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Édito
Fortis, le pot de terre et le pot de rouille
Par Roland Planchar
Mis en ligne le 18/12/2008
Comment vous dire, M.Leterme? Vous êtes le Premier ministre de notre pays, en les institutions duquel nous croyons avec acharnement, parce qu’elles sont parmi les plus démocratiques. Cela devrait faire de vous un exemple, un modèle. Mais c’est raté et même tellement qu’on ne peut taire la honte que vous infligez au royaume.
M.Leterme, qu’un Premier ministre fasse pression sur des magistrats, fut-ce par responsable de cabinet interposé, ce n’est pas permis. C’est moche. Et qu’un Premier présente la vérité sous un jour frelaté, dans une lettre distribuée urbi et orbi, c’est grotesque. Ainsi, vous soutenez que votre cabinet voulait somme toute n’obtenir, en téléphonant au substitut Dhaeyer, le 6novembre deux heures avant qu’il rende son "avis Fortis", qu’une confirmation de la date et de l’heure de l’audience? Mais ces données étaient diffusées par tous les canaux depuis des jours! Alors, chez vous, on ne savait rien du plus important des dossiers du début de ce siècle, le jour "j" venu? Et, chez vous, plutôt que d’ouvrir un quotidien ou d’appeler le greffe du tribunal, on a pensé devoir questionner justement le magistrat concerné? Allons!
L’ennui, pour vous M.Leterme, c’est que des documents existent qui relatent bien autrement l’affaire. Et qu’on n’y parle pas de l’air du temps ou de la course des aiguilles Non, c’est de pressions qu’il est question. A la commission d’enquête, mise sur pied mercredi, de poser les bonnes questions. Elle pourrait s’apercevoir que d’autres ont été contactés, que M.Dhaeyer n’était pas seul dans son "bateau". Vous savez, M.Leterme, ce "bateau" dont votre sbire disait, menaçant, qu’il pourrait "sombrer" à cause de l’avis Fortis
Allez, M.Leterme, vous avez de la chance que les magistrats soient tenus au devoir de réserve. Mais le membre du pouvoir judiciaire que vous, champion de l’exécutif, avez mis ou laissé mettre sous pression pour qu’il suive l’opinion de votre gouvernement, n’avait pas besoin de parler pour qu’on comprenne son désarroi, le 6novembre au tribunal de commerce, les yeux presque mouillés, alors qu’il venait de découvrir une certaine conception de la séparation des pouvoirs.
Ceci étant, M.Leterme, si un magistrat n’est à vos yeux qu’un pot de terre, alors ce n’est pas un pot de fer qui le combat ici. Tout au plus un pot de rouille.
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