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Pas encore de révolution
gilles toussaint
Mis en ligne le 02/08/2008
éclairage
Le baril qui s'enflamme, le dollar qui s'écrase et c'est toute l'industrie automobile qui couine comme un vieux siège de 2CV. L'heure d'un changement de cap radical a-t-elle sonné parmi les constructeurs ? Pas si vite, rétorque Yves Toussaint, administrateur de la société "Green Propulsion", spécialisée dans le développement de véhicules "propres".
1 Avant toute chose, il convient de distinguer les marchés. "Aux Etats-Unis, expose-t-il, les stratèges des trois grandes marques nationales n'ont pas su anticiper suffisamment ce qui se produit aujourd'hui". Résultat : "Ils sont confrontés à un problème structurel énorme avec une offre de gros véhicules à essence totalement inadaptée au marché".
Pour faire face à ce vent de panique, ceux-ci ont donc décidé de reporter aux calendes grecques la production de nouveaux modèles qui ne sont plus en phase avec la demande actuelle; d'opérer des coupes sombres dans les programmes de R&D et de réorienter leurs lignes de montage vers la production à l'identique de leurs modèles européens - des "petits" véhicules bien moins gourmands que les pick-up chéris jusqu'il y a peu par les automobilistes américains.
Coté européen, l'état d'esprit semble un peu plus serein. Les voitures présentent des tailles plus raisonnables avec un important taux de moteurs diesel, plus économes en carburant. "Je dirais même qu'en interne, les constructeurs européens ne sont pas aussi volontaires au changement que ne le laisse penser leur communication." Pas de révolution en vue donc, mais plutôt une évolution qui va dans le sens "de la production de modèles plus légers plutôt que toujours de plus en plus lourds."
Les Japonais quant à eux ont un parc automobile exclusivement composé de motorisation à essence. "La seule piste pour réduire la consommation de leurs véhicules est donc l'hybridation, (l'association d'un moteur thermique à un moteur électrique NdlR). C'est la raison pour laquelle ils sont précurseurs dans ce domaine", souligne notre interlocuteur. A tel point que toute une série de brevets sur cette technologie ont été verrouillés par Toyota, ce qui contribue probablement à freiner le développement de l'ensemble du marché.
2 L'heure de la voiture électrique a-t-elle sonné ? Là encore pas d'emballement. Si les constructeurs - le patron de VW, par exemple - y vont de leur grande déclaration sur le sujet, c'est avant tout affaire de marketing.
"On assiste à une forme de commercialisation de la R&D. On annonce 2 à 3 ans à l'avance les modèles et les technologies que l'on va exploiter à l'avenir, alors qu'auparavant cela se faisait au moment de la commercialisation. Mais il n'est pas improbable que l'on laisse tomber ces projets si le contexte change dans les prochaines années", estime Yves Toussaint. "On est encore loin d'assister à une vraie rupture".
Le principal obstacle au développement de la voiture électrique demeure les batteries au lithium. Technologiquement, ces véhicules sont au point et peuvent répondre aux besoins de nombreux usagers. "Mais c'est l'histoire de l'oeuf et de la poule : il n'y a pas de batteries bon marché tant qu'il n'y a pas de marché. Et il n'y a pas de marché tant qu'il n'y a pas de batteries bon marché."
Et puis, il faudra aussi que les automobilistes fassent preuve d'un peu plus d'audace dans leur politique d'achat.
3 Les nouvelles réglementations en matière d'émissions de CO2 pourraient-elles faciliter cet avènement ? Elles pourraient y contribuer, mais réduire les émissions des véhicules ne passera pas forcément par la technologie électrique ou hybride. "Ce qui compte c'est le résultat. Et les constructeurs pourraient y parvenir en gardant un moteur thermique traditionnel, mais en diminuant le poids des voitures. Personnellement, je dirais que les gens qui se contentent de petites voitures légères pourront se contenter de technologies simples, tandis que ceux qui veulent des véhicules plus spacieux et plus lourds devront se tourner vers des solutions plus complexes comme l'hybridation", juge notre spécialiste.
Les véhicules électriques devraient cependant faire leur percée via les "flottes captives" des institutions publiques ou des entreprises privées amenées à faire du service public, poussées dans le dos par les réglementations européennes en matière d'achats plus "durables".
4 La surprise pourrait-elle venir de Chine ? Ce n'est pas exclu. "Tout d'abord parce que c'est une économie dirigiste et que si le gouvernement décide de construire une usine de batteries avant même d'atteindre la rentabilité, il peut se rendre concurrentiel sur ces nouvelles technologies. Ensuite, parce que les Chinois sont relativement jeunes dans le secteur automobile et que pour eux apprendre à faire des voitures à moteur thermique ou électrique revient au même. Ils pourraient donc parvenir à mettre rapidement sur le marché une voiture électrique à prix économique."
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