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Édito

Fortis, une guerre de tranchées

Mis en ligne le 15/12/2008

Par Michel Konen

Maître Modrikamen, on le comprend, a triomphé tout au long du week-end sur les antennes de radio et les plateaux de télévision. Dame, ce n’est pas tous les jours que David - les petits actionnaires - vainc Goliath - le gouvernement.

En apparence la victoire est totale. Et l’avocat, dont on sait qu’il défend jusqu’à l’extrême les dossiers qu’il prend en charge, de menacer le gouvernement d’autres actions, y compris pénales, s’il ne passe pas par une phase de négociation. Il n’en démordra pas: les actionnaires ont été spoliés, ils doivent obtenir réparation, financière s’entend.

Côté gouvernement, le Premier ministre Yves Leterme et le ministre des Finances, Didier Reynders, restent de marbre. Le gouvernement s’apprête à riposter avec toutes les armes juridiques dont il dispose. Il n’a pas voulu dire lesquelles, à ce stade. Surtout, il clame sur les tons que le jugement intervenu ne l’empêchera pas de poursuivre les négociations avec BNP-Paribas en vue de faire aboutir rapidement la reprise de Fortis par le géant français. L’imbroglio est donc total à ce stade. Chacun campe sur ses positions, sûr de son bon droit et convaincu de détenir l’arme fatale. La guerre des tranchées a débuté. On saura demain soir la teneur de la riposte gouvernementale. En attendant, le climat étant incertain, c’est Fortis qui trinque. Et, prudemment, ses responsables ont demandé que la cote de l’action reste suspendue demain. C’est bien vu pour éviter une nouvelle Berezina boursière. D’autant que ce lundi les directeurs d’agence auront sans doute fort à faire pour convaincre les épargnants de ne pas vider leurs comptes.

Les banques n’ont qu’une chose à vendre: la confiance. Celle dont les Belges créditent Fortis est aujourd’hui ébranlée. Et la guerre qui s’annonce ne va pas la renforcer. Plus l’issue du combat sera incertaine et plus la situation de la banque se détériorera.

La présidente du tribunal de commerce de Bruxelles, Francine De Tandt, avait rejeté, en 1re instance, les demandes des actionnaires au nom de "l’indispensable balance des intérêts économiques et financiers en présence".

La donne judiciaire a été modifiée, mais c’est cet impératif que les ministres et les avocats doivent avoir présent à l’esprit pour ne pas ajouter une catastrophe à la catastrophe.

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