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Fortis

Davignon passe de justesse

ariane van caloen

Mis en ligne le 02/12/2008

Le vote sur les nominations des administrateurs, hier à Utrecht, a réservé quelques surprises. Davignon a eu droit à 50,63 pc des voix. En revanche, Philippe Bodson et Jan Michiel Hessels ont été recalés. A confirmer ce mardi.

Moment intense durant la longue assemblée de Fortis organisée hier à Utrecht quand commença, à 17heures 30, le vote sur les propositions de nominations d’un nouveau conseil d’administration. Le suspense aura duré jusqu’au bout. Etienne Davignon a été élu président de justesse, avec 50,63 pc des voix. En revanche, la sanction est sévère pour le Néerlandais Jan Michiel Hessels, l’actuel président depuis la démission de Maurice Lippens, et Philippe Bodson, également administrateur, qui ont eu droit à seulement 28,43 et 26,58 pc des voix. Les deux autres candidats, le Chinois Louis Cheung et Karel De Boeck, ont été élus à une large majorité avec respectivement 88,05 pc et 63,9 pc.

Jan Michiel Hessels a précisé que le vote ne serait valable que s’il était confirmé lors de l’assemblée qui a lieu ce mardi à Bruxelles (au Heysel). Si tel est le cas, le conseil fonctionnera avec 3 personnes, a précisé Etienne Davignon en marge de l’assemblée.

Débat épineux

A l’occasion du vote, un long et épique débat eut lieu sur la candidature d’Etienne Davignon comme président, plusieurs actionnaires la jugeant non appropriée. Accompagné toute la journée d’un garde du corps, M.Davignon s’est levé pour défendre sa position. Il a rappelé qu’il avait 76 ans, mais dit qu’il ferait tout pour que la gestion de Fortis et plus particulièrement du véhicule de produits structurés se fasse le mieux possible. Le fait qu’il soit l’ami de Maurice Lippens, l’ancien président du conseil de Fortis, comme Deminor lui reproche, n’a rien à voir, a-t-il dit. "Je reste son ami dans les bons et les mauvais moments." Ce vote n’est pas "une question de satisfaction. Mais je pense pouvoir être utile. J’ai jusqu’à avril prochain, au moment de l’assemblée, pour prouver que je peux créer de la valeur", a-t-il encore expliqué en marge de l’AG.

Deminor avait aussi tenté de jeter le discrédit sur les autres candidats administrateurs, en particulier sur Jan Michiel Hessels, Philippe Bodson et Karel De Boeck, en rappelant qu’ils ont été responsables de la gestion du risque au niveau du groupe (les deux premiers au niveau du conseil et le troisième du comité de direction).

Les autres candidatures ont aussi suscité, de la part d’autres actionnaires, des commentaires. C’est le cas de Philippe Bodson, à qui un actionnaire a demandé pourquoi il n’avait pas souscrit à l’augmentation de capital en 2007. M.Bodson s’est défendu en disant qu’il avait partiellement souscrit, mais pas totalement, pour ne pas surpondérer son portefeuille avec des actions Fortis.

Un actionnaire a aussi demandé si la différence entre les votes pour Jan Michiel Hessels et Etienne Davignon s’expliquait par le vote de l’assureur chinois Ping An. Lequel aurait voulu soutenir M.Davignon espérant qu’il puisse jouer un rôle de lobbying auprès des autorités belges. On sait que le groupe chinois, actionnaire à hauteur de 4,99 pc, essaie d’obtenir une indemnité auprès du gouvernement belge, sans beaucoup de succès d’ailleurs. Mais Louis Cheung (dirigeant chez Ping An et administrateur de Fortis) n’a pas souhaité répondre.

Hessels sur la sellette

A un autre actionnaire qui lui posait une question, M.Cheung a fini par accepter de prendre la parole. Il s’est dit préparé à poursuivre son mandat "dans le meilleur intérêt de Fortis". Il a aussi justifié son abstention lors de la vente de certains actifs de Fortis à BNP Paribas: "Je n’avais pas suffisamment d’informations pour juger si c’était la meilleure transaction à faire", a-t-il dit. De plus, a-t-il ajouté, il y avait un problème de conflit d’intérêt en tant que représentant de Ping An.

Avant ce moment tant attendu, les actionnaires venus moins nombreux que prévu (ils étaient quelques centaines, représentant 21 pc du capital) ont posé de nombreuses questions au président du conseil, Jan Michiel Hessels. Ils ont aussi formulé pas mal de critiques. Mais rarement avec agressivité. Tout au plus il y eut quelques huées quand le conseil a fait son entrée dans le Beatrix Theater et quelques applaudissements après l’une ou l’autre intervention virulente. A chaque fois, M.Hessels est resté impassible et n’a paru désarçonné par aucune question. Il avait commencé l’assemblée en rappelant les faits depuis le rachat d’ABN Amro en 2007, tout en soulignant que Fortis avait été confronté à une crise financière mondiale.

Très vite, M.Hessels fut attaqué de front par un actionnaire qui lui fit remarquer que, dans son allocution, il s’abstenait de reconnaître les fautes commises par le management et le conseil d’administration du groupe. "Nous avons accepté qu’ABN Amro était une transaction ambitieuse, que le prix payé était élevé", a-t-il expliqué. "Il y eut aussi, a-t-il ajouté, des problèmes de communication au moment de l’annonce en juin2008 de l’opération de refinancement (8,3milliards d’euros), dont une augmentation de capital (1,5milliard)." Toutefois, M.Hessels s’est dit persuadé que le conseil d’administration avait montré "l’expertise et l’indépendance nécessaires".

De nombreuses questions ont été posées sur le rôle joué par le conseil d’administration au moment du démantèlement de Fortis. A chaque fois, M.Hessels a rappelé que le conseil n’avait pas d’autre choix que d’accepter la solution proposée par l’Etat belge. Le risque aurait été une éventuelle mise sous concordat.

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