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«Une stratégie de guerre»

CHRISTIAN DUTILLEUX

Mis en ligne le 24/02/2006

Le président de la confédération brésilienne des travailleurs de l'alimentation dénonce les méthodes du géant de la bière au Brésil. Qui, d'après lui, vont débarquer en Europe...

ENTRETIEN

CORRESPONDANT AU BRÉSIL

Licenciements massifs, fermetures d'usines, endoctrinement: Siderlei de Oliveira, président de la Confédération brésilienne des travailleurs de l'alimentation (Contac) met en cause les méthodes d'AmBev au Brésil. Selon lui, «les mêmes méthodes vont être employées en Europe».

Comment interprétez-vous les annonces de licenciements dans des unités d'InBev en Belgique?

C'était prévisible. En nommant un Brésilien à sa tête, il est évident qu'InBev a décidé de reproduire dans le monde entier la stratégie en place au Brésil depuis 1999. Cette année-là, les deux plus grands brasseurs locaux, Brahma et Antartica, ont fusionné et donné naissance à AmBev. Depuis lors, AmBev a rompu les accords nationaux avec les syndicats pour multiplier les accords régionaux avec des syndicats faibles. La moitié des usines ont été fermées et 10000 ouvriers licenciés, soit 43 pc de la force de travail.

Vous pensez qu'en Europe...

Ce sera la même chose! Au Brésil, AmBev a développé une stratégie de guerre. En interne, son discours est belliqueux. Des affiches annoncent: «Cette guerre, nous devons la gagner pas à pas.» Les ouvriers sont considérés comme des soldats. Les adversaires comme des ennemis à détruire. Les unités de production sont mises en compétition permanente entre elles et, dans les plus performantes, tous les ouvriers touchent une prime. Sur le marché, la stratégie est toujours la même. Un seul objectif: les bénéfices. Pour cela, il faut s'assurer une position dominante et racheter le maximum de concurrents. Ensuite, on ferme les usines. D'abord les plus anciennes. Peu importe si elles sont âgées de 600 ans. Le romantisme n'a aucune place dans l'entreprise. Ensuite, si dans une région, il reste plusieurs usines, c'est la plus grosse qui survit et les autres, mêmes modernes, sont fermées.

En bout de course, de nombreuses marques en principe concurrentes sortent de la même fabrique. Dans le sud du Brésil, il ne reste plus qu'une seule usine au lieu des cinq existantes en 1999. Et les bénéfices n'arrêtent pas d'augmenter!

Les syndicats belges se rendent-ils compte de cette menace sur l'emploi?

On a essayé de les alerter depuis 2004. Lors du Forum social de Porto Alegre, nous avons organisé un séminaire avec des délégués de plusieurs pays, dont la Belgique. En novembre 2005, nous avons organisé à São Paulo un séminaire sur les pratiques internationales d'InBev avec des représentants d'Allemagne, d'Argentine, de Belgique, du Canada, de Croatie, du Guatemala, du Honduras, du Montenegro, de Russie, d'Ukraine et d'Uruguay. InBev est une entreprise mondiale. Nous devons nous organiser sur le plan international.

Vous avez baptisé cette rencontre «Plus de mousse que d'emploi»...

Oui, mais les Européens ont de la peine à nous croire. Ils se croient protégés par leurs lois sociales et la tradition de leurs marques. Pour InBev, ces critères ne comptent pas. Pire, j'ai même assisté à une réunion avec des dirigeants brésiliens qui trouvaient que les ouvriers européens faisaient trop de pauses, s'arrêtaient quand ils voulaient pour prendre un café ou pour papoter. Au Brésil, tout le monde est rentré dans le rang. A mon avis, les Européens vont devoir suivre la même discipline.

© La Libre Belgique 2006

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