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TRANSPORT AÉRIEN

Sabena, une faillite sans précédent

V.S.

Mis en ligne le 06/11/2001

Ce mardi en fin de journée, les administrateurs signeront l'arrêt de mort de la compagnie belge

Ce mardi 6 novembre sera écrite la page la plus sombre de l'histoire de la Sabena, une compagnie qui depuis plusieurs décennies aura véhiculé l'image de la Belgique aux quatre coins de la planète.

Sur le coup de 18 heures, les administrateurs de la compagnie belge n'auront en effet pas d'autre choix que de prononcer l'arrêt de mort de la Sabena via un aveu de faillite. Logique: le plan de relance qui devait être présenté le 8 novembre aux créanciers ne permet pas d'assurer la continuité des activités de la Sabena, une compagnie qui croule sous les dettes et qui fait littéralement fuir des investisseurs, traumatisés par la crise que traverse l'industrie du transport aérien depuis les attentats du 11 septembre. Mercredi, la direction de la Sabena prendra le chemin du tribunal de commerce de Bruxelles. La faillite sera alors consommée.

BIAC S'INQUIÈTE

La faillite de la Sabena fait peur. Hier, Biac, gestionnaire de Bruxelles-National, a demandé un renforcement des forces de police aux alentours de Zaventem, craignant visiblement des débordements après l'officialisation du dépôt de bilan. Durant les dernières heures, la tension est en effet montée d'un cran au sein du personnel. Certains débrayages ont eu lieu, notamment au sein du service catering.

Quant aux syndicats, ils estiment être tenus à l'écart des discussions relatives au volet social de la faillite. C'est une nouveauté dans l'histoire belge, a déclaré Jan Coolbrandt (CSC). Du jamais vu, a ajouté Denis De Meulemeester (FGTB). Les syndicats craignent, par ailleurs, de ne pas disposer du temps nécessaire pour négocier un plan social digne de ce nom. Hier, lors d'un kern, le gouvernement a décidé de mettre en place une cellule chargée de préparer les conséquences sociales de la faillite de la Sabena qui se traduira par la disparition -dans le scénario le plus optimiste- de 6000 emplois.

SAUVER CE QUI PEUT L'ÊTRE

Pendant ce temps, en coulisses, les principaux protagonistes du dossier travaillent jour et nuit pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être. Toutes les énergies sont en effet mobilisées autour d'un seul objectif: éviter que la faillite de Sabena SA, entité juridique actuellement protégée dans le cadre d'un concordat, ne provoque la liquidation pure et simple de l'ensemble du groupe Sabena. Cette menace est bien réelle si nous ne parvenons pas à trouver des investisseurs disposés à investir dans la nouvelle société, nous expliquait hier une source proche du dossier ajoutant que si des contacts sont en cours, rien n'a encore été finalisé à ce jour. Si ce scénario catastrophe devait survenir, ce serait alors plus de 13000 personnes qui resteraient sur la touche, sans compter les emplois indirects. Un séisme social sans précédent dans toute l'histoire économique belge.

Le dernier espoir repose donc dans la volonté de recréer au départ de la DAT une nouvelle compagnie aérienne belge, dont la taille sera moitié moindre de celle de l'actuelle Sabena. Avec le soutien de quels investisseurs? Cela reste évidemment assez flou à ce stade même si la piste Virgin Express continue d'être approfondie. La Commission européenne a prévenu dès hier qu'elle examinerait à la loupe d'éventuels transferts d'actifs de la Sabena vers sa filiale régionale DAT, coeur du futur dispositif. Objectif: vérifier qu'une telle opération ne fausse pas le jeu normal de la concurrence. Il sera, par ailleurs, difficile pour l'Etat belge de faire avaler à la Commission européenne l'injection dans cette DAT+ d'une partie des 125 millions d'euros (soit 5 milliards de BEF) versés récemment dans le cadre du crédit de sauvetage. Le crédit de soudure avait été accordé à des conditions particulièrement strictes. Consacrer une partie de ce crédit de sauvetage à la relance d'une nouvelle compagnie aérienne s'assimilerait à une aide d'Etat déguisée, souligne un spécialiste du droit de la concurrence, qui ajoute que la Commission européenne pourrait s'opposer au transfert de cette somme vers la DAT.

Enfin, précisons que deux travailleurs de la Sabena viennent de porter plainte contre les représentants des actionnaires de la Sabena. Ils estiment en effet que ceux-ci ont consciemment et frauduleusement vidé Sabena de sa substance. Une théorie que l'on entend décidément souvent dans les couloirs de la Sabena...

© La Libre Belgique 2001

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