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Crise financière
Les Américains n'avalent pas la pilule
stéphanie fontenoy
Mis en ligne le 27/09/2008
"Les Américains sont dans la quatrième dimension", résume Gene Thomas, un vendeur de saucisses de San José en Californie, alors que le trou noir financier est chaque jour plus profond et que règne le chaos dans les négociations autour du plan de sauvetage de l'économie. L'opinion publique est majoritairement sans pitié pour ce qu'elle considère comme les "rapaces" de Wall Street, et bien décidée à ne pas être les bonnes poires de la situation.
Alors que les législateurs débattent jour et nuit du chèque de 700 milliards de dollars en deniers publics pour racheter les mauvais actifs de Wall Street, leurs administrés, Républicains comme Démocrates, crient haut et fort leur désaccord et leur courroux. Toute la semaine, les secrétariats des membres du Congrès ont été bombardés d'e-mails, lettres et appels téléphoniques. "J'espère que le Congrès trouvera le caractère pour ne pas plier devant le Big Business", dit l'un de ces messages envoyés à Jim McDermott, représentant démocrate de l'Etat de Washington. "J'aimerais laisser un monde meilleur à mes enfants, pas une nation en faillite", lit-on sur un autre e-mail. Le ton est le même à l'égard de Candice S.Miller, représentante républicaine du Michigan. "Je voterai contre vous si vous donnez des subsides aux gens qui ont vendu mon pays", lui écrit un de ses électeurs.
Le compte électronique de la Sénatrice démocrate de Californie Barbara Boxer a reçu 17 000 messages, dont la vaste majorité dénonçait le plan de sauvetage gouvernemental. Celle-ci ne prend pas la tâche à la légère : "Ce vote est un des plus importants de ma carrière. C'est comme une guerre : vous devez étudier la situation avec prudence et, à la fin, ce sera un vote de conscience". Job Hensarling, représentant républicain du Texas, est tout aussi concerné : "Nos administrés veulent que nous nous dépensions pour eux, pas que nous dépensions à leurs dépens. Ils comprennent que les problèmes à Wall Street peuvent les affecter, mais ils considèrent que Wall Street est responsable et doit payer".
Paradoxalement, 62 pc des Américains soutiennent l'intervention du gouvernement pour aider les marchés, mais 65 pc d'entre eux pensent que le plan de sauvetage ne leur rend pas service. Cinquante-cinq pour cent de la population pense que l'économie est mauvaise, une augmentation de 15 pc par rapport à il y a deux semaines. Affie Mahini, une restauratrice de San José explique l'humeur ambiante : "Mes clients sont totalement dégoûtés car personne ne va tirer les leçons de cette crise. Dans six mois, les banques se livreront aux mêmes manœuvres irresponsables qui nous ont mis dans ce pétrin. Les banquiers sont comme des gamins de 14 ans qui ont volé la voiture de leurs parents, ont eu un accident avec, et maintenant attendent que papa et maman paient les dégâts".
Dans de nombreuses villes, comme à New York, Chicago et Passadena, des manifestations ont été organisées contre le plan. Le mot d'ordre ? Dénoncer le "chantage" à l'égard du contribuable. "Chaque Américain, homme, femme, enfant doit casquer 2 000 dollars par tête - pour un total de 700 milliards - pour venir à la rescousse de l'imprudence de Wall Street, ou bien ces mêmes personnes qui ont créé la crise nous menacent de faire s'écrouler encore davantage l'économie", indique le site Internet d'une des organisations participantes. Dans la Silicon Valley, Carl Guardino, président d'une association de patrons, réclame lui une action sage mais rapide du Congrès : "Quand le marché du crédit s'assèche, cela a un impact sur pratiquement tous les contrats qui se font dans la vallée, les gens ne peuvent pas financer leurs achats, et cela ensuite joue sur les emplois".
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