège ou encore à Charleroi", dénonce Francis Gomez.

La CSC-Métal entend forcer les portes de la négociation et amener le groupe à adoucir un peu ses mesures. Son principal responsable au niveau national tire un bilan négatif de la situation du bassin sidérurgique de Liège (lire interview ci-dessous).

Pour rappel, ArcelorMittal veut réaliser son plan "Speed up" en un an (d’ici fin 2009) au lieu de deux ans comme prévu initialement. Le groupe envisage un blocage des salaires et des promotions financières en raison de ses problèmes de liquidités et va réduire la capacité de production. "Aujourd’hui, sans perdre de temps, il faut aller plus loin pour adapter nos organisations et permettre aux membres de notre personnel prépensionnable de partir en assurant les périodes nécessaires de formation. Cela revient à appliquer une partie du programme Speed up plus vite que prévu. C’est crucial pour Liège", a écrit Francis Degée, patron d’ArcelorMittal-Liège dans un message flash imprimé aux travailleurs. Il dit avoir invité les chefs de département à lui présenter toutes les adaptations d’organisation à réaliser "à très court terme et de les mettre en oeuvre le plus rapidement possible" . D’après lui, la réduction de l’effectif sera "de l’ordre de 1 100 personnes par rapport à début 2009". Soit un chiffre différent des quelque 1 700 suppressions d’emplois que nous annoncions la veille et ce, en jouant sur les dates...

En effet, il ignore (volontairement?) les 300 intérimaires qui ont quitté l’entreprise au 1er janvier 2009. De plus, au 1er octobre 2008, ArcelorMittal comptait 4 200 statutaires et l’effectif ne sera plus que 2 800 personnes, agents temporaires compris à fin 2009. "Nous sommes inquiets parce que ce plan fait fi des transferts des compétences, de la formation des nouveaux venus et donc met en péril leur propre sécurité ainsi que celle de leurs collègues", dénonce la CNE qui en appelle à l’exécutif wallon. Elle analysera les chiffres pour "s’assurer que ce plan ne porte pas préjudice aux travailleurs et à la pérennité de l’entreprise".

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