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Crise du "subprime" (5/6)
Comment la Fed a contribué à la crise
Mis en ligne le 15/02/2008
La crise du "subprime" porte très mal son nom. Ce terme désigne une niche du marché du crédit hypothécaire aux Etats-Unis. On y trouve des prêts à but immobilier qui sont octroyés à des particuliers dont la solvabilité est loin d'être idéale et qui sont garantis par une hypothèque sur l'immeuble acheté. Mais la crise qui affecte actuellement les marchés mondiaux est bien plus vaste. C'est pourquoi il semble réducteur de parler seulement de crise du "subprime", même si c'est sur ce marché bien déterminé que les déboires ont commencé.
L'ampleur et le caractère international de la crise sont intimement liés à la globalisation de l'économie. A l'échelle mondiale, plusieurs facteurs sont intervenus. Quels sont ces facteurs ? Le plus évident, c'est la consommation intérieure des Etats-Unis. Les premières victimes de la crise sont des particuliers qui se sont retrouvés dans l'impossibilité d'honorer le remboursement mensuel de leur prêt hypothécaire. Confrontés à la hausse des taux d'intérêt, ils ont vu leur mensualité gonfler subitement. Or, beaucoup d'entre eux étant insuffisamment solvables, le nombre de défauts de paiement a explosé. Pire : entre-temps, les prix de l'immobilier avaient chuté. En exerçant l'hypothèque sur les maisons de leurs débiteurs insolvables, c'est-à-dire en vendant ces immeubles, les créanciers ne sont pas parvenus à recouvrer l'intégralité de leur créance. Par conséquent, bon nombre de particuliers sont restés fortement endettés. Ceux-là ont donc dû réduire drastiquement leur consommation. Or la consommation des ménages est le moteur de l'économie américaine. Et celle-ci occupe toujours la première place mondiale. Il est logique, dès lors, que des perspectives de ralentissement de la croissance des Etats-Unis inquiètent l'ensemble des marchés internationaux.
Un autre facteur semble avoir précipité la crise financière : la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. Après l'éclatement de la bulle technologique, en 2000, la Fed est venue en aide aux marchés en abaissant plusieurs fois ses taux directeurs. Elle a même accéléré ce mouvement après les attentats du 11 septembre 2001, pour faire face à la récession de l'économie américaine. C'est ainsi que le taux des fonds fédéraux des Etats-Unis est descendu jusqu'à 1 pc à peine en 2003. Ce faisant, elle a favorisé l'accès à la propriété, les taux des prêts hypothécaires suivant la tendance baissière. Mais la hausse du nombre d'acheteurs a provoqué un bond des prix de l'immobilier aux Etats-Unis, créant ainsi une nouvelle bulle financière.
La bulle s'est dégonflée
Entre-temps, la croissance économique américaine s'était redressée et les marchés étaient repartis à la hausse. La Fed a donc jugé utile de relever ses taux directeurs afin de reconstituer une marge suffisante susceptible d'être à nouveau entamée en cas de coup dur à l'avenir. En dix-sept relèvements de 25 points de base, la Fed a porté ses taux à 5,25 pc en juin 2006, niveau maintenu jusqu'en septembre 2007.
Face à cette montée en flèche des taux d'intérêt, des millions d'emprunteurs se sont trouvés désemparés. La mensualité de leur prêt hypothécaire a grimpé en raison des ajustements liés aux taux d'intérêt en vigueur sur le marché. Et les premiers défauts de paiement sont survenus. En même temps, les taux élevés ont tari la source d'acquéreurs de biens immobiliers. Les prix des maisons ont donc reculé de plus en plus. La bulle immobilière s'est ainsi dégonflée, provoquant un désastre sur le marché du "subprime" où les prêts n'étaient garantis que par une hypothèque sur les immeubles vendus.
Les banques ont aussi leur responsabilité dans la crise financière. Plusieurs d'entre elles avaient sorti de leur bilan des véhicules financiers exposés au "subprime", ceux-ci ayant dû être ensuite rapatriés face à l'ampleur de la crise. Mais ce nettoyage est progressif. En attendant, le doute s'est installé, les banques refusant de se prêter de l'argent entre elles, chacune craignant que la solvabilité de l'autre se dégrade à l'avenir. C'est ainsi que d'une crise limitée aux prêts hypothécaires, on est parvenu à une crise des crédits en général.
Philippe Galloy
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