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ENTRETIEN
"D'autres accidents en vue, c'est sûr..."
PIERRE LOPPE
Mis en ligne le 01/10/2008
Ancien directeur d'investissement chez Axa, professeur à l'UCL et St Louis, Serge Wibaut commente l'actualité.
Y a-t-il un syndrome des banques belges ?
Non. Comme dit Warren Buffet, c'est quand la mer est basse qu'on voit qui nage sans maillot ! Que certains grands acteurs soient fragiles, on le sait depuis longtemps. Nul n'ignore que Fortis a fait son augmentation de capital pour acheter ABN Amro au plus mauvais moment. Sans doute n'avait-il pas encore digéré totalement la CGER. Dexia connaît des problèmes de liquidités depuis trois ou quatre ans. C'est un groupe qui a fait croître ses activités mais pas sa base de financement. Fragile, il a acquis des sociétés en Slovaquie, aux Etats-Unis, etc. avec l'obligation de s'adresser au marché financier. A cela s'ajoute, depuis des années, un petit problème de gestion de risques. A-t-il une grosse exposition outre FSA ? On peut s'interroger.
C'est la crise du crédit US qui a révélé tout cela ?
Elle a révélé des erreurs de gestion. C'est le côté irrationnel des investissements et l'histoire des crises, avec toujours les mêmes ingrédients. Des firmes croissent, s'endettent et tombent au moindre couac. Ce n'est pas typiquement belge. Regardez ce qui se passe en Grande-Bretagne, et plus encore en Allemagne où c'est quasiment la chambre des horreurs. Il y a 3 ou 4 000 banques et je ne donne pas cher des petites institutions. En Irlande, le secteur vole par terre. En Espagne, ce n'est pas joli. Quant à la suisse UBS...
Pourquoi Fortis, Dexia et pas ING ou KBC ?
Une crise fait toujours sauter les maillons les plus faibles. Pour les firmes que vous citez, peut-être les marchés sont-ils plus rassurés sur leur mode de gestion ?
La banque, a-t-on dit, subit le même sort que jadis la sidérurgie...
Cela ne s'est pas vérifié. La sidérurgie était une industrie vieillissante confrontée à une concurrence extérieure à moindres coûts. Ce n'est pas le cas ici. On a affaire à une crise bancaire classique avec effet de domino et crise de confiance. C'est le scénario cauchemar qu'on enseigne aux étudiants.
D'autant plus que le crédit se tarit...
L'étape suivante, ce sera la faillite en cascade des sociétés commerciales qui voudront renouveler leurs emprunts et qui n'auront plus d'interlocuteurs en face d'elles. C'est atroce à dire, mais les boîtes les moins rentables et les plus endettées feront la culbute...
Opportune, l'action des Etats ?
Certainement. Il faut que les banques centrales injectent massivement de l'argent dans les rouages. Si les Etats n'étaient pas intervenus pour Dexia et Fortis, ils auraient mis en jeu pratiquement tout le système bancaire européen. De nombreuses banques se seraient retrouvées le bec dans l'eau ! Les assureurs, les fonds de pension, les fonds de placement, les sicav, tous ces gens-là souffrent. Il y aura encore des accidents, c'est sûr.
Le secteur bancaire en sortira-t-il assaini ?
Si on ne change pas la réglementation, le jeu recommencera dans trois ou quatre ans. Toute crise est une addition d'appâts de gains et d'emprunts. Les banques se sont trop endettées, c'est manifeste. On a connu par exemple des produits avec 1 de capital et 100 d'emprunt. C'est hyperfragile ! Il faut arrêter ça. En Suisse, des propositions prévoient de limiter les emprunts des banques à 10 pc.
Que pensez-vous du rôle de la CBFA ?
Son rôle est ingrat. Elle était au courant des problèmes depuis longtemps. Mais que se serait-il passé si elle avait éventé cela ?
A-t-on assisté à des retraits massifs ?
Beaucoup de gens ont étalé leurs placements en fonction de la garantie de 20 000 €.
Serait-il opportun d'augmenter celle-ci ?
Non. Le fonds actuel peut garantir tout au plus la sixième ou la septième banque et pas Fortis ! Problème moral : si une institution sait qu'elle est plus couverte sur ces dépôts, elle sera tentée de s'aventurer, sachant qu'elle a une assurance pas chère.
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